Qu'est ce qu'être un chrétien engagé ?

gregoire ahongbonon le chrétien engagé

Grégoire Ahongbonon (à g.), fondateur de l'association "Les Amis de la Saint-Camille" aux côtés d'un patient.

Etre un chrétien engagé qu'est ce que c'est ? En existent-ils encore ? Réponses avec l'abbé Magloire Acapovi.
 
 

L’Eglise doit-elle continuer de se réjouir, de voir ses fils et filles engagés en son sein et dans la cité, avec pour seule préoccupation majeure : porter témoignage pour le Christ ? Et qu’est-ce alors qu’être chrétien engagé, témoin du Christ au milieu des Hommes et dans la cité ?

Autrement dit : répondre de son baptême au quotidien sans faire des parenthèses, ni de lieu, ni de temps. Le Baptême confère en effet à tout chrétien digne du nom, toutes les aptitudes d’être engagé au service de son groupe, de sa communauté, de sa paroisse, de son diocèse et de l’Eglise entière, dans un Esprit de communion, de fraternité et de service ; sans méfiance, encore moins animosité et malice.

L’Eglise de Dieu au sein de laquelle l’esprit de service et de sacrifice voire « le mourir à soi » pour que l’autre grandisse est un principe cardinal, n’en a que trop conscience. De ce point de vue on peut se demander s’il y a encore des chrétiens engagés, et si oui, si le sens de l’esprit chrétien est encore bien perçu et vécu aujourd’hui.

Servir devient alors pour le chrétien engagé, un impératif dont le réflexe lui est né de ses attributs et des grâces inhérents à ce premier sacrement important et très déterminant dans l’Eglise catholique romaine. Si hier, nos aînés et autres devanciers dans la foi l’ont compris et l’ont mis en pratique autant qu’ils l’ont pu, la plupart, c’est avec amertume que nous constatons de nos jours, que même le service dans l’Eglise de Dieu, n’a plus le même sens pour tous nos frères et sœurs en Christ.

Et pour cause, le phénomène des services intéressés, monnayés ou payés semble s’emparer de nos communautés chrétiennes, groupes, paroisses et autres lieux de rencontre où la Foi en Dieu est pourtant l’objet de nos présences. Désormais, l’on ne veut plus rien faire sans contrepartie, sauf la prière ou strictement au plus l’activité qui nous rassemble. Dépassé ce cadre, les autres services avant et après, s’y rattachant, sont passés à la loupe, afin d’y voir, s’il n’y en a pas qui ont besoin d’être facturés. Ainsi, l’esprit de sacrifice a foutu le camp, pour faire place à l’esprit du profit, du bénéfice immédiat, de la récompense exigée, et tout de suite. C’est vrai que par ces années de morosité économique, de chômage, de manque d’emplois, de précarité et d’angoisse pour des lendemains incertains, nos jeunes veulent bien s’assurer un minimum de survie, mais pas pour autant qu’ils veuillent renier à ce point leur foi et les engagements de leur Baptême, à être des serviteurs du Christ et de son Eglise partout où besoin sera.

Et l’Eglise n’est pas insensée, pour ne pas savoir qu’il y a des tâches, des missions, des services et des  initiatives pour lesquels il faut absolument et nécessairement donner les moyens qu’il faut aux envoyés, aux exécutants et aux personnes sollicitées, même si elles sont ses filles et ses fils. Faisons la part des choses, pour qu’il ne soit pas dit que l’Eglise veut d’une gratuité à tout va qui  fragilise, appauvrit, avilit et abêtit ses fidèles ! Mais c’est d’un appel à une prise de conscience qu’il s’agit. Car, après les sacrements, les engagements dans les groupes, chorales, associations et mouvements d’apostolat divers ici-bas, il nous faudra rendre compte un jour, de ce qu’aura été notre existence, surtout notre vie de foi, de chrétien véritablement engagé au service de nos frères et sœurs dans la foi et en humanité. C’est cela seul qui compte. Et nous devons en prendre conscience.

Car quelle est cette Eglise qui se remplit à longueur de journée, avec moult messes et activités spirituelles, mais qui n’arrive pas à se prendre en charge ? Peut-on appeler cela une Eglise vivante et active ? Il y a là un vrai problème de foi. Saint Jacques ne nous dit-il pas : « La foi qui n’aurait pas d’œuvres est morte »! L’auteur sacré précise même : « A quoi bon, mes frères, dire qu’on a de la foi, si l’on n’a pas d’œuvres ?

La foi peut-elle sauver, dans ce cas ? » (Jacques 2, 14 et suivants). Il faut féliciter ceux et celles qui l’ont compris et s’évertuent à vivre en hommes et femmes de foi ; mais ils sont de nos jours très peu nombreux et du coup, le poids de leur communauté devient comme un chemin de croix. Mais nous les rassurons que : « Dans la Croix, se trouve la Vie ! ».

Crépin Magloire Acapovi    Abbé Magloire Acapovi, directeur de publication du journal La Croix du Bénin