« Il y a eu des consensus autour d’un certain nombre de questions pour assurer une rentrée scolaire apaisée »

Interview de rentrée

(Entretien avec Guillaume Attigbé, président du Conseil national du dialogue social)

Vendredi 31 août 2018, à moins de deux semaines de la rentrée, le Conseil national du dialogue social au Bénin (Cnds) a tenu sa deuxième session extraordinaire de l’année 2018. Entre autres sujets abordés, les questions pour une rentrée apaisée ont été discutées. Guillaume Attigbé, ancien secrétaire généralde la Csa/Bénin, expert et président du Cnds, lève un coin de voile sur les mesures prises par son organisation pour une année académique apaisée.

Nous sommes à la veille de la rentrée scolaire 2018-2019. L’année dernière, nous avons été installés en août 2017. C’était à la veille de la rentrée scolaire 2017-2018. Dans ces conditions, le Conseil a été quelque peu surpris par les mouvements latents qui ont perturbé l’année académique car il venait de prendre corps et il fallait le doter d’un siège, d’un règlement intérieur et des commissions techniques. Après avoir tiré leçon des événements de l’an passé, nous avons pris les taureaux par les cornes afin de remplir notre rôle d’anticipation des conflits sociaux. Installés depuis août 2017, nous fonctionnons sur une base tripartite regroupant les représentants du gouvernement, des organisations de la société civile, et les représentants des employeurs. Nous sommes au nombre de trente-et un, dix représentants du gouvernement, dix représentants des travailleurs, dix représentants du patronat et un expert. Puisqu’une telle commission a besoin de neutralité et comme je ne suis plus dans le feu de l’action, j’y suis recruté au titre d’expert. L’objectif principal de ce Conseil est de préserver la paix sociale, de faire ancrer la culture du dialogue social pour qu’il soit le premier recours en cas de conflit. Cependant, nous travaillons à anticiper sur les conflits et à les contenir dès que les problèmes pointent à l’horizon. Cet objectif a été adopté dans la mesure où nous nous sommes rendus compte qu’une entreprise ne peut prospérer sans la paix. Les travailleurs ne peuvent produire de bons résultats et atteindre les objectifs fixés par l’employeur dans une ambiance où la paix est menacée. Le Conseil national du dialogue social a fait un état des lieux afin de bien orienter son action pour la paix sociale. En cela, nous agissons essentiellement dans le monde du travail.

Voyant la rentrée 2018-2019 poindre à l’horizon, nous avons convoqué une session qui a réservé une place spéciale aux préparatifs de la prochaine rentrée scolaire. Nous entendons ainsi jouer notre partition en tant que Conseil national du dialogue social. Au cours de cette session, nous avons eu droit à deux communications. La première communication porte sur la nouvelle loi régissant la fonction publique en général et qui prévoit un certain nombre de structures pour gérer désormais le dialogue social au Bénin. Ces structures viendront remplacer, par exemple, les conseils sectoriels du dialogue social installés dans les ministères. Nous avons invité ensuite les représentants des travailleurs, surtout de l’enseignement, pourqu’ils nous fassent le point des négociations sectorielles qu’ils ont entamées avec leur tutelle afin que le Conseil puisse se faire une idée exacte de l’évolution de la situation à chaque niveau. Je rappelle que les négociations entaméesl’année dernière ont pu aboutir en mai 2018 avec des conclusions signées par les centrales syndicales et le gouvernement béninois le 23 août 2018 pendant qu’on était en pleine session. Ces conclusions étant arrivées à la veille de la rentrée, elles ne peuvent servir que de base aux différentes mesures à prendre pour assurer une rentrée apaisée. Étant entendu que ces négociations viennent de prendre fin, nous pouvons dire que les problèmes sont d’actualité. Dans les échanges, les centrales syndicales ont exprimé les différentes préoccupations des travailleurs, secteur par secteur, dont les ordres de l’enseignement. Il y a eu des consensus autour d’un certain nombre de questions pour assurer une rentrée scolaire apaisée. À la suite de sa session, le Conseil national du dialogue social a formulé une recommandation pour inviter les acteurs du secteur éducatif notamment le gouvernement et les organisations syndicales à respecter à la lettre les engagements pris par chaque partie. Nous sommes actuellement à pieds d’oeuvre pour saisir chaque ministre de l’enseignement. Dans ce sillage, nous allons saisir incessamment le président de la grande commission Centrale syndicale-Gouvernement et le ministre du travail et de la fonction publique qui en est le vice-président. Ils’agit pour nous de leur exprimer de vive voix, ce que nous pensons des préparatifs de cette rentrée et la résolution qui a été prise puis que le peuple béninois souhaite effectivement que la paix règne au cours de cette année scolaire et les années à venir et que chaque acteur puisse s’atteler à son travail. Les résultats enregistrés en fin d’année aux différents examens traduisent l’ambiance qui a prévalu tout au long de l’année écoulée. Nous avons l’obligation de trouver par tous les moyens les mécanismes d’anticiper comme c’est de notre ressort, toute situation conflictuelle dans le secteur de l’éducation en particulier et à tous les niveaux de façon générale.

Propos recueillis par Alain SESSOU et Florent HOUESSINON