« La paroisse Sacré-Coeur de Cotonou est à l’âge de sa pleine maturité »

Interview DOSSEH

(Entretien avec le père Alain Dosseh, curé de la paroisse Sacré-Coeur de Cotonou,(Entretien avec le père Alain Dosseh, curé de la paroisse Sacré-Coeur de Cotonou,à l’occasion de la célébration des 60 ans d’érection de la première paroisse d’Akpakpa)

Depuis novembre 2017, la paroisse Sacré-Coeur de Cotonou a lancé les festivités de son 60e anniversaire. Avant la messe solennelle prévue pour le samedi 9 juin 2018, les fidèles et leur curé ont concocté un vaste programme de célébration, de formations, de pèlerinages et d’activités culturelles. Le curé de cette paroisse, le père Alain Dosseh, dévoile dans cet entretien la vie d’un peuple autochtone dont l’expression de la foi et l’engagement dans la vie de l'Église forcent l’admiration.

« La Croix du Bénin » : Père Alain Dosseh, la paroisse Sacré-Coeur de Cotonou célèbre ses 60 ans d’existence. Quel sens donnez-vous à cette célébration ?

Père Alain Dosseh : La paroisse Sacré-Coeur est aujourd’hui une paroisse mûre. À 60 ans, la première paroisse d’Akpapka est à l’âge de sa pleine maturité. Cette maturité se sent dans l’essor de la paroisse Sacré-Coeur, et surtout dans l’enthousiasme et dans le dynamisme de ses fidèles. Ils participent à la vie de la paroisse parcequ’ils ont pris à coeur leur devoir de filles et de fils de l'Église. L’esprit de départ est resté, puis que cette paroisse est née de la volonté et du dynamisme de quelques fidèles qui se sont engagés pour qu’une paroisse soit créée à Akpakpa. Et cet esprit demeure. Sacré-Coeur est une paroisse où les fidèles ont compris que l'Église est leur affaire. Les fidèles sont des hommes et des femmes responsables qui ont adopté la paroisse comme leur maison.

Comment organisez-vous alors ce 60e anniversaire d’érection de laparoisse Sacré-Coeur de Cotonou ?

J’ai commencé à décompter les 60 ans de cette paroisse depuis mon arrivée en 2012. Le conseil pastoral paroissial a décidé de ne pas se contenter d’une célébration en une journée. Nous avons alors étalé les célébrations sur une année jubilaire qui s’étend de la solennité du Christ-Roi en novembre 2017 à la solennité du Christ-Roi en novembre prochain. Au menu de cette année jubilaire, nous avons initié un ensemble d’enseignements, de célébrations, et de manifestations.

Les enseignements ont été axés sur la formation à la vie chrétienne, spirituelle et doctrinale du peuplede Dieu. Dans ce cadre, nous avons conduit des modules de formations sur le mariage, l’approfondissement de la foi et notamment de la foi vécue. À la fin des formations sur le mariage, j’ai annoncé qu’il faut que nous célébrions soixante mariages pour marquer les soixante ans de notre paroisse. Aussitôt, les fidèles se sont mis en mouvement. J’ai enregistré et ouvert plus de cinquante-neuf dossiers de couples. Finalement, ce sont quarante-neuf couples qui ont célébré leur mariage le samedi 2 juin 2018. Cet événement exceptionnel a marqué le début des festivités de la semaine jubilaire.

Nous avons aussi initié des célébrations à travers les messes mais aussi les prières dans le but d’intensifier notre relation avec Dieu. Nous avons ainsi organisé deux croisades spirituelles (Jéricho), la première du 4 au 10 janvier 2018 et la seconde du 20 au 27 mai dernier. Ce fut une campagne d’évangélisation qui s’est déroulée dans la semaine qui a suivi le jour de Pentecôte. En effet, partant du fait que les apôtres ayant reçu l’Esprit-Saint sont allés proclamer l'Évangile, nous avons ouvert nous aussi les portes et nous avons annoncé la Bonne Nouvelle. Ce fut sept jours de prière continue et d’évangélisation. Au cours de ces journées, j’ai mis un accent particulier sur la prière silencieuse. Je leur explique comment faire l’oraison. Je leur demande de laisser leur corps participer de la prière, simplement. Dans ce cadre, tous les jeudis après la messe du soir, nous faisons une demi-heure d’adoration et de prière silencieuse devant le Saint Sacrement exposé à l’autel. Progressivement, beaucoup de fidèles pratiquent aujourd’hui l’oraisona lors qu’ils étaient seulement habitués à la louange. Ce qui me fait plaisir au sein de cette communauté paroissiale est le fait que les fidèles s’approprient spontanément ce que les pasteurs leur enseignent et le font intégrer à leur vie.

Vous avez parlé d’une semaine jubilaire qui a commencé avec la célébration des 49 mariages. Quel en est substantiellementle menu ?

Au cours de cette semaine jubilaire, nous avons prévu chaque jour un événement important. Au soir du samedi 2 juin 2018, il y a eu un concert spirituel animé par trois chorales de la paroisse. Le lendemain, dimanche 4 juin a été consacré aux oeuvres de la miséricorde. Il s’agit en réalité d’une journée au cours de laquelle nous avons invité cinq cent personnes vulnérables, handicapés et mendiants à qui nous avons donné à manger. Toujours dans le prolongement de cette journée d’action charitable, nous avons envoyé du repas à nos frères et soeurs en prison et au centre psychiatrique "Jacquot".Une délégation de fidèles a visité l’hôpital de Kowégbo, le Nazarhet et la maternité de Misséssin.

À l’endroit de la jeunesse et de l’enfance missionnaire, nous avons organisé un tournoi de football remporté par l’Amical des anciens servants de messe. Chaque soir, durant toute la semaine, est prévu un concert de chants assuré tour à tour par toutes les chorales en langues nationales de la paroisse. Ce vendredi 8 juin a lieu une soirée culturelle animée par un conteur professionnel qui nous raconte l’histoire de la paroisse Sacré-Coeur de Cotonou dénommée « Et si Sacré-Coeur m’était racontée ! ».Cette soirée culturelle est entre coupée de chants spécialement composés en hommage pour la paroisse jubilaire. À la fin du conte, démarrera une procession aux flambeaux accompagnée des fanfares. Le samedi 9 juin 2018, Mgr Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou, présidera la messe solennelle du jubilé. Cette fête va continuer le dimanche 10 juin 2018 avec le baptême des petits enfants. J’avais annoncé soixante baptêmes mais j’ai déjà enregistré plus de 150 enfants inscrits. Après la messe du dimanche, tous les fidèles vont festoyer sur la paroisse en compagnie de deux artistes de renom, un musicien, Ignace Don Métok et un comédien, Pipi Wobaho.

En dehors de la semaine jubilaire, nous avons prévu d’autres activités. Par exemple, le samedi 16 juin 2018, nous allons poser un acte prophétique, symbolique et fort éloquent. Il s’agit d’une campagne de salubrité dans les treize quartiers que couvre la paroisse.Tous les fidèles des quartiers vont sortir pour faire le nettoyage en remblayant les petits trous et les ravins, en nivelant les bosses e en ramassant les tas d’ordures de sorte que cette action de salubrité puisse avoir un impact positif sur le voisinage immédiat. Pour cela, les chefs des communautés ecclésiales de base mobilisent déjà les fidèles.

Nous avons prévu également trois pèlerinages pour marquer cette année jubilaire. Le premier au sanctuaire marial de Dassa-Zoumè pendant le temps de carême, le deuxième au sanctuaire diocésain de la Divine Miséricorde d’Allada,le troisième se fera en Terre Sainte à Jérusalem, courant mois d’octobre 2018. Nous entendons ainsi aller aux origines de notre foi afin de nous ressourcer. Toujours en octobre, a été retenu un dimanche où toutes les chorales fêteront les 60 ans de la paroisse. Un peu plustôt en septembre, nous organiserons la fête paroissiale des familles et le dimanche 18 novembre 2018, nous célébrerons la fête familiale paroissiale, une sorte de kermesse à laquelle tous les fidèles seront conviés.

Sacré-Coeur est la seule paroisse de Cotonou qui se retrouve au carrefour de cinq rues constamment animées. Elle est exposée aux nuisances sonores, à la fatigue visuelle… En cette année jubilaire, le Seigneur nous fait la grâce de lancer les travaux de construction d'une nouvelle église.

Comment voyez-vous l’avenirde votre paroisse en termes dedéfis sur le plan pastoral ?

Le défi pastoral est à la fois pour les pasteurs et pour les fidèles. Sacré-Coeur est une paroisse populeuse. Il lui faut des pasteurs de poigne. Ce peuple croit en Dieu et prend aussi au sérieux son pasteur. C’est un peuple qui entend la voix de son pasteur. Quand le curé dit : « Faites ceci », les fidèles obéissent. Il faut que le pasteur ait de l’initiative pour animer la communauté paroissiale. Il lui faut également relever le défi de la formation. C’est pour cela que j’ai initié la formation dans beaucoup de domaines. Les jeunes par exemple, ont instauré « Une matinée avecle curé ». C’est une rencontre aucours de laquelle je suis assis au milieu d’eux et je réponds à toutes sortes de questions sur la jeunesse et la foi. Il faut que le pasteur soit avec eux pendant les journées paroissiales de la jeunesse. Les fidèles écoutent beaucoup de choses racontées par les sectes et ils se retrouvent parfois sans réponse.Une formation générale dénommée « Parlons-en en Église » a été initiée à cet effet. Les fidèles posent toutes sortes de questions et nous menons un échange à bâtons rompus. Il faut donc un pasteur qui sache éduquer. Ce peuple écoute et manifeste son désir d’apprendre. Il s’agit d’encourager cette bonne habitude des fidèles. Ils doivent transmettre à la jeune génération, leur soif de connaître Dieu et leur amour pour l'Église.

Ce peuple est ardent dans la foi.Tous les jours du lundi au vendredi, beaucoup de fidèles viennent rencontrer le Christ dans le sacrement de la réconciliation. Ce que je souhaite est qu’ils se laissent davantage former et qu’ils fassent aussi confiance au pasteur. Que les jeunes sachent s’en tenir à l’essentiel et qu’ils ne se laissent pas distraire. Pour l’avenir, les défis ne manqueront pas. Mais si on sait les tenir, je crois que cette communauté paroissiale s’en portera mieux.

Père Serge Bidouzo

Propos recueillis par Serge N. Bidouzo