Des professionnels des médias prient pour les hommes des médias rappelés à Dieu

Homélie

Chers Frères et soeurs Journalistes, Chers confrères et consoeurs, Je vous salue de tout coeur. Je salue tous les journalistes et en particulier nos doyens, nos aînés et nos anciens, ceux-là qui ont été les pionniers. Quand je parle de pionniers, je salue ceux-là qui sont déjà de l’autre côté de la vie : père André Quenum, Maurice Chabi, François Dégila, Jérôme Badou, Evariste Dégila, Thomas Mègnassan, Gisèle Ligan Paraïso, Christine Elégbédé Santos, Bernard Kayossi, Salomon Vidéhouénou, Lambert Amoussou, Cyprien Agougou, Théodore Ahouangan, Germain Adélakoun alias Cayodé-Ibitayo, Parfait Mèhou d’Assomption.

Ces pionniers sont présents parmi nous. La foi nous le dit. Je vous salue vous qui êtes encore avec nous fort heureusement pour notre joie et pour notre aide parce que vous nous aidez beaucoup ne serait-ce que par votre présence et par votre conseil. Je salue surtout les familles de nos confrères, anciens sur le chemin que nous empruntons tous, Maurice Chabi et Charbel Badou. Je salue la présence de tous ceux et celles qui sont professionnels des médias, qu’ils soient ici présents ou non. Je salue tous ceux et celles qui soutiennent d’une manière ou d’une autre notre travail, notre engagement. Tous ceux qui nous facilitent les choses pour que le travail puisse nous procurer de la joie. Tout travail a son aspect de pénibilité. Mais la joie de pouvoir être utile à l’humanité à travers ce qu’on fait, soulage beaucoup.

C’est dans cette logique que je vous souhaite une bonne journée mondiale de la liberté de la presse. Que tous les fruits de paix et de prospérité, de santé et de joie, de la paix du coeur et de la communion des coeurs soient vôtres. Quand je parle de communion, je pense encore une fois, à ceux qui nous ont devancés de l’autre côté de la vie. André Quenum, mon illustre prédécesseur au Journal « La Croix duBénin », Maurice Chabi et François Dégila. J’ai eu la chance de pouvoir collaborer avec ce dernier quand il était à l’Ucao et venait à La Croix du Bénin, avec les stagiaires pour leur montrer sur le terrain ce que s’est que le journalisme. Jérôme Badou, Evariste Dégila, Thomas Mègnassan, des noms très célèbres et bien connus à l’instar de Germain Adélakoun qui a aussi travaillé avec mes prédécesseurs au Journal LaCroix du Bénin. Il avait au Journal La Croix du Bénin pour prête-nom Cyrus. Hélas ! Quelques fois, nous devons signer avec des prête-noms parce qu’on ne se sent pas toujours libre.

Nous pensons à tous ceux qui ont travaillé dans ce pays pour que la vérité puisse triompher. En cette journée de la liberté de la presse, prions et supplions le Seigneur afinque son esprit nous devance toujours sur le chemin dans les coeurs de ceux et celles qui s’engagent et qui se mobilisent pour la liberté et le respect de la personne et de l’engagement des autres. Demandons pardon au Seigneur pour tout ce qui a pu ternir notre engagement, notre profession de par nos agissements. Mon habillement d’aujourd’hui traduit le sang que nous devons offrir pour que la liberté soit respectée partout où que ce soit. Que nos prédécesseurs soient croyants ou pas, Dieu est Dieu. Aucun homme ne s’est fait lui-même. Il vient de quelqu’un ou de quelque part. Et donc, qu’il les accueille.

Je salue avec respect, M. Félix Adimi, Conseillé à la Haac. Je salue tous nos frères et soeurs en humanité car la liberté s’enracine là. L’humanité est la raison utile du respect de la liberté de la presse. Quand Dieu crée, il ne demande la permission de personne. En me créant, il n’a demandé la permission de personne. Je salue avec beaucoup de respect etd e déférence, nos doyens, nos aînés et les anciens. Etre ancien, c’est une chose honorable. Je vous remercie d’avoir pris cette initiative, celle de la mémoire de ceux et celles qui ont été avec nous ou qui nous ont devancé sur les chemins quels qu’ils aient été. Je vous salue donc de tout coeur, en particulier les initiateurs de cette cérémonie, Mr Brice Ogoubiyi et l’Association des anciens ou retraités de la presse.

A vous, les anciens, je dis toute mon admiration et la reconnaissance due à votre sens de responsabilité, de patriotisme, de professionnalisme, de sacrifice et aussi de mémoire de ceux qui nous ont quittés pour l’autre rive de la vie. A vous tous, je souhaite une bonne fête. Ce jour est en effet celui de la presse au plan mondial. L’univers entier fête aujourd’hui la journée mondiale de la liberté de la presse. Mais pour nous chrétiens catholiques, le 3 mai, c’est la fête des saints Apôtres Philippe et Jacques, deux apôtres que nous fêtons à la fois. C’est ahurissant, c’est étonnant de voir à quel point les Papes, depuis Jean-Paul II, s’efforcent de s’adapter au cours des temps. L’Église catholique ne méprise pasles professionnels des médias. LePape tweete tous les jours. C’est la preuve d’une très grande ouverture et la considération des autres et surtout de notre profession. L’Eglise catholique nous fête plutôt à l’occasion de la journée mondiale des communications sociales, appelée en France, Journée chrétienne de la communication. Cette année ce sera pour le 13 mai prochain.

De plus, l’Église catholique nous a donné un saint patron en la personne de Saint François de Sales (1567-1622). Cela fait déjà assez longtemps quel’Eglise nous devance dans ce que nous faisons. Saint François de Sales est donc la figure emblématique de l’écriture et de la bonne communication basée sur l’amour et la vérité. On fait mémoire de lui le 24 janvier de chaque année. Il y a pourtant un lien de nature entre les deux saints de ce jour et nous, professionnels des médias. Saint Jacques, on le dit Frère de Jésus, on le nomme aussi Jacques le majeur. C’est peut-être aussi lui qui a écrit l’épitre de Saint Jacques. Mais les chercheurs ne sont pas tout à fait unanimes là-dessus. Que ce soit la même personne ou pas, l’apôtre a été l’un des tout premiers.

Il a vu Jésus, il a parlé avec lui, il a mangé avec lui, il a fait chemin avec lui, etc. Il a été témoin de première heure. Le rôle du journaliste se situe à ce niveau. Il doit être témoin de première heure des faits dans leur réalité. Philippe, quant à lui, a un nom d’origine grecque. C’est à l’Apôtre portant ce prénom que les Grecs se sont adressés, lorsqu’ils avaient voulu voir Jésus à Jérusalem (Jn 12,21-22). Les Grecs, ceux-là à qui on prête la possession presqu’exclusive de la rationalité. Léopold S. Senghor disait que « l’émotion est nègre, la raison est hellène ». En disant cela, il voudrait montrer à quel point les Grecs d’alors, tenaient à la vérité des faits, à l’objectivité. Philippe était de Bethsaïde comme Pierre et Jacques et faisait partie du cercle des disciples de Jean-Baptiste. A la suite du « suis-moi» de Jésus (Jn 1,43-44) il fera partie de ses disciples dès la première heure. Philippe a aussi été l’Apôtre de Jésus, c’està-dire son témoin, auprès de Nathanaël.

Quand celui-ci exprimait des doutes sur Jésus, sur sa nature divine par rapport à son humanité, c’est Philippe en effet qui le décidât en lui disant, «viens et voit », lui indiquant ainsi la vraie méthode de recherche de la vérité et surtout de l’information vraie. L’un des maux de notre pays, c’est de colporter des demi-vérités et même des informations fausses voire des mensonges. Déjà, le voir pose problème. C’est évidemment l’un des cinq sens. Mais la vérité ne se base pas que sur les sens. Les sens nous trompent, disent certains philosophes. Il faut aller au-delà des sens. C’est encore lui, Philippe, qui a eu la lucidité de formuler cette demande à Jésus, qui est aussi la nôtre : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ! Il montre sa volonté de vérité, volonté et désir d’aller au-delà de ce qui se donne à voir pour percer la vérité dans sa quintessence, c’est-à-dire dans sa nudité, dans ce qu’elle est réellementet dans ce qu’elle révèle selon les faits. Jésus lui répond : « Qui m’a vu, a vu le Père ! » On comprend par cette réponse que l’on peut voir sans avoir vu.

Et pour voir réellement, il faut prendre du temps. C’est là que le voir se complète ou se fait contempler. Il faut passer de la vue à la contemplation. Dans la contemplation, on découvre les faits, la réalité telle qu’elle est. On découvre la vérité, on la médite et ce n’est qu’après qu’on peut parler. Paul Tillich a écrit ceci : Si vous allez en Amérique et vous passez une journée en Amérique, vous allez vous considérer comme un expert des Amériques et vous écrirez des livres sur l’Amérique. Retournez pour faire trois jours, vous écrirez des articles. Retournez une troisième fois pour y faire une année et plus, vous vous tairez. Cela veut dire que quand on découvre la vérité dans sa nudité, on ne peut que se taire. Ou du moins, avant de parler, on réfléchira par trois fois. «Qui m’avu, a vu le Père ». Dieu le Père se donne à voir et à contempler dans et à travers le Fils. Saint Irénée de Lyon exprime cette réalité à merveille en affirmant que la Gloire de Dieu, c’est l’Homme vivant et que la vie de l’Homme, c’est la vision de Dieu. Voir Dieu, c’est en cela que nous avons la vie éternelle et lui, il est éternel. C’est de Dieu que nous tenons l’être, le mouvement et la vie. Sans Dieu, que sommes-nous? Dieu est Dieu et la vie ne peut pas s’arrêter à quelques dizaines d’années. Même à cent ans, la vie ne peut pas s’arrêter. Ce serait une insulte et une remise en cause de Dieu lui même. C’est cela qui nous explique que ceux qui nous ont devancé dans l’au-delà ne sont pas morts. Je suis convaincu de leur présence.

Le Voir ou le Contempler relève de l’ordre d’une démarche de recherche d’objectivité et donc de scientificité voire de professionnalisme, non seulement en matière de vie spirituelle, pour ce qui est du cas de Philippe avec son questionnement adressé à Jésus, mais aussi de la recherche de l’information vraie.Il y a ici pour nous, professionnels des médias, un appel à une prise de conscience. Le rôle d’un journaliste en effet, qu’il soit croyant ou non, qu’il soit chrétien catholique, protestant, musulman, animiste,vodounisant et même athée, c’est d’être témoin et courroie de transmission de l’information vraie, dans un but constructif pour la société. Car, le journaliste est avant tout un éducateur de la cité. En un mot,le journaliste, c’est le journaliste, parce que la trame commune de notre engagement, c’est la vérité des faits et rien que les faits. J’insiste exprès là-dessus. Ceci exige dès lors objectivité, sens d’analyse, sens de responsabilité et de discernement pour ne pas accuser pour accuser, condamner pour condamner, critiquer pour critiquer. Il s’agit surtout de révéler des faits vérifiés et vérifiables, des faits justes, en amenant l’autre ou les autres à se remettre en cause, à se corriger parce que dans l’action ou l’engagement, on peut commettre des erreurs, des fautes ou être auteur de situations pas toujours bien indiquées. C’est cela que Jean-Paul Sartre, philosophe français, a voulu expliquer par son ouvrage ''Les mains sales'' .

Qui s’engage ne peut jamais avoir les mains propres. Et qui a les mains propres ne s’engagent en rien. S’engager ou non : le mérite est de quel côté? En clair, le rôle du journaliste n’est pas de se comporter comme un justicier, ni comme un agent de renseignements ou de service secret, encore moins comme un auxiliaire des politiques. Le journaliste en effet n’a ni ami ni ennemi. Comme nous devons nous en convaincre, le journalisme n’a ni couleur, ni race, ni religion et bien évidemment ni frontière pour parler comme l’autre. Il doit suivre sa conscience de façon ferme. Et c’est là que Rabelais devient un conseillé privilégié pour tout journaliste : Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme. Le journaliste qui ne suit pas sa conscience et surtout qui va contre sa conscience et donc contre la vérité, travaille à sa propre ruine et à la ruine de la société. Nous devons nous poser des questions. Après plus de 50 ans d’indépendance, notre pays ne fait  que tourner en rond. Il faut suivre sa conscience surtout quand on est croyant et croyant catholique. Dans notre métier, même des gens qui ne sont pas croyant nous devancent et sont plus professionnels que nous les croyants.Cela doit nous interpeller.

Et nous, journalistes de ce pays, que nous soyons catholiques, protestants, musulmans ou autres, avon snousla crainte de Dieu, la crainte de l’Absolu, de l’Être suprême ? Car nul ne s’est fait lui-même. On vient de quelqu’un et de quelque part. Et donc, même si on n’est pas croyant, on croit à quelqu’un d’où nous sommes issus, source et origine de tout ce qui participe à l’être. Car, la religion ne relève pas que d’une sphère privée, indépendante de la vie socioprofessionnelle. Nous avons en effet une responsabilité sociale : Être témoins dans la cité. C’est ici que nous devons apprendre de nos anciens. Aller à l’école des anciens, des ainés, des doyens qui n’avaient pas de grands moyens, mais avaient du professionnalisme et du talent à revendre aujourd’hui encore. Je voudrais saluer ici leur mémoire, ceux et celles qui sont partie, mais aussi rendre hommage à ceux et celles qui sont encore là, en ce jour où nous honorons cette profession si périlleuse, si délicate et si noble à la fois.

Je finis en nous invitant à reprendre ensemble la prière du journaliste,composée par Mgr Bruno Forte, Archevêque de Chieti-Vastoen Italie. Que le Seigneur vous bénisse, qu’il vous garde de tout mal et qu’il bénisse l’ouvrage de vos mains, l’engagement de chaque journaliste et que sa lumière vous devance et vous illumine.

Amen !