Père Philippe Sanhouékoua : « Elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre »

Père Philippe Sanhouékoua

Aujourd’hui, comme toujours il y a des petites choses qui passent inaperçues, petites aumônes, petits sacrifices, petites prières (jaculatoires), mais ce qui semble petit et sans importance constitue parfois la matière ainsi que la finition des chefs d’œuvre: il en est ainsi des chefs d’œuvre en art et de l’œuvre maximale de la sainteté personnelle. Du fait qu’elles passent inaperçues, l’honnête intention de ces petites choses est garantie : en les accomplissant, nous ne cherchons pas la reconnaissance d’autrui ni la gloire humaine.

Seul Dieu les découvrira dans nos cœurs. C’est ainsi que Jésus est le seul à reconnaître la générosité de la veuve. Il est quasiment certain que la pauvre femme n’a pas annoncé son geste par une fanfare de trompettes, et il se pourrait même qu’elle ait eu honte et se soit sentie ridicule face au regard des riches qui donnaient des sommes importantes et se vantaient de cela. Néanmoins, sa générosité, qui lui donne des forces au milieu de son indigence, a mérité l’éloge du Seigneur qui voit dans le cœur des hommes : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde. Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence: elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre » (Lc 21, 3-4).

Suivons le regard de Jésus. Que voit-il ? Une fois de plus, il voit et dévoile ce qui passe inaperçu habituellement : une femme qui vient verser son obole. Cette offrande est ridicule : quelques centimes. Mais pour cette femme, bien en-dessous du seuil de pauvreté, cela représente, comme Jésus le remarque vigoureusement, « toute sa vie ».

L’expression est très forte. Le mot grec, bios, désigne la vie et les moyens de subsistance (comme on dit en français : « gagner sa vie »). La femme donne « tout ce qu’elle a, toute sa vie ». Ses ressources se confondent avec sa survie physique de la journée : elle a vraiment tout donné. Elle a renoncé à son repas quotidien pour donner l’argent à Dieu. Elle a tout donné, comme la veuve de Sarepta qui, à bout de réserves, avait renoncé à son dernier repas pour le donner au prophète Élie (1 Rois 17, 12).

Quelle leçon de générosité ! Suis-je prêt, moi aussi, à tout donner au Seigneur ? Ou estce que je lui laisse seulement les miettes qui tombent de ma table ? Seigneur, j’ai peur de tout te donner, aide-moi à comprendre que tu seras cent fois plus généreux avec moi que moi avec toi ! Dieu donne tout, toute sa vie, « pour nous les hommes et pour notre salut », et cela passe souvent inaperçu. L’eucharistie est le lieu par excellence de la célébration de la pauvreté. Dieu est bien dans son temple et il y est rejoint par ceux qui lui ressemblent, cette pauvre veuve par exemple.

Il ne s’y trouve pas, comme certains le croient, sous la forme d’une divinité cachée dont on ne se ferait une idée que quand des liturgies grandioses se déploient en son honneur. Non : Dieu est bien là, de manière visible et palpable en la personne de ceux qui proposent son image et sa ressemblance aux regards qui savent voir les pauvres.

Selon l’Ancien Testament, Dieu interdit de placer dans son sanctuaire une quelconque représentation, « pas de statue ni aucune forme de ce qui est dans le ciel en haut ni sur la terre en bas ni dans les eaux » (Décalogue, Exode 20, 4). Ce n’est pas foncièrement parce qu’il redoute que les humains n’adorent ces représentations, même si cela peut toujours arriver (Exode 32 : le veau d’or). Plus profondément, Dieu semble dire par cet interdit : « Qu’avez-vous besoin de rechercher des effigies dans mon temple ? Apprenez plutôt à reconnaître ceux qui me ressemblent et qui, comme moi, passent dans l’indifférence générale. Ma présence, vous l’avez sous les yeux parmi ceux qui vont et viennent au milieu de vous : ouvrez vos yeux et vos oreilles ».

Le Dieu qui donne « sa vie tout entière », notre veuve Le donne à contempler dans les personnes qui sont dans le besoin et Caritas cette structure de la pastorale sociale de l'Église catholique veut constituer le canal sûr pour les rejoindre à travers vos gestes et vos dons.

Que signifie Caritas ? Caritas est un mot latin qui signifie simplement Amour, compassion de l’autre, amour du prochain. C’est justement sa raison d’être. Et sa mission « est de témoigner de l’amour de Dieu » (Act, 8), afin de promouvoir la charité et la justice en vue d’assurer le développement intégral de tout homme et de tout l’homme en travaillant pour la réduction des inégalités sociales. Pour permettre à Caritas Bénin d’accomplir cette noble mission, nos pères évêques ont institué depuis quelques années une Semaine Nationale de charité.

Nos évêques à la suite du pape qui a institué une journée du pauvre dans l'Église au 33e dimanche ordinaire, voudraient nous inviter à ne pas oublier les pauvres surtout ces malades indigents qui chaque jour frappent aux portes de nos évêchés, de nos paroisses, des directions diocésaines et de la direction nationale de Caritas. L’édition de cette année se déroule du dimanche 26 novembre au dimanche 03 décembre 2017 dans tout le Bénin.

L’accès aux soins de santé des personnes vulnérables et malades indigents demeure toujours une grande préoccupation pour la structure dont nous avons la charge. Au nom de Mgr Aristide Gonsallo, évêque de Porto-Novo et président du Conseil d’Administration de Caritas Bénin, et en mon nom personnel, je voudrais vous exprimer notre sincère gratitude pour l’intérêt que vous avez toujours accordé aux actions de Caritas Bénin. Au regard de la demande sans cesse croissante, nous venons une fois encore solliciter votre soutien de toute nature pour la prise en charge de ces personnes en situation de vulnérabilité, ces malades indigents y compris les orphelins et enfants vulnérables qui n’ont pas les moyens pour accéder aux soins de santé, ces oubliés de la justice sociale.

Au nom des bénéficiaires je dis déjà merci à tous ceux et celles qui se manifesteront tout à l’heure au cours de la deuxième quête. Frères et sœurs, il y a en définitive un appel du Christ auquel Caritas Bénin nous demande de répondre, la dimension spirituelle de la pauvreté qui dépasse les seuls enjeux économiques ou sociaux. De fait, les pauvres ne sont pas juste des personnes dans le besoin qu’il faudrait simplement aider à vivre mieux au plan matériel. Le faire c’est déjà beaucoup.

Il s’agit aussi de nous demander comment les pauvres eux-mêmes peuvent nous aider. C’est sûrement en aidant ces personnes, ces familles, ces communautés qui souffrent, et en avançant à leur côté, en tissant ce lien de communion avec eux que nous pourrons véritablement construire une société plus juste et fraternelle. Frères et sœurs, la veuve, comme Daniel et ses compagnons, nous enseignent qu’il vaut mieux avoir Dieu dans son âme que de l’or dans le tronc du trésor. Et c’est vrai : si nous sommes généreux avec Dieu, Il le sera encore plus avec nous.

Les jeunes hommes se privent des mets copieux pour ne pas désobéir à leur Dieu, et, nous rapporte le texte « au bout de dix jours, ils avaient plus belle mine et meilleure santé que tous les jeunes gens qui mangeaient des mets du roi. Nous avons souvent peur de ne pas en avoir assez pour nous, du coup on se donne bonne conscience pour ne pas être généreux. Qui donne aux pauvres prête à Dieu. Et nul n’est trop pauvre pour ne pas pouvoir donner.

Que le partage devienne, comme le dit si bien le pape François, notre style de vie. Seigneur, je voudrais te demander trois choses : donnemoi d’imiter la générosité de cette veuve, son humilité et aussi la bienveillance que tu as montrée à son égard !

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