Homélie de Mgr Aristide Gonsallo lors du jubilé de la cathédrale de Porto-Novo

Homélie de Mgr Aristide Gonsalo Jubilé 150 ans de la cathédrale de Porto Novo

"Une fête, fut-elle un jubilé, ne doit pas être une fête de plus, mais il faut qu’elle devienne, par la grâce de Dieu, une véritable occasion pour raviver en chaque fidèle un regain de vitalité spirituelle"

Chers fidèles chrétiens de la cathédrale et de tout le diocèse, Fils et filles bien-aimés de Dieu, venus de près ou de loin participer à cette célébration, Fils et filles appartenant à d’autres confessions religieuses, Et vous tous, âmes de bonne volonté, 1864-2017 ! 1942-2017 ! Deux périodes ! Deux dates ! Deux Jubilés pour la Cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée conception de Porto-Novo, cette demeure splendide qui nous abrite en ce moment même.

Il y a 150 ans (plus exactement 153 ans), c’était l’évangélisation de cette paroisse-mère qui célèbre également en cette année 2017, les 75 ans de sa consécration au Seigneur et de sa dédicace à Notre-Dame de l’Immaculée Conception. Nous bénissons le Seigneur pour tous ceux qui ont contribué à l’édification et à l’affermissement de notre Église diocésaine par le don total de leur vie. Voici déjà un siècle et demi qui s’est écoulé depuis ce jour bienheureux où l'Évangile est entré dans notre Église-Famille de Dieu à Porto-Novo. C’est la raison pour laquelle, en guise de mémoire et de reconnaissance, la Cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée Conception célèbre le jubilé de cet événement.

C’est pour notre famille diocésaine un temps de miséricorde et de grâce, un temps de réconciliation et de pardon entre les frères et sœurs de Porto-Novo, un temps de salut et de paix pour toute l'Église-Famille de Dieu au Bénin. Un petit rappel historique nous révèle qu’un Jubilé se célébrait tous les cinquante ans. C’est un temps de la joie, comme son nom l’indique. Le mot « jubilé » vient en effet du « yobel », la corne de bélier transformée en trompette, qui servait au peuple Hébreu, dans l’Ancien Testament, à sonner les temps de fête en mémoire de sa libération de Babylone. Cette célébration, une fois tous les 50 ans, était alors un véritable affranchissement de tout le peuple. (cf. Lv25, 10-13). Jésus se présente comme celui qui donne au Jubilé son vrai sens, puisqu’il est venu « prêcher l’année de grâce du Seigneur » (cf. Lc4, 19).

L'Église a repris cette tradition de rythmer sa vie avec des jubilés, soit à date fixe, tous les 25 ans, soit pour un temps de grâce exceptionnel sur un thème donné. Aujourd’hui encore un jubilé se présente comme un moment de joie pour vivre et fêter le Salut que Dieu nous donne, en nous libérant du mal et du péché. Ce Jubilé des 150 ans s’inscrit donc bel et bien dans cette tradition séculaire de l'Église. Que de grâces reçues dans le Temple de celui qui nous a choisis « pour servir en sa présence ». Je pense ici à tous ceux et celles qui depuis un siècle et demi ont été baptisés dans ce Temple saint, ceux qui y ont reçu plusieurs fois le sacrement de pénitence, le sacrement de l’eucharistie, la confirmation. Je pense à ceux qui se sont mariés dans cette église. Je pense bien évidemment à tous ceux qui y ont fait leurs ministères, ceux qui y ont été ordonnés diacres, prêtres et évêques dans cette cathédrale.

Je pense de façon particulière au père André Dessou, qui a été curé sur cette paroisse et qui fête aujourd’hui même jour pour jour son 75e anniversaire de naissance ! Qu’il reçoive ici nos meilleurs vœux de bon anniversaire. Que le nom du Seigneur soit béni aujourd’hui et partout célébré. Je voudrais ici saluer ceux et celles qui n’ont pas voulu que la mémoire se perde dans les méandres de l’histoire et qui ont milité par leur zèle pastoral et leurs dons pour que ces dates historiques soient commémorées. Dans l'Église, le don est un acte de confiance et un acte de foi qui nous encourage, nous prêtres et évêques, dans notre mission. Je saisis cet instant solennel pour exprimer ma profonde reconnaissance aux donateurs qui ont contribué efficacement à la splendeur et à la beauté de ce Jubilé.

Ce soutien nous donne les moyens de poursuivre l’engagement missionnaire et caritatif que le Seigneur nous demande et nous confie pour la poursuite de l’œuvre de l’évangélisation entamée depuis plus de 150 ans. Si en 1925, la construction de l’actuelle cathédrale était vue par le Père Francis Aupiais comme « Le Monument de la reconnaissance Africaine », la célébration des 150 ans se veut la reconnaissance de l’œuvre des missionnaires intrépides par les petits-fils qui veulent se réapproprier le devoir et la mission non négociable de l’annonce de l'Évangile. En célébrant ces anniversaires, nous voulons faire mémoire, marquer le temps qui passe et nous projeter dans l’avenir. Ainsi, avec ce jubilé, nous faisons mémoire d’un événement passé, définitivement passé, qui nous nous rappelons pour ne pas perdre la mémoire.

Avec ce jubilé, nous voulons marquer le temps qui passe et souligner que c’est l’occasion de rappeler les étapes qui ont jalonné ce parcours entre ce premier jour de l’annonce de l'Évangile et aujourd’hui. Avec ce jubilé, nous voulons aussi nous projeter dans l’avenir. C’est une manière de nous dire concernés, engagés par l'événement d’origine qu’est l’évangélisation de notre diocèse commençant par cette paroisse. Nous avons donc de profondes raisons de jubiler et d’exulter comme nous y invitent les lectures choisies à dessein pour la circonstance. Le prophète Sophonie nous fait comprendre le devoir de jubiler dans ce cours passage écouté en première lecture (3, 14-17).

C’est une hymne de joie au nom de Dieu qui vient du cœur et qui annonce des jours meilleurs. Israël expérimente, de façon tangible, le salut et l’amour que le Seigneur nourrit pour son peuple. Voilà l’une des motivations premières d’un jubilé. En effet, la menace qui plane sur Jérusalem, suite à la conduite désordonnée de la classe dirigeante, fait craindre le jugement et la justice de Dieu. Mais, loin de neutraliser ou d’écraser le peuple, la justice de Dieu a plutôt souci de la conversion et de la sanctification du peuple. C’est pour cela que le Salut de Dieu passe à travers les humbles et les pauvres qui sont précieux dans la main du Seigneur après avoir renversé les puissants de leur trône. C’est pourquoi dans la deuxième lecture (Ephésiens 2, 11- 22), Saint Paul souligne qu’il ne s’agit plus pour nous de courir derrière des « privilèges » qui font glisser sur la pente raide du mépris de l’autre mais de travailler pour l’unité, la paix, la suppression de toute séparation et la destruction « des murs qui séparent les hommes entre eux ».

Oui, ils sont fils d’un même Père et tous égaux devant Dieu, tous de la même famille. Par conséquent, avoir un même père c’est s’engager à vivre la fraternité. C’est entrer dans l’aventure de l’amour qui rassemble, qui fait la paix, qui réconcilie, qui réunit par la croix. C’est dans cette perspective que Jésus nous propose sa grande charte dans l’Évangile des Béatitudes (Mathieu 5, 1-12). Jésus renverse tout : est heureux pour Jésus, celui que nous pensons malheureux. A partir de cet Évangile, nous prenons conscience que ce Jubilé a de fortes implications sur notre vie de chrétiens, notre vie de baptisés en fête. Une fête, fut-elle un jubilé, ne doit pas être une fête de plus, mais il faut qu’elle devienne, par la grâce de Dieu, une véritable occasion pour raviver en chaque fidèle un regain de vitalité spirituelle. Oui, « réjouissonsnous, soyons dans l’allégresse car notre récompense sera grande dans les cieux ».

Comment ne pas être sensible au signe du Seigneur qui nous interpelle à travers ces textes notamment l'Évangile sur le rapport entre le Jubilé, la Miséricorde et la Réconciliation ! « Heureux les miséricordieux ». Toutes les huit Béatitudes sont toujours d’actualité et n’ont pas pris une seule ride mais, à la faveur de notre Jubilé, nous pouvons souligner la Béatitude qui promet le bonheur aux miséricordieux. En effet, on pourrait traduire : « heureux les artisans de la réconciliation ».

Oui, le Jubilé est une célébration de la réconciliation avec Dieu et avec le prochain. Rien n’est plus urgent aujourd’hui pour nous chrétiens jubilaires venus de tous horizons que de nous réconcilier avec Dieu et entre nous. La miséricorde est offerte par Dieu et reçue par l’homme. Entre hommes, la miséricorde est également offerte et reçue, mais dans un échange où les uns et les autres reconnaissent la nécessité d’un pardon mutuel. En Dieu, la miséricorde est pure bonté, elle est gratuite. Dieu n’a rien à se faire pardonner mais Dieu a tout à pardonner.

Dieu est purement la réconciliation offerte. Il est infiniment le bonheur d’aimer. Dieu aime d’un amour dont la liturgie nous dit qu’il manifeste sa toute-puissance dans sa manière de pardonner. « Heureux les miséricordieux » ! La Béatitude de la Miséricorde est en Dieu une infinie puissance d’aimer. Heureux l’homme qui reçoit, qui désire, qui accueille cette miséricorde offerte et s’en trouve réconcilié avec Dieu. Entre hommes, entre chrétiens jubilaires, la miséricorde, nécessairement mutuelle, est vraie et profonde si elle prend sa source en Dieu. La miséricorde est source de bonheur. Elle devient une béatitude évangélique si, à l’exemple du Christ et dans la force du Christ, elle est un amour capable de surmonter toutes les offenses et de recréer les liens de l’amitié fraternelle. La réconciliation évangélique peut paraître, et elle l’est souvent, une exigence surhumaine.

C’est pourquoi les chrétiens jubilaires que nous sommes ont besoin d’une première réconciliation, la réconciliation avec Dieu, pour puiser dans une amitié divine la force de reconstituer ses amitiés humaines. Si les chrétiens jubilaires que nous sommes réussissent à le faire, nous accéderons à une joie surhumaine, la joie de la Béatitude évangélique de la miséricorde. L'Église est en partie constituée de ceux qui écoutent les Béatitudes et, avec la force de l’Esprit, font de Jésus leur vie. Ainsi, l'Évangélisation se poursuit à travers le témoignage de ceux qui accomplissent en eux-mêmes ce qui, dans la passion du Christ, manque en faveur de leurs frères et sœurs. Dans ce sens, la célébration du jubilé des 150 ans se propose d’être ce levier qui permettra à l’Église famille de Dieu de repartir du Christ pour une « Nouvelle évangélisation ».

En ce jubilé, prenons l’engagement de recourir au Christ pour nous faire mieux devenir miséricordieux et artisans de réconciliation au sein de notre paroisse jubilaire, de nos familles jubilaires et de toutes les structures de la société civile où nous exerçons nos activités commerciales, professionnelles ou autres. « Le juste se réjouira dans le Seigneur et tous les hommes au cœur droit trouveront en lui leur fierté ». Oui, réjouissons-nous dans le Seigneur et jubilons. C’est dans le Seigneur que nous mettons notre joie, car c’est lui qui comble les désirs de notre cœur, c’est lui qui est notre joie. Le don parfait que Dieu nous fait en ce jour, c’est de nous réjouir en lui à la suite de Marie en ce jour qui lui est traditionnellement consacré dans l'Église catholique : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur ».

En célébrant le Jubilé des 150 ans de la Cathédrale et ses 75 ans d’évangélisation, nous vénérons l’œuvre de Dieu au milieu de nous qui nous fait aspirer à la Jérusalem d’en-haut, la demeure éternelle de Dieu dans les cieux. Cette cathédrale est pour nous l’annonce de la Jérusalem céleste vers laquelle nous marchons dans la foi, l’espérance et la charité. En attendant d’entrer dans la cité céleste, réjouissons-nous dans le Seigneur car ce Temple saint témoigne de la joie que procure l’espérance de la Jérusalem céleste, pendant que nous sommes encore sur la terre. A tous et à chacun, je souhaite une bonne fête du Jubilé, une bonne fête du Christ-Roi, un bon temps de l’Avent et une bonne année liturgique B. Le Seigneur soit avec vous. « Jubilate Deo, Jubilate omnis terra, jubilate Deo » !

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Album photo de la célébration (Facebook)