"Prendre la dernière place" - Mgr Vincenzo Paglia

Mgr Vincenzo Paglia

Excellences et Frères dans le sacerdoce, Chers frères et sœurs, Cette Eucharistie est célébrée pour remercier le Seigneur pour ce que l’Institut a vécu ici au Bénin. La petite graine de cet institut est devenue, selon l’image de l’évangile, un arbre.

Il y a eu des amis dont Mgr Isidore de Souza qui ont permis la naissance de cet Institut.

En pensant à tous ceux qui ont œuvré à l’avènement de cette section francophone au Bénin, je voudrais dire aussi ma gratitude au Pape Jean-Paul II. Je me rappelle que j’ai eu la grâce d’être son ami et nous avons plusieurs fois parlé de l’importance de la famille pour l’Église et pour la société.

Nous remercions Dieu pour tout cela. Après 20 ans, le Pape François a voulu donner un nouvel espoir à l’Institut. Un nouvel élan, une refondation qui accueille le passé pour que l’Institut devienne un adulte et qu’il acquiert une maturité pour répondre avec autorité et sagesse aux nombreux défis que l’Eglise et surtout les familles doivent relever.

Nous pouvons dire avec le Motu proprio, que le Pape François nous donne une nouvelle vision. La page de l’évangile que nous avons écoutée peut être aussi interprétée à propos de la situation de l’Institut pontifical théologique Jean-Paul II puisque Jésus nous parle d’une noce, du mariage et de la famille qui se fonde et se doit d’affronter son histoire.

Les invités comme toujours dans toutes les noces pensent normalement à eux-mêmes. Par nature, chacun choisit toujours la première place pour lui-même et non pour les autres. Cette attitude nous arrive toujours et nous comprenons que Jésus ne nous parle pas d’une leçon de convenance. C’est beaucoup plus profond. La recherche de la première place est la cause de l’individualisme d’aujourd’hui. Chacun pour soi. Chacun veut la première place, peut-être, dans l’intention d’attirer l’attention sur soi-même parce qu’on se sent oublié par les autres, ou peut-être parce qu’on est orgueilleux.

Cette attitude n’est pas celle qui crée une famille réelle. C’est l’attitude de ceux qui pensent qu’ils peuvent juger les autres. C’est l’esprit pharisaïque. Jésus nous exhorte à prendre la dernière place.

Qu’est-ce que cela signifie pour l’Institut pontifical théologique Jean-Paul II ?

Prendre la dernière place signifie que nous devons être avec les familles qui sont en douleur et celles qui sont détruites. Cela signifie que nous devons être avec les enfants orphelins, les personnes âgées abandonnées et celles écartées par la société.

C’est cela être à la dernière place. Le Pape François parle plutôt d’être en périphérie. Quand j’étais hier dans un quartier de Cotonou, j’ai été très touché de voir des personnes vivre dans des baraques. J’ai même entendu des enfants exprimer le besoin de se sentir en famille.

J’ai écouté des personnes âgées exprimer le besoin d’avoir une famille qui puisse les accueillir. Si nous voulons entendre la grande demande des familles au Bénin, en Afrique et en Europe, nous devons être à la dernière place.

Malheureusement, la culture contemporaine ne nous aide pas à écouter les familles en détresse. Elle refuse le désir de famille pour affirmer l’individualisme. C’est pour cela que le Pape François, dans toutes les pages de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, dit que nous ne pouvons pas parler de famille sans partir de famille réelle.

Je pense que c’est le sens d’une nouvelle demande d’être aux côtés des familles. C’est cela qui est la raison de la refondation de notre Institut. Et si nous sommes avec les familles en douleur, alors nous pouvons écouter la vocation de Jésus.

Nous devons avancer avec les familles. Je pense aujourd’hui dans cette liturgie que nous devons écouter au fond ce que le Pape François demande à toute l’Église. Il nous donne une nouvelle vision, un nouveau cap.

Cette vision est de réassumer l’exhortation apostolique Amoris laetitia. Nous devons la lire entièrement. A la suite du bienheureux Paul VI, je voudrais dire qu’il y a dans l’Amoris laetitia un immense amour, un immense signe pour toutes les familles et surtout pour les plus pauvres.

C’est cela le cœur même de l’Église qui n’est pas un tribunal du jugement mais une mère qui comprend les difficultés et les peines des jeunes d’aujourd’hui quand ils disent qu’ils n’ont pas de travail pour se marier.

Une mère qui comprend les difficultés quand les liens sociaux dans les périphéries de nos villes sont détruits ; une mère qui comprend les drames de la femme d’aujourd’hui quand quelquefois, elle est mise à part dans la société, c’est cela que Amoris laetitia a dans ses pages.

Nous devons l’écouter avec une assurance. Il y a un pilier qui est stable : l’indissolubilité du lien de Dieu et de l’Église avec ses enfants.

La 1re lecture nous dit que Dieu n’a jamais abandonné le peuple d’Israël. Elle nous dit que cet amour est irrévocable. C’est cela l’impératif catégorique que prend une sentence de Kant. C’est l’impératif de l’Église, la Bonne Nouvelle que nous devons donner au monde qui a l’expérience de la fragilité de tous les liens. Seul un lien est irrévocable, celui de Dieu, de l’Église pour ses fils et filles.

Cet esprit est à mon avis la nouvelle vision que l’Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les sciences et la famille doit avoir. La 2e vision est un nouveau cap.

Le Pape François nous dit que nous avons un vaste terrain à habiter, à parcourir. Il ne s’agit pas d’étudier seulement à l’école. Nous devons nous mélanger avec ce terrain. J’ai découvert ici au Bénin, mes amis de Rome, passer des jours à réfléchir sur l’importance de l’Institut pour l’Afrique. Il y a ici plusieurs prêtres ou étudiants qui viennent d’autres pays.

Ce n’est pas par hasard. Cela souligne une vocation. Nous devons parcourir les sciences humaines. Nous devons être avec les hommes et les femmes qui sont experts dans les sciences humaines et cités par le monde contemporain.

Nous devons parcourir les domaines des sciences du mariage et de la famille avec les autres amis chrétiens des autres confessions, religions et cultures. La famille n’est pas seulement catholique.

C’est l’affaire la plus importante de la société contemporaine. C’est pour cela que nous devons sortir. Je crois, chers amis, que le rêve que le Pape François a eu en écrivant Summa familiae Cura, est un rêve que nous pouvons accueillir.

Je remercie le Seigneur qui nous dit aujourd’hui, avec son évangile et la Lettre de saint Paul d’avancer plus haut, parce que la société a besoin de notre intelligence, de notre affection, de notre engagement.

Nous sommes ici pour aimer et pour aider les familles du Bénin et de l’Afrique, et surtout les familles les plus pauvres et les plus blessées. Que le Seigneur nous aide et nous donne la force de l’amour. Merci et remercions le Seigneur.

A lire également :

Institut Pontifical Jean-Paul II : 20 ans déjà !

Institut Pontifical Jean Paul II : L’essor des études sur le mariage et la famille