La Toussaint et la commémoration des défunts : deux fêtes qui incitent à la Sainteté

LA TOUSSAINT ET LA COMMEMORATION DES DEFUNTS

 L’enceinte du cimetière municipal de Somè dans le vicariatforain de Ouèdo, dans l’archidiocèse de Cotonou a abrité le mercredi 1er novembre 2017 une messe d’action de grâce à l’occasion de la solennité de la fête de la Toussaint et par anticipation en suffrages éternels pour les fidèles défunts commémorés le 2 novembre de chaque année.

C’est le père Hebert Kassa, administrateur paroissial de la paroisse Saint Luc de Ouèdo qui a présidé en plein air sous des bâches dressées à l’eucharistie animée par la chorale Hanyé. Profitant de la journée du 1er novembre habituellement fériée, les fidèles chrétiens venus nombreux visiter, nettoyer et éclairer de cierges les tombes de leurs parents et amis défunts, y ont pris part sous un ciel couvert et clément.

L’occasion a même été donnée aux fidèles qui le voulaient de demander sur place des messes pour le repos des âmes des défunts et surtout pour les âmes du purgatoire, notamment celles les plus délaissées.

Jumelant les intentions des deux fêtes pour les porter à l’autel du Seigneur, le père Kassa a d’abord invité au début de la célébration les participants à une minute de silence en mémoire des défunts du monde en général et de ceux dont les corps reposent dans ce cimetière de Somè avant de bénir les tombes, les aspergeant d’eau bénite.

Au-delà des mots de remerciement à l’endroit de tous ceux qui ont contribué à l’organisation recueillie de la célébration, le père Kassa a tenu à fixer les fidèles sur l’essentiel à retenir de la fête de la Toussaint et de celle de la commémoration des fidèles défunts.

Pour le père Kassa : « La fête des saints nous engage à un comportement, à un cheminement. Elle nous engage à nous recentrer sur l’essentiel de la vie chrétienne. Car le centre et le sommet de toute vie chrétienne est la sainteté. Et c’est ce à quoi nous devons tous aspirer ».

Et le célébrant, s’appuyant sur la méditation de l’évangile des béatitudes, d’ajouter : « La fête des saint nous rassure que nous avons des gens qui ont vécu comme nous et sont aujourd’hui par la grâce de Dieu des modèles pour nous. Cela nous rassure nous aussi qu’avec la grâce de Dieu, si nous faisons un peu d’effort, nous pouvons être saints. Et cet effort, ce n’est pas le surnaturel que le Seigneur nous demande ; c’est l’effort au quotidien comme nous l’indiquent les béatitudes qui nous invitent à une vie simple, à une vie humble qui doit rechercher en tout et pour tout la paix ; la paix intérieure, la paix autour de nous, la paix avec les autres ».

Puis le père Kassa de conclure : « Que cette fête nous donne la grâce d’un surcroit d’élan à mieux faire dans l’avenir, à prendre résolument la voie de la conversion pour que le Seigneur nous fasse miséricorde. Et que notre prière aussi en ce jour pour nous souvenir de nos proches et de nos amis qui nous ont quittés, monte jusqu’à Dieu et leur obtienne le pardon de leurs péchés pour qu’un jour nous puissions nous retrouver dans la joie du bon Serviteur ».

Nous sommes tous appelés à la Sainteté

Découvrons dans cet entretien avec le père Crépin Magloire Acapovi le sens et la signification des fêtes de la Toussaint et de la commémoration des fidèles défunts, les liens qui existent entre elles et ce à quoi elles nous engagent sur le chemin de la qualité de notre foi.

(Entretien avec le Père Crépin Magloire Acapovi, directeur de publication du journal la Croix du Bénin et de l'Imprimerie Notre-Dame)

Toussaint ! C’est tous les Saints. Les saints connus de l’Église catholique et proposés au peuple de Dieu comme modèles et aussi comme intercesseurs. Ce sont aussi les saints anonymes, l'immense foule des saints, mais connus de Dieu seul.

Finalement, les saints, c’est ceux-là que Dieu seul connaît ; et qu’Il conserve dans son cœur et qui sont dans le face à face avec Lui. Toussaint, c’est la fête de la plénitude de la vie. C’est surtout la fête de l’espérance chrétienne. C’est-dire que l’homme sans Dieu est sans espérance et sans lendemain. Toussaint c'est exactement comme Noël et Pâques nous donnent l’assurance d’une vie audelà de la mort.

La particularité de la Toussaint, c’est de nous montrer que la sainteté est possible. Et les nôtres qui ont vécu avec nous, qui ont cheminé avec nous, qui ont mangé avec nous, ne sont pas tombés dans le néant de la mort. Non ! Ils sont dans le cœur de Dieu, dans le face à face.

A condition qu’ils l’aient cherché de tout leur cœur, de toute leur âme et de toute leur force comme l’évangile du dimanche dernier nous y invite. Mais ce n’est pas le fait de l’avoir cherché seul qui compte. C’est surtout la miséricorde de Dieu qui vient au secours de notre faiblesse, de nos imperfections et surtout qui vient au secours de notre finitude. Parce que toute chose créée doit finir ; mais finir non pas dans le néant, mais en Dieu. Car toute chose finie, doit finir en Dieu, c’est-à-dire, elle doit entrer dans l’infini, dans l’éternité de Dieu.

La fête de Toussaint pour moi, est un peu comme le pendant de la transfiguration. Jésus-Christ est monté au Tabor pour montrer le « Sein de Dieu », d’où nous sommes issus à ses apôtres: Pierre, Jacques et Jean. Ce sont les piliers de l’Eglise. Et cela, il l’a fait juste avant la pâque, avant sa crucifixion, avant sa mort-résurrection pour les rassurer, les conforter dans la foi et leur dire de n’avoir peur de rien.

Du coup, le chrétien ne doit pas fuir la mort ; il ne doit pas fuir les souffrances, ni fuir la croix. Il doit considérer tout cela comme des moyens mis à sa disposition par Dieu pour le conduire vers la demeure éternelle. Nous devons donc offrir nos souffrances, porter nos croix et les offrir à Jésus-Christ pour le salut de l’humanité. Et c’est ce faisant que le Christ nous reconnaîtra comme étant des siens. Nous sommes tous appelés à la sainteté.

C’est pour cela que Saint Paul dans ses lettres appelait déjà les chrétiens "les saints". Jean-Paul II a fait tellement des Saints et de Bienheureux (au moins 1000) qu’on a pensé que lui-même ne trouverait pas de place là-bas. Non. Tout homme a de la place dans le cœur de Dieu. L’essentiel, c’est de travailler à soigner cette place. C’est vrai que personne ne mérite la sainteté ; tout est don gratuit de Dieu ; mais il faut au moins y corresponde un peu par cette tension vers Dieu, la soif qu’on exprime de Dieu.

La soif qu’on ressent de Dieu, c’est cela que Dieu regarde, alors il nous fait miséricorde et nous accueille en son sein. Les nôtres, tous ceux qui ont vécu avec nous, nous donnent cette assurance pour que le chemin puisse être un chemin d’assurance pour nous tous et que rien ne nous détourne du seul but de la vie chrétienne, la vie en Dieu, la vie avec Dieu, la vie : la sainteté. Le 1er et le 2 novembre sont liés.

Au plan liturgique, c’est deux fêtes différentes, bien distinctes. Mais de façon essentielle, sur le point de l’objectif de la vie chrétienne, ces deux fêtes sont liées ; parce que, quand on parle de fête, c’est les vivants qui fêtent ; ce ne sont pas les morts qui fêtent, les morts ne fêtent pas. Le 2 novembre n’est donc pas la fête des morts, c’est la fête des fidèles défunts. Certains pensent que quand on est mort, on est sorti de la vie pour tomber dans le néant. Non. Le philosophe Parménide dit : « de l’être nul ne sort ». Or « Dieu est l’Être même » selon le philosophe allemand Martin Heidegger.

Et si Dieu est l’Être-même, tout homme qui est issu de Lui, retourne en lui et ne peut tomber dans le néant, dans le non-être absolu. La mort, c’est l’expression du non-être relatif, tout ce qui essaye de nous voler notre bonheur. Mais Dieu étant Dieu, rien ne peut nous voler notre vie. La fête du 2 novembre, de la commémoration des fidèles défunts, est là pour nous rappeler que ceux qui sont saints, ceux qui sont morts ne sont pas tous dans le sein de Dieu. Il y en a qui sont encore en chemin vers la patrie céleste, vers le sein de Dieu.

Il y en a par exemple qui sont au purgatoire. Et ceux-là, ils ne sont pas encore parvenus au but de la vie chrétienne : ils ont besoin de notre soutien, de notre prière, de notre attention, de notre intercession, de l’intercession des saints, mais aussi de l’intercession des fidèles chrétiens qui sont encore sur cette terre en pèlerinage.

Les morts ne peuvent plus prier pour soi-mêmes. C’est nous autres qui pouvons prier pour eux. Mais ils peuvent aussi nous aider, et c’est leur façon d’être reconnaissants. Quand on les soutient, ils savent aussi être reconnaissants. Nul n’est donc définitivement perdu pour Dieu. C’est ça que veut dire la fête de la commémoration des fidèles défunts: nul n’est définitivement perdu pour Dieu.

Tout est encore possible ; quelque chose est encore possible de la part aussi bien des saints pour leur intercession que de nous autres qui sommes en pèlerinage sur cette terre. C’est pour cela qu’il faut demander des messes à l’intention des fidèles défunts. La fête des saints nous dit, c’est la fête aussi de ceux qui sont auprès de Dieu mais que nous on ne connaît pas. On ne sait pas s’ils sont auprès de Dieu. La fête des fidèles défunts, c’est que n’étant pas sûrs que les nôtres sont avec Dieu, il faut prier pour eux, pour qu’ils puissent être avec Dieu et qu’ils nous fassent signe clairement qu’ils sont avec Dieu.

Parce que ceux qui sont déclarés par l’Eglise comme saints, canonisés, c’est qu’ils ont clairement fait signe pour montrer qu’ils sont devant la face de Dieu. Il y en a beaucoup qui ne se révèlent pas clairement ; ou bien ils le font, mais nous ne sommes pas assez attentifs à leur présence. Cela veut dire que le Seigneur n’a pas repris la vie qu’Il nous a donnée ; Il l’a transformée. Et le lien avec les Saints est là clairement établi par la foi et la communion. Nous sommes tous en communion. Il y a la communion avec les saints ; mais il y a aussi la communion avec les défunts et avec nous autres qui sommes encore sur terre.

Et c’est au nom de cette communion-là, qu’il faut travailler à être attentif à la présence de nos fidèles défunts. La manière dont nous traitons les tombes est révélatrice de la compréhension que nous avons de cette communion avec les fidèles défunts qui, en définitive est la communion des saints.

C’est cela le but de toute vie chrétienne. J’invite donc chacun à soigner les cimetières. Mgr de Souza avait initié quelque chose avec Anarc, mais les bonnes volontés qui ont travaillé avec lui dans cette association sont pour la plupart toutes parties. Et notre peuple n’a plus le sens de l’engagement gratuit, du volontariat, du militantisme.

C’est au nom de la foi qu’on fait tout cela. Et si nous ne le faisons pas, cela montre notre degré d'humanité et aussi la qualité de notre foi. Le soin qu’on met aux cimetières est révélateur de la qualité de notre foi. J’en appelle donc à la conscience de chacun et de tous pour que nos cimetières soient bien gardés, les tombes soient respectées et non profanées.

Que nos cimetières soient régulièrement nettoyés, pas seulement autour de la Toussaint et de la Commémoration de la fête des fidèles défunts, mais souvent; et que nous allions souvent au cimetière ou à la tombe des nôtres pour prier pour eux, pour demander aussi leur intercession.

Un dernier lien que je vois entre ces deux fêtes, c’est que le 1er novembre est un jour férié. Mais le 2 novembre n’est pas férié. Ce n’est pas le 1er novembre qui est disposé à la visite au cimetière ; c’est le 2 novembre. Mais il se fait que le 2 novembre n’étant pas férié, les gens vont au cimetière le 1er novembre. Il vaut encore mieux qu’on y aille le 1er novembre que de ne pas y aller du tout ni le 1er ni le 2 novembre. J’allais même dire que si vous pouvez y allez le 1er, faites l’effort d’y allez souvent.

Bonne fête à tous et à chacun !

 Portrait de Guy Dossou-Yovo Guy Dossou-Yovo