janvier 22, 2022
Partage

“NOUVELLE TRADUCTION DU MISSEL ROMAIN” : Actualité et défis

Le premier dimanche de l’Avent de l’année 2021 offrira à la chrétienté francophone la possibilité d’expérimenter et de vivre une nouvelle traduction du missel romain. Le Père Maurice Hounmènou, Cérémoniaire du diocèse de Cotonou, explique les raisons de cette nouvelle traduction, son actualité et les défis.

Père Maurice Hounmènou

Comme support à la prière de l’Église, le missel romain est d’abord au service de la liturgie. C’est donc le souci de l’uniformisation des prières de l’église avec l’original latin en vue de manifester l’unité du rite romain, qui est le mobile fondamental de la nouvelle traduction du missel en langue française. Ainsi, sans relever simplement d’un conformisme à la tradition, le nouveau texte du missel romain tente d’améliorer la qualité du langage utilisé dans les prières liturgiques. Il met en évidence la richesse de la tradition ecclésiale en matière de liturgie, et donne la possibilité à chaque baptisé de mieux saisir le sens de ce qu’il vit profondément au cœur de la messe : le mystère pascal du Christ.

Le Pape François a donc raison d’affirmer que le but de la nouvelle traduction du missel romain s’explique par trois fidélités : au texte originel (en latin), à la langue dans laquelle il est traduit et à l’intelligence du texte qui servira à la prière. Cette nouvelle traduction repose donc sur la mise en valeur du caractère organique de la messe et son déploiement liturgique. Elle prend en compte la structure rituelle de la messe et son unité inaliénable au service de l’action eucharistique, de même que la diversité euchologique qui la caractérise.

L’esprit de la traduction

L’instruction Liturgiam authenticam énonce elle-même les normes générales qui devraient guider toute entreprise de traduction des textes liturgiques : « On doit prêter attention en premier lieu au principe suivant lequel la traduction des textes de la liturgie romaine n’est pas une œuvre de créativité, mais qu’il s’agit plutôt de rendre, de façon fidèle et exacte le texte original dans une langue vernaculaire. Même s’il est permis de recourir à des mots, de même qu’à la syntaxe et au style, qui peuvent produire un texte facile à comprendre dans la langue du peuple, et qui soit conforme à l’expression naturelle d’une telle langue, il est nécessaire que le texte original ou primitif soit, autant que possible, traduit intégralement et avec une grande précision, c’est-à-dire sans omission ni ajout, par rapport au contenu, ni en introduisant des paraphrases ou des gloses ; il importe que toute adaptation au caractère propre et au génie des diverses langues vernaculaires soit réalisée sobrement et avec prudence » (§ 20).

Les changements intervenus dans l’ordinaire de la messe

La salutation du prêtre. Au début de la célébration, le prêtre salue les fidèles en leur souhaitant la présence du Ressuscité. Ce souhait présentiel est rendu explicite dans la mention du nom « Christ ».

La grâce de Jésus, le Christ, notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père, et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous.

L’acte pénitentiel. C’est désormais avec la mention « Frères et sœurs » que s’ouvre le rite pénitentiel. L’expression « Nous avons péché » remplace désormais « nous sommes pécheurs », et la Vierge Marie retrouve son vocable de bienheureuse.

Le prêtre : Frères et sœurs, préparons-nous à célébrer le mystère de l’eucharistie, en reconnaissant que nous avons péché.

Les fidèles : Je confesse à Dieu tout-puissant, Je reconnais devant vous, frères et sœurs, que j’ai péché en pensée, en parole, par action et par omission. Oui, j’ai vraiment péché. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Le “Gloire à Dieu”. La nouvelle traduction privilégie le pluriel « les péchés » au singulier. Gloire à Dieu, au plus haut des cieux (…). Toi qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous. Toi qui enlèves les péchés du monde, reçois notre prière (…)

Le « Je crois en Dieu ». Dans le symbole de Nicée-Constantinople, le terme « consubstantiel » remplace désormais « de même nature », mettant plus en évidence l’identité de substance entre le Père et le Fils. Je crois en un seul Dieu (…). Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, et par lui tout a été fait (…).

La liturgie eucharistique. Elle condense l’essentiel de la nouvelle traduction.

Au niveau de la préparation des dons :

Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta bonté le pain que nous te présentons, fruit de la terre et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le pain de la vie.

Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta bonté le vin que nous te présentons, fruit de la vigne et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le vin du Royaume éternel.

Au niveau de la prière sur les offrandes :

Le prêtre : Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant !

Les fidèles : Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’église !

Au niveau de l’Anamnèse :

Il est grand, le mystère de la foi : Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus ; nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.

Acclamons le mystère de la foi : Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous annonçons ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que tu viennes.

Qu’il soit loué, le mystère de la foi : Sauveur du monde, sauve-nous ! Par ta croix et ta résurrection, tu nous as libérés.

L’Agneau de Dieu. Outre le pluriel réitéré des « péchés », l’Agneau de Dieu se clôt désormais par « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! » au lieu de « Heureux les invités au repas du Seigneur ». Cette formule a l’avantage d’exprimer au mieux le mystère de l’Alliance avec Dieu que réalise toute communion eucharistique.

Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.

Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous !

Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix !

Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde !

Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

Le rite de conclusion. En plus de la formule « Allez dans la paix du Christ ! », la nouvelle traduction, pour le renvoi du peuple, propose trois autres formules (au choix) :

Allez porter l’évangile du Seigneur !

Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie !

Allez en paix !

La place du silence. La nouvelle traduction du nouveau missel rappelle l’importance du silence dans l’action liturgique et indique les lieux saillants de son expression : « pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à prier, chacun se recueille ; après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu ; après la communion, le silence permet la louange et la prière intérieure ». Le silence fait donc partie de l’action liturgique et offre la possibilité d’un accueil de la Parole de Dieu. Le nouveau missel indique ainsi un nouveau temps de silence après le “Gloire à Dieu” : « Tous prient en silence quelques instants, en même temps que le prêtre. Puis le prêtre, les mains étendues, dit la prière d’ouverture ou de collecte ».

Il est aussi à rappeler que le silence qui suit la consécration, lors de l’élévation des espèces, n’est pas facultatif, encore moins lié aux émotions du célébrant. Comme le rappelle J. Ratzinger, « il (ce silence) nous invite à tourner notre regard vers le Christ, à le regarder de l’intérieur, dans une contemplation qui est en même temps action de grâces, adoration et prière pour notre propre transformation » (J. Ratzinger, L’esprit de la liturgie, p.166).

La mise en avant du chant. La nouvelle traduction rappelle également que la prière liturgique est une prière chantée. Elle accorde ainsi une certaine place au latin, en proposant de chanter dans cette langue le “Gloria”, le “Credo” ou encore le “Pater Noster”.

L’importance de la gestuelle. À plusieurs endroits, le nouveau texte précise les gestes du prêtre et ceux de l’assemblée. Il vient par exemple renforcer l’invitation à s’incliner lors de l’évocation du mystère de l’incarnation dans le “Je crois en Dieu”, ainsi que dans le symbole de Nicée-Constantinople et le symbole des Apôtres. Dans ce dernier, il est demandé de s’incliner de « Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur » jusqu’à « né de la Vierge Marie ». Dans le symbole de Nicée-Constantinople, l’assemblée est priée de s’incliner pendant la phrase : « Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme », car « dans la liturgie, le corps participe à la prière de l’Église ».

Les défis

La nouvelle traduction du missel romain et sa fidélité au texte latin sont la preuve que l’histoire de la liturgie romaine est faite de continuité, et jamais de rupture. Aussi ne viennent-elles pas expliquer le sens de la liturgie, mais contribuer à une meilleure intelligence de la foi et à sa juste célébration dans l’esprit du concile Vatican II. D’un point de vue historique, cette façon de procéder est fort louable : elle consolide en effet l’identité propre de l’église et garantit conjointement son identité dans la foi.

En reconnaissant donc que les traductions doivent être « réalisées à l’aide de mots qui seraient facilement compréhensibles » (§ 25), Liturgiam authenticam insiste, par ailleurs, à plusieurs reprises pour que soit élaboré progressivement dans chaque langue vernaculaire, « un style sacré […] reconnaissable comme un langage proprement liturgique » (§ 27). Mais pour que cette élaboration d’un style liturgique propre prenne sens dans la texture existentielle du chrétien, nous pensons qu’il faudra sortir de toute vision idéologique de la liturgie qui banalise tant son vocabulaire que ses modalités célébratives.

La nouvelle traduction du missel romain intervenue après une quinzaine d’années de recherches et d’études, devrait donc légitimement inspirer tous les élans d’inculturation qui se moulent sur la rationalité la plus superficielle, surtout ceux qui veulent « se poser » en s’opposant à l’identité du fait historique, c’est-à-dire à la tradition de l’église. L’inculturation n’est pas la banalisation de la foi, encore moins le rejet de la tradition. Elle est plutôt le lieu où se décident fondamentalement l’expérience religieuse de Dieu, l’assomption de la culture par l’évangile du salut, et la compréhension chrétienne de l’homme.

Père Maurice HOUNMÈNOU
CÉRÉMONIAIRE DU DIOCÈSE
DE COTONOU

Related Posts