décembre 5, 2021
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”AFRICAE MUNUS”, 10 ANS APRÈS : Une intention et une attitude

L’Église en Afrique célèbre les 10 ans de l’Exhortation Apostolique “Africae Munus” du Pape Benoît XVI, signée à Ouidah le 19 novembre 2011. Au moment où le Bénin célèbre ses 160 ans d’évangélisation continue, le Père Brice Ouinsou rappelle les Synodes tenus en Afrique, l’enjeu et les perspectives de “Africae Munus” pour une marche à la suite du Christ.

L’objectif de la présente contribution rejoint l’enjeu du Pape Benoît XVI qui écrit : « par ce document, je désire donner les fruits et les encouragements du Synode, et j’invite tous les hommes de bonne volonté à poser sur l’Afrique un regard de foi et de charité, pour l’aider à devenir par le Christ et par l’Esprit Saint, lumière du monde et sel de la terre » (n° 13). Il ne s’agit donc pas d’une évaluation critique des 177 paragraphes du document subdivisé en deux grands chapitres. Il est urgent de rejoindre clairement l’intention du texte d’une part et l’attitude auquel il engage d’autre part, dans un contexte où le Bénin célèbre le 10e anniversaire de la signature de Africae Munus et les 160 ans de son Évangélisation continue. Ce qui revient à nous poser la question suivante : en quoi consiste l’engagement de l’Afrique dans Africae Munus ? Pour y répondre, il convient de comprendre la nouveauté de Africae Munus par rapport à Ecclesia in Africa dans le contexte synodal actuel.

De “Ecclesia in Africa” à “Africae Munus” : la synodalité

Pour mémoire, le 1er Synode pour l’Afrique a eu lieu du 10 avril au 8 mai 1994. Il a été appelé Synode de la Résurrection et de l’Espérance avec pour objectif l’identité de l’Église en Afrique comme Église Famille de Dieu. Les fruits du premier Synode sont confiés à l’Église universelle et à l’Église en Afrique au Cameroun, à Yaoundé le 14 septembre 1995 ”AFRICAE MUNUS”, 10 ANS APRÈS Une intention et une attitude Père Brice OUINSOU INSTITUT PONTIFICAL JEAN PAUL II – SECTION AFRIQUE sous le titre de l’Exhortation Apostolique Post-Synodale Ecclesia in Africa du Pape Jean[1]Paul II sur l’Eglise en Afrique et sa Mission évangélisatrice vers l’an 2000. Evènement providentiel, ce fut un évènement ecclésial historique, un moment de grâce où l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques proclame : « Christ, notre Espérance, est ressuscité. Il nous a rejoints, il a fait route avec nous… nous, évêques d’Afrique, avec tous les participants à ce saint Synode, unis au Saint-Père et à tous nos Frères dans l’épiscopat qui nous ont élus, nous voulons dire un mot d’espérance et de réconfort à ton adresse, Famille de Dieu qui es en Afrique ; à ton adresse, Famille de Dieu qui es de par le monde : « Christ notre Espérance est vivant, nous vivrons ! » (EA, n° 13).

Le besoin concret de l’Afrique se déploie sur deux angles : l’approfondissement de la foi et l’épanouissement des personnes en famille et en société. Il s’agit du besoin d’un ministère pastoral plus charismatique et plus concret.

Le 2e Synode pour l’Afrique s’est tenu à Rome du 4 au 25 octobre 2009. Il est appelé Synode de la Nouvelle Pentecôte. Il avait pour objectif d’approfondir les fruits du 1er Synode en mettant l’accent sur la mission de l’Église à partir de l’Afrique : être sel de la terre et lumière du monde. Les fruits de cette rencontre ecclésiale ont été remis à l’Église universelle aux lendemains du cinquantenaire des indépendances de 17 pays africains. Le 19 novembre 2011, dans un climat de fête et de diversités, le Pape Benoît XVI se déplace en Afrique, au Bénin, à Ouidah pour trois motifs : signer l’Exhortation Apostolique post-synodale Africae Munus, célébrer les 150 ans d’Évangélisation du Bénin et rendre hommage à son ami et frère de Mission, le Cardinal Bernardin Gantin. L’actualité de l’Afrique dans le Synode sur la Synodalité confirme l’urgence d’une relecture actuelle de la marche de l’Église en Afrique à la rencontre du Christ, Rédempteur de l’Homme. La continuité entre Ecclesia in Africa (l’Église en Afrique) et Africae Munus (l’Engagement de l’Afrique) est de l’ordre des rapports entre la foi et le développement. L’enjeu de la continuité est missionnaire comme en témoigne l’actualité pour une Église synodale : communion, participation et Mission. Il s’agit d’un engagement plus profond : approfondir la vocation chrétienne de l’Afrique dans le monde de notre temps. Dans ce sens, se pose concrètement la question de ce qui manque à l’Afrique.

“Africae Munus” : Pour se tenir debout avec dignité

De quoi l’Afrique a-t-elle besoin pour la mission ? Pour y répondre, il convient de bien cerner sa vocation dans le monde. La vocation de l’Afrique après l’an 2000 s’exprime dans sa mission spécifique à l’intérieur de la foi : « animée par une foi opérante par la charité, l’Eglise désire apporter des fruits de charité : la réconciliation, la paix et la justice. C’est là sa mission spécifique » (AM, n° 3). Il s’agit de l’édification d’une Eglise qui chemine ensemble et qui réfléchit ensemble pour vivre la communion, réaliser la participation et s’ouvrir à la mission. Concrètement, l’engagement de l’Eglise dans Africae Munus se dégage de la Mission du Christ confiée à l’Église, lumen Gentium, Peuple de Dieu, Lumière des Nations.

Il s’agit d’un engagement plus profond : approfondir la vocation chrétienne de l’Afrique dans le monde de notre temps. Dans ce sens, se pose concrètement la question de ce qui manque à l’Afrique.

Dans cette perspective, le besoin concret de l’Afrique se déploie sur deux angles : l’approfondissement de la foi et l’épanouissement des personnes en famille et en société. Il s’agit du besoin d’un ministère pastoral plus charismatique et plus concret. Pour ce faire, il faut d’une part la redécouverte du trésor africain : « un précieux trésor est présent dans l’âme de l’Afrique où je perçois le poumon spirituel pour une humanité qui semble en crise de foi et d’espérance », et d’autre part sa prise en charge avec dignité : « pour se tenir debout avec dignité, l’Afrique a besoin d’entendre la voix du Christ qui proclame aujourd’hui l’amour de l’autre, même de l’ennemi, jusqu’au don de sa propre vie, et qui prie aujourd’hui pour l’unité et la communion de tous les hommes en Dieu » (AM, n° 13).

Si l’Afrique veut se tenir debout avec dignité et avoir un présent et un avenir qui respectent l’Homme, il lui faut retrouver son âme dans la splendeur de la vérité : ce besoin est important non seulement pour l’Église en Afrique mais aussi pour l’Église universelle à l’heure où la famille est menacée par ceux qui veulent une vie sans Dieu.

Ces deux angles nous donnent les deux pistes de l’engagement des membres de l’Église en Afrique sur les principaux champs d’apostolat tels que : l’éducation, la santé, le droit et la justice, l’information et la communication, la politique, l’économie, le culturel et le social. Il s’agit des perspectives si antiques et si nouvelles de la Doctrine sociale de l’Église : approfondissement et épanouissement des personnes sans séparation ni confusion, sans division ni juxtaposition. Il se pose concrètement le défi d’un service d’harmonisation de la justice et de la sainteté en Afrique.

Face à cet engagement au service de l’Homme, se pose la question des moyens. Nos moyens humains suffisent-ils réellement ? « Des moyens sont nécessaires pour nous permettre d’agir, mais ils demeurent insuffisants si, à travers nos capacités de penser, de parler, de sentir, d’agir, ce n’est pas Dieu lui-même qui nous dispose à collaborer à son œuvre de réconciliation. C’est grâce à l’Esprit Saint que nous devenons vraiment le sel de la terre et la lumière du monde » (n° 132). De façon concrète, l’Église comme présence du Christ est le signe et le moyen de l’union avec Dieu : En tant que communauté, nous pouvons voir et communiquer l’amour : « l’amour est la lumière -en réalité unique- qui illumine à nouveau un monde dans l’obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d’agir » (n° 133).

La perspective concrète est celle de la guérison sacramentelle des liens en communauté : « chaque membre de la communauté doit devenir gardien de l’autre ». Le moyen le plus efficace est celui de l’accueil de Jésus : « l’accueil de Jésus offre à l’Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre » (n° 149). Ce dont l’Afrique a besoin se réaffirme dans cette rencontre : « Je redis que ce n’est ni d’or, ni d’argent que l’Afrique a d’abord besoin, elle désire se mettre debout… Elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. C’est donc cette rencontre avec Jésus que l’Église doit offrir aux cœurs meurtris et blessés, en mal de réconciliation et de paix, assoiffés de justice. Nous devons offrir et annoncer la parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie » (n° 149).

En définitive, si l’Afrique veut se tenir debout avec dignité et avoir un présent et un avenir qui respectent l’Homme, il lui faut retrouver son âme dans la splendeur de la vérité : ce besoin est important non seulement pour l’Église en Afrique mais aussi pour l’Église universelle à l’heure où la famille est menacée par ceux qui veulent une vie sans Dieu. Puisse l’Église catholique en Afrique être toujours un des poumons spirituels de l’humanité et devenir chaque jour davantage une bénédiction pour le continent africain et pour le monde entier

Père Brice OUINSOU
INSTITUT PONTIFICAL
JEAN PAUL II – SECTION AFRIQUE

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