octobre 21, 2021
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RENTREE SCOLAIRE 2021-2022 AU BENIN : Les aspirants à l’enseignement expriment leurs griefs

introduit par le Gouvernement en remplacement des vacations aux cours primaire et au secondaire, le projet des aspirants à l’enseignement entre dans sa 3e année d’expérimentation à la rentrée du 20 septembre prochain. à cet effet, l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (Anpe) marque sa satisfaction, d’autant que la plupart des anciennes recrues ont donné leur accord pour le redéploiement cette année. Et pourtant, les conditions de travail des jeunes diplômés sont inadéquates et très contraignantes.

Devant les partenaires sociaux et les représentants du patronat le 10 septembre 2021 à l’Infosec de Cotonou, 8 ministres du Gouvernement ont exposé les efforts déployés dans le cadre d’une bonne rentrée scolaire et universitaire 2021-2022. « Les ressources financières ont été mises en place, qu’il s’agisse des subventions ou des primes de rentrée. Les infrastructures ont été réhabilitées, même si à ce niveau, il y a quelques problèmes qui vont être résolus», déclare Adidjatou Mathys, ministre du Travail et de la Fonction publique.

Une rencontre sans réponse satisfaisante

Pour une année académique apaisée, les doléances exprimées par le collectif des aspirants au métier d’enseignant sont formulées en quatre points : payer un salaire de 12 mois, conformer la charge horaire hebdomadaire à celle des agents de l’état, organiser des séances de formation, de recyclage et de mise à niveau, et enfin, fixer des primes significatives de rentrée et de zones déshéritées pour les aspirants. Une plateforme non inscrite à l’ordre du jour de la rencontre du 10 septembre dernier. Ce qui horripile les aspirants qui constituent près de 70% du personnel enseignant au Bénin. « Que veut le Gouvernement en orchestrant ces actes de provocation des travailleurs à la veille de la rentrée scolaire 2021-2022 qui aura lieu dans des conditions plus chaotiques que les années précédentes ? », s’interroge Nagnini Kassa Mampo, Secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb), le syndicat majoritaire dans la fonction publique. Pour non détention du “pass sanitaire”, il n’a pas pu assister aux échanges avec le Gouvernement. Interpellé sur la situation sociale des aspirants, l’Exécutif « ne rassure guère, car il subordonne toute nouvelle mesure en leur faveur à une évaluation de l’expérimentation. Toutefois, sur insistance de la Csa-Bénin, la question du contrat pourrait être examinée en Conseil des ministres », rapporte Anselme Amoussou, Secrétaire général de la Centrale des syndicats autonomes du Bénin (Csa-Bénin).

Sur le terrain, les Aspirants font beaucoup d’efforts pour respecter les clauses de leur contrat de travail. « La collaboration avec le Conseiller pédagogique de notre zone est de très bonne qualité. Il nous comprend, et le travail se fait dans une bonne ambiance », témoigne Renaud Agonhoun, aspirant résidant à Cotonou. «Ils sont stabilisés. Ils travaillent avec conscience et avec cœur. Sur les 12.585 aspirants inscrits, 12.322 ont déjà donné leur accord pour être déployés cette année  », se réjouit Urbain Amègbédji, directeur général de l’Anpe. « Il y en a qui sont très bons. Mais nous pouvons déplorer la prestation de mauvaise qualité de certains. On devrait les redéployer pour obtenir de meilleurs résultats», confie un Censeur dans un collège du Département de l’Atlantique. En effet, la qualité de la prestation des aspirants en classe et leur rémunération varient selon le diplôme académique ou professionnel obtenu. « Nous sommes recrutés soit avec la licence, la maîtrise ou le Master ; soit avec le Bapes ou le Capes qui sont les diplômes requis pour l’enseignement au secondaire », déclare Irène Houssou, aspirante. Selon Jeanne Mèdjo, aspirante au primaire, « la grille salariale oscille entre 60.000 et 125.000 Fcfa, du primaire au secondaire ». à la veille de la rentrée, elle a été informée de son redéploiement et attend toujours de recevoir sa lettre de mission et la copie physique ou électronique du nouveau contrat de travail. « Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas nos contrats. Sur ce point précis, l’Anpe ne fait pas preuve d’anticipation, et nous ne recevons nos premiers salaires que dans la deuxième quinzaine du mois de décembre, alors que nous avons une famille à nourrir», se plaint Sylvestre Adilèhou, aspirant à Porto-Novo. Il poursuit : « On ne maltraite pas les enseignants d’un pays. Les conséquences sont désastreuses pour la Nation ». Quatre structures devraient s’occuper du suivi sur le terrain : l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi, le ministère des enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle, l’Ups-éducation et le Comité de suivi. « Au cours des deux années, je n’ai reçu que la visite des agents de l’Anpe. Ils n’étaient pas venus pour une inspection en classe. Ils avaient reçu comme mission de contrôler les cahiers de texte des aspirants, donc les heures exécutées », clarifie Hugues H., en poste à Ouidah. déployé à Pèrèrè, dans le Département du Borgou, Jean Zodji est venu passer ses vacances en famille à Porto-Novo. « J’ai dû descendre parce que je ne voyais pas comment je pourrais passer les vacances sans le salaire. Je viens de confirmer mon redéploiement. Mais je ne sais pas encore comment je vais rejoindre mon poste. J’ai dépensé toutes mes économies pendant les vacances », avoue-t-il.

Une condition de travail très contraignante

Le contrat de travail que propose l’Anpe aux aspirants est un emploi temporaire, sans possibilité de recrutement dans la fonction publique. Il est composé de 19 articles sur les sanctions, la rémunération, la couverture médicale, le titre de congés et les tâches à exécuter. L’article 8 du contrat signé pour le compte de l’année scolaire 2020-2021, dispose que l’aspirant au métier de l’enseignement « sera immatriculé à la Caisse nationale de sécurité sociale à compter de la date d’effet du présent contrat ». « Nous n’avons pas de carrière, et le Gouvernement nous fait croire que nous sommes déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss). Nous sommes embarqués dans un système d’asservissement de la jeunesse », rétorque Janvier Dénou, aspirant, qui ajoute qu’il est entré en possession de son contrat de travail plusieurs mois après sa signature. « Théoriquement, il est dit dans le contrat que les aspirants bénéficient d’une prise en charge médicale au même titre que les enseignants fonctionnaires de l’État. J’y ai cru jusqu’au jour où un aspirant, voulant se faire dialyser, s’est vu refuser sa prise en charge, contrairement à celle des agents permanents de l’état qui, elle, est bien acceptée », raconte Jean-Louis Hounkpèvi, coordonnateur départemental de la fédération nationale des enseignants pré-insérés du Bénin, session Collines, lors de la journée de réflexion sur le thème : Précarité des Ame : quelle motivation pour la reprise des cours et la qualité de l’enseignement secondaire ?

En violation de l’article 4 du contrat de travail qui fixe « la masse minimale d’activités pédagogiques à 28h (au maximum) par semaine », Joseph Adantché, en service à Savalou, a dispensé 30h de cours pendant toute l’année scolaire 2020-2021, avec un respect strict des tâches suivantes : préparation des enseignements suivant la progression pédagogique et les recommandations et canevas des encadreurs pédagogiques, exécution des cours suivant les orientations de l’animateur d’établissement, du conseiller pédagogique et/ou de l’inspecteur pédagogique, réalisation des évaluations formatives et sommatives (y compris la surveillance) et obligation d’en rendre compte dans les délais requis, participation à toutes les activités pédagogiques initiées par le responsable de l’établissement d’accueil ou l’encadrement pédagogique. Sa désolation est grande : « On ne dit pas tout au président de la République sur nos conditions de travail. Et toute une jeunesse s’en va être sacrifiée ! ». Malheureusement, ils sont des milliers de jeunes à participer au test de recrutement complémentaire organisé par le ministère des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle, le samedi 11 septembre 2021, pour étoffer la base de données.

Florent HOUESSINON

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