décembre 5, 2021
Dossier

REACTIVATION DES MESURES CONTRE LE COVID-19 AU BENIN : Des citoyens résistent malgré les risques

Face à la flambée de la contamination au Covid-19 depuis plus d’un mois, le Gouvernement a corsé dès le 1er septembre les mesures pour limiter

les dégâts. Mais une frange de la population reste indifférente, avec toutes les conséquences néfastes pour la société.

►  Cotonou sur la pente du relâchement des mesures barrières

Mardi 14 septembre, 7h10. Au carrefour IITA, sur l’axe Calavi-Kpota Godomey, un mini-bus gare sur le bas-côté droit pour prendre un client. à son bord, une douzaine de passagers. Aux côtés du conducteur qui ne porte pas de masque, ont pris place deux personnes : un jeune homme et une dame. La quarantaine, la jeune dame a bien fixé son masque. Par contre, le jeune garçon coincé entre la femme et la portière n’a pas daigné mettre son masque. à l’arrière du véhicule, sur la dizaine de passagers, ils sont deux à porter leurs masques. Cinq minutes plus tard, le véhicule démarre dans un brouhaha assourdissant, avec des passagers serrés les uns contre les autres comme des sardines. Direction, marché Dantokpa. Ici, non loin de la Station d’essence Saint Michel de Cotonou, un autre mini-bus est en plein chargement de passagers devant se rendre à Porto-Novo. à l’intérieur, 10 personnes dont quatre à peine ont porté de masques, sont assises les unes à côté des autres. Par contre, ce dimanche 12 septembre, dans un taxi-interurbain retrouvé à hauteur de Zogbodomey dans le département du Zou, aucun des six passagers n’avait mis son masque. On peut multiplier les exemples sur toute l’étendue du territoire quant à la banalisation de port de masque et au manque de respect de la distanciation sociale. 

De Cotonou à Malanville en passant par Parakou et ailleurs, le constat est le même. Deux semaines après la réactivation et l’institution des mesures pour renforcer la lutte contre le Covid-19, leur non-respect est sans ambiguïté dans le secteur des transports. Dans les autres secteurs, la situation n’est guère meilleure. En effet, dans les quatre coins du Bénin, au niveau de la plupart des services publics ou privés, les systèmes de lavage de mains sont défectueux. Pis, depuis un moment, sur les sites retenus par l’Agence nationale d’identification des personnes pour remplir les formalités d’obtention des actes sécurisés, c’est la désolation totale. Pas de système de lavage de mains fonctionnel ; pas d’utilisation de gel hydroalcoolique, pas de respect de distancitaion sociale. 

Du matin au soir, ils sont plusieurs centaines de personnes à prendre d’assaut ces sites dans le non-respect total des gestes barrières, pourtant rappelés avec insistance par le Gouvernement le 1er septembre dernier. Pendant ce temps, la situation s’aggrave, selon les autorités sanitaires. Le 10 août dernier, le directeur de la médecine hospitalière, Dodji Ange Dossou, à la télévision nationale, révèle que durant la première semaine du mois d’août 2021, sur 2600 tests, 170 sont revenus positifs. Plus inquiétant encore, le Centre de traitement du Covid-19 à Allada reçoit chaque jour 10 à 12 patients qui arrivent dans un état critique.

De 113 à 146 décès

Selon les chiffres officiels, le nombre de décès qui était à 113 le 7 septembre 2021, est passé à 146, le dimanche 12 septembre. Soit 33 décès liés au Covid-19 en cinq jours. époustouflant ! Une première depuis le début de la pandémie dont les premiers cas déclarés au Bénin datent de mars 2020. Un élément nouveau tout aussi inquiétant intervenu dans la nouvelle vague de contamination. En effet, les autorités sanitaires dénombrent de plus en plus de cas graves dont l’âge est compris entre 29 et 40 ans, et ne présentant aucun symptôme de comorbidités. « Afin de les maintenir en vie, ils sont placés sous assistance respiratoire. Ce qui a augmenté la consommation en oxygène dans les centres de traitement au Bénin », expliquent les autorités sanitaires.

à y voir de près, la situation appelle quelques observations.  D’abord, c’est bon que le Gouvernement ait pris la mesure du danger en mettant la pédale forte par rapport aux mesures annoncées pour lutter contre la flambée de la pandémie. Seulement, 16 jours après, on a l’impression que l’annonce reste théorique. On a aussi l’impression qu’au début de l’apparition du virus au Bénin lorsque la situation n’était pas aussi critique, le Gouvernement avait été plus ferme en utilisant le bâton pour frapper tous ceux qui iraient contre le respect des gestes barrières. Aujourd’hui, ce n’est vraisemblablement plus le cas. D’autant que visiblement, les 14 mesures sont annoncées par l’Exécutif dans un contexte où il est sur la pente d’un relâchement. La preuve : malgré l’interdiction des manifestations culturelles et festives, force est de constater qu’elles n’ont jamais cessé car les diverses cérémonies continuent d’avoir lieu au nez et à la barbe parfois des autorités locales et centrales. Certes, depuis un moment, le Gouvernement met l’accent sur une large campagne de vaccination pour endiguer le fléau. Mais en aucun cas, cela ne devrait justifier le manque de rigueur, contrairement au tout début de la pandémie. Car en ce temps-là, le Gouvernement était allé de façon forte dans le respect des gestes barrières. Ce qui a considérablement freiné l’avancée de la pandémie.

Opposition radicale

Ceci dit, la déliquescence provient en grande partie d’une frange importante de la population qui s’obstine d’abord à reconnaître l’existence du mal, puis ensuite à s’opposer radicalement à la vaccination. François. M., dans le village de Paouignan, déclare : « Il n’y a pas de Covid-19 ici ». Puis il enchaîne : « Le Covid-19 est circonscrit à Cotonou, nous n’avons rien à y voir dans les campagnes ». Philomène A. B., la soixantaine, une ménagère, mère de trois enfants à Calavi, pense que le Covid-19 est une maladie inventée de toutes pièces permettant au Gouvernement de faire son beurre. « Jamais, je ne ferai la vaccination, et je la déconseille à mes proches ! », s’exclame dame Philomène, d’un air évasif. En fait, des propos tenus depuis l’apparition du virus en 2020, et qui continuent d’alimenter les débats où chacun pense avoir raison sur l’autre.  

En réalité, dans l’imbroglio qui perdure au Bénin depuis l’année dernière avec le Covid-19, et qui certainement va durer encore, le Gouvernement tente de jouer sa partition en multipliant sous diverses formes les mesures pour lutter contre la flambée du mal. Des mesures empreintes de fermeté, mélangées de relâchement et de manque de clarté dans la communication. Toutefois, le grand effort doit être fait par les populations qui, pour une grande partie, doivent se convaincre de l’existence réelle du mal. La seule condition pour finir avec l’incivisme et l’inconscience d’une frange de la population qui non seulement constitue une menace pour la population, mais aussi pour l’ensemble de la société béninoise.

Alain SESSOU

  Quelques témoignages

Les populations de N’Dali ont repris avec le lavage des mains 

Face à la résurgence de la pandémie de la Covid-19 et la croissance exponentielle du nombre de cas d’infection un peu partout dans le monde, le Gouvernement béninois, à l’instar des gouvernements de la sous-région, a rappelé aux populations un certain nombre de mesures qu’elles doivent observer afin de se protéger contre ce virus qui bouleverse tout. Ces mesures qui datent du 1er septembre 2021 sont observées peu ou prou par les populations de N’Dali.

En effet, les dispositifs de lavage des mains installés çà et là et qui constituaient de véritables fourmilières, ont repris leur fonction première. C’est dire que les populations de N’Dali ont repris de façon générale avec le lavage des mains ; ce qui réduit sans doute la prolifération du virus. Mieux, le port des cache-nez est devenu une condition sine qua non pour avoir accès aux structures publiques, privées et aux lieux de culte. Aujourd’hui, il est impossible de franchir le seuil de la cathédrale Saint Marc de N’Dali, ou de l’hôtel de ville sans un cache-nez au visage. Les responsables des parcs-automobiles, quant à eux, veillent au grain pour qu’il n’y ait pas de surcharge dans les taxis en partance pour Parakou et autres villes du Bénin.

Toutefois, dans certains villages de la Commune de N’Dali, les populations ne croient pas en l’existence de ce virus, et certaines personnes continuent par se serrer allègrement les mains. Les manifestations, les tournois de football ont toujours lieu comme si de rien n’était. Il faut noter pour finir qu’en général, les populations de N’Dali ne manifestent pas encore un intérêt pour la vaccination contre le Covid-19, surtout que bien des rumeurs font état de ce que celle-ci aurait des conséquences négatives sur les gens et pourrait leur être fatale.

Roméo Sodokin, Enseignant

 Il faudrait user de conviction, mais jamais de contrainte pour la vaccination

Après la première phase de la pandémie du Covid-19 qui a sévi dans le monde entier, et dont les conséquences ont été plus désastreuses en occident qu’en Afrique, le monde connaît depuis peu une seconde vague de contamination beaucoup plus meurtrière, et dont les menaces cette fois-ci, n’épargnent guère le continent africain. Certains parlent même d’une troisième vague. Le Bénin, dans un laps de temps, a connu une recrudescence du nombre de cas graves avec à la clé, plus d’une centaine de décès. Face à cette situation on ne peut plus alarmante, le Gouvernement a pris une batterie de mesures allant du respect des gestes barrières à la suspension des activités sportives, festives, culturelles et religieuses de grande envergure. La vaccination a été par ailleurs imposée aux agents de santé, toutes catégories confondues, et fortement recommandée à certains corps de métiers comme les enseignants, les conducteurs de taxis- motos, le personnel militaire et para-militaire, etc. Mais quelle est la portée de l’application de ces mesures dans la Commune de N’Dali? Il faut dire que, si les gestes barrières sont respectés dans certains lieux de culte, et aussi par quelques intellectuels, pour la majorité de la population par contre, rien n’a semblé modifier les habitudes. Au mépris systématique des règles barrières, se greffe la réticence ou même le rejet catégorique des vaccins anti-covid. On continue de se saluer en se serrant les mains et en se faisant des accolades. La cible la moins réceptive est celle des non alphabétisés qui constitue, hélas, la plus importante de la population. Tout en accentuant les sensibilisations, le Gouvernement doit mettre à contribution les agents de sécurité afin d’amener la population de N’Dali à observer tout au moins les mesures barrières. Pour atteindre une large couche de la population en ce qui concerne la vaccination, il faudrait user de conviction et de persuasion, mais jamais de contrainte.

Christel Akakpo, Enseignant

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