octobre 21, 2021
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ENCYCLIQUE “LABOREM EXERCENS”, 40 ANS APRÈS Actualité pour un Bénin nouveau

La lecture historique d’une Encyclique est un événement pastoral. Elle permet de mettre en évidence la manière dont la foi enrichit l’existence humaine dans toutes ses dimensions. Publiée le 14 septembre 1981, l’Encyclique sur le travail humain, “Laborem Exercens” de Jean-Paul II est une véritable affirmation de l’urgence d’une pastorale de proximité où brille la foi à l’intérieur des expériences humaines du travail. Mais qu’est-ce que le travail ? Situé dans le contexte béninois, quels défis laisse entrevoir l’actualité du texte pour un Bénin nouveau ?

Quelle est l’actualité de l’Encyclique ? Pour mieux cerner l’actualité, il convient de situer l’approche de Jean-Paul II dans une synthèse référentielle aux Papes Léon XIII, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier et au Concile Vatican II, avec une ouverture pastorale au Pape Benoît XVI et au Pape François. Le fil rouge de cette noble continuité est la dignité : il s’agit de témoigner du sens des choses, de la dignité des personnes et de la valeur positive du travail : le travail est fait pour l’homme, et non l’homme pour le travail. De même, le capital est fait pour le travail, et non le travail pour le capital.

L’homme et le travail : niveaux de renversement

Les pôles du travail, de l’homme et du capital économique posent l’actualité de l’Encyclique dans les cinq chapitres qui la structurent. Après avoir situé le problème dans l’enseignement social de l’Église (chap. I), le Pape aborde le travail et l’homme (chap. II), le travail et le capital (chap. III), le droit des travailleurs (chap. IV), et la spiritualité du travail (chap. V). L’Encyclique tient compte de la conjoncture actuelle, des crises et des tensions dans les rapports entre droits et devoirs, personnes et travail. Elle permet de comprendre que le travail humain se trouve aujourd’hui à la croisée de deux routes : celle de l’économie et celle de la technologie.
Au niveau technologique, les nouvelles conditions du travail informatique, artisanal et télématique, les évolutions récentes et les diminutions du sens de l’activité humaine constituent des lieux d’appel à la redécouverte de la valeur positive du travail : le travail appartient à la condition originelle de l’homme et précède sa chute. Il n’est donc ni une punition ni une malédiction. « Le travail est un bien de l’homme » (n° 9). « Le travail est le fondement sur lequel s’édifie la vie familiale qui est un droit naturel et une vocation pour l’homme » (n° 10). Une méca- nisation exagérée prive le travail de la satisfaction qu’il devrait procurer, inhibe la créativité et la responsabilité, engendre le chômage, asservit le travailleur de façon à ne faire de lui qu’un exécutant mécanique ou digital. Il y a à ce niveau une sorte de perver- sion de la dignité du travail et du travailleur.

Sur le plan économique, il convient de retenir que l’objet de l’économie est la création de la richesse et son accroissement progressif, en termes non seulement quantitatifs mais aussi qualitatifs. Dans ce sens, la qualité du travail est la clé de toute la question économique et sociale. « Il faut souligner et mettre en relief le primat de l’homme dans le processus de production, le primat de l’homme par rapport aux choses » (n° 12). En effet, le développement économique ne peut être réduit à un simple processus d’accumulations des biens et services. La perversion est dans le renversement des valeurs. Le travailleur est exploité à des fins d’intérêts matériels et égoïstes. Ce qui pose profondément et radicalement un problème de justice sociale.

Défis majeurs pour un Bénin nouveau

Quelle lecture de l’Encyclique pourrait favoriser un changement en profondeur de la vie des personnes dans le contexte béninois ? La question peut être reprise de façon pratique : quel travail pour un Bénin nouveau ? Une lecture d’ensemble nous retourne à Ecclesia in Africa, signée le 14 septembre 1995, qui fait sienne l’idée-force des rapports entre le travail et la famille. Il s’agit d’un travail de réconciliation, de justice et de paix qui mette l’accent sur l’attention aux personnes, à la solidarité, à la chaleur des relations, à l’accueil, au dialogue et à la confiance. Pour l’approfondir, le Pape Benoît XVI a signé le 19 novembre 2011, à Ouidah, Africae Munus : vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde. Le 18 mai 2018, lors du 10e anniversaire du Cardinal Bernardin Gantin et de la visite du président Patrice Talon au Vatican, le Pape François a fait mention de l’urgence d’un travail en profondeur dans le champ de l’éducation, de la santé et de la promotion humaine et du développement intégral. Comme guide de travail, le Pape a donné au chef de l’État béninois trois textes : Amoris laetitia, Evangelii gaudium et Laudato si.Mêmesicestextesélargissent le débat à une dimension ecclésiale et universelle, le particulier béninois y trouve une actualisation réelle à deux niveaux d’engagement : au niveau de la dignité des personnes et au niveau du cadrage des institutions. Ce qui revient à l’urgence d’un travail de formation humaine intégrale et de renforcement institutionnel adéquat.

Gestion des biens et des personnes

Au niveau du travail de la formation intégrale, l’actualité de Laborem exercens permet de cibler le défi au niveau de la gestion des biens et des personnes d’une part, et des rapports entre le travail, la famille et l’école d’autre part. Le travail de l’éducation est appelé à garantir l’intégralité et l’unité à partir de la famille. Il convient de faire justice à la famille dans sa responsabilité à offrir une éducation intégrale : l’intégralité est assurée quand les enfants sont éduqués au dialogue, à la rencontre, à la socialité, à la légalité, à la solidarité et à la paix en cultivant en eux les vertus fondamentales de justice et de charité. Cette dimension privée n’est pas intangible. Elle est ordonnée à la destination universelle des biens : le travail du bien commun.
Au niveau du travail de renforcement institutionnel adéquat, le Bénin vit un choc culturel qui porte progressivement atteinte aux fondements de la foi et de la culture. Il est urgent d’enga- ger un travail d’espérance en instaurant un dialogue de vie et d’action éducative entre les com- posantes de la société. Il s’agit d’un travail de co-responsabilité qui favorise l’éthique adéquate de la culture et des institutions, car si Dieu n’édifie pas la cité, c’est en vain que les hommes y travaillent. Aujourd’hui, il nous faut des leaders et non des pro- fiteurs. Il nous faut des élites et non des privilégiés qui profitent des dons qu’ils ont reçus pour le bien de tous.

Finalement, le travail le plus important reste celui de la justice et de la charité pour répondre aux situations nouvelles et à l’attente des personnes en vérité. Une spiritualité du travail bien fait libère une masse d’esclaves. Elle mobilise un peuple d’hommes et de femmes libres, une nation sainte, prophétique et royale : car au début du travail humain, il y a le mystère de la création. Puisse le Créateur regarder le travail que nous avons à faire : qu’il nous permette de gagner notre vie, qu’il soit utile à ceux dont nous avons la charge et serve à l’avènement de son Royaume, maintenant et pour toujours.

Père Brice OUINSOU, DIRECTEUR DE LA CHAIRE CARDINAL GANTIN SECTION BENIN

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