octobre 21, 2021
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LIBERATION DES ESPACES PUBLICS : Une belle opération à repenser

Depuis quelques jours, les autorités locales de Cotonou et d’Abomey-Calavi ont entrepris de dégager à nouveau les abords des artères principales, illégalement occupés pour des commerces informels ou non. Salutaire en soi, l’opération a besoin d’être recadrée pour porter du fruit.

Mardi 13 août 2021, une horde de policiers, armes au point, prend d’assaut le marché international de Dantokpa et les principales artères y menant. à l’intérieur de la ville de Cotonou le même jour, d’autres détachements ont envahi des voies secondaires. Mission : dégager tous les petits commerces installés dans l’emprise des espaces publics.

Opération commando pour dégager les artères

Des baraques détruites, des marchandises et objets saisis et jetés dans des camions réquisitionnés par des policiers visiblement passionnés par le boulot de circonstance. Sur le trottoir du carrefour de la station d’essence dénommée « Lègba », menant au marché Dantokpa, c’est la débandade. De la voie pavée de Jéricho à Gbèdjromèdé vers le quartier « Vossah » via le « Centre d’accueil », le spectacle est le même. Des paniers de pain, des packs d’eau minérale « Fifa », des fruits et autres biens, sont confisqués au bord des artères et emportés par les agents de la Police républicaine sous le regard anxieux des bonnes dames. « Comment vais-je faire pour honorer l’échéance de la première tranche du crédit que j’ai contracté auprès de la Clcam, à la fin de ce mois d’août ? », s’interroge en larmes Finagnon B. Assogba, la quarantaine, le regard fixé sur le camion qui démarre en trombe avec les produits divers de tout son étalage saisis. à Gbégamey, Faustin N. se fond en lamentation car, il n’a pas pu sauver une grande partie de ses objets ménagers qu’il expose à la vente au bord de la rue reliant Vodjè et le siège de la Bourse du travail. Une semaine plus tôt, la Commune d’Abomey-Calavi a été le théâtre d’une opération similaire de libération des espaces publics. Sur la voie pavée partant du Village SOS au quartier Maria Gléta, les baraques installées le long du tronçon ont subi la foudre des agents de sécurité. Des installations de vente de portables sont détruits. Des bonnes dames ont vu leurs marchandises embarquées dans une ambiance de tristesse.

Un peu partout dans les quartiers d’Abomey-Calavi et de Cotonou, l’opération de libération des espaces publics a fait des victimes. D’autant qu’ils sont nombreux les citoyens et citoyennes, à vivre des petits commerces installés le long des voies des villes béninoises.  Soudainement, certains parmi eux ont tout perdu avec à la clé des dettes. Ceci est un fait.

Le succès au bout d’une action en synergie

Mais à y voir de près, l’opération déclenchée à nouveau pour libérer les espaces publics est à saluer. En effet, circuler à pied dans les principales villes du Bénin notamment Cotonou, Parakou, Porto-Novo, Abomey-Calavi, Bohicon et ailleurs relève de la sinécure. Les petits commerces et parfois des grossistes transforment les devantures de leurs boutiques en des annexes rendant difficile la circulation aux passants. Les trottoirs sont souvent pris d’assaut par des vendeurs et revendeurs de tout acabit créant d’énormes désagréments aux usagers des routes avec tous les risques d’accidents. Dès lors, l’opération déclenchée, dit-on, par les maires est une bonne initiative.

Seulement, dans sa conduite, elle appelle quelques observations. D’abord, la façon musclée qui la caractérise dans certains quartiers de Cotonou et d’Abomey-Calavi avec des saisies intempestives de marchandises, n’était pas indiquée. à ce niveau, l’opération a pris l’aspect d’un film de Hollywood. Mais qu’à cela ne tienne, on peut hausser les épaules et dire tant mieux ! Cela dit, le vrai problème est le décalage entre la position des autorités locales et des autorités centrales. Présentée comme une initiative des maires, le Secrétaire général adjoint du Gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji a déclaré que l’Exécutif n’a rien à voir dans le déguerpissement des espaces publics en cours. Assez curieux quand même !

Dans cette opération, le préfet du Littoral s’est beaucoup plus mis en vedette. D’un ton un peu arrogant, il justifie l’opération qui viserait à faciliter la circulation dans les villes. Ce qui est vrai. Puis, il ajoute en substance que tous ceux qui veulent faire du commerce doivent aller le faire au marché ou ils doivent prendre en location des boutiques. Certes ! Mais cet argument s’apparente beaucoup plus à une manière facile et mal pensée d’évacuer le problème. D’autant que les marchés même ont besoin d’être désengorgés pour une bonne circulation des personnes.

En vérité, l’opération de dégagement des espaces publics doit se poursuivre pour faciliter la circulation et rendre plus attrayant les villes béninoises. à cet effet, le travail doit se faire dans une synergie d’action. Gouvernement et autorités locales devraient se mettre ensemble pour une action de déguerpissement qui protège les petits commerçants qui sont les plus touchés. En ce moment où le Gouvernement a promis le “hautement social”, il était important de mettre en place une stratégie de soulagement pour les petits commerçants à dégager. Cela apparemment n’aurait jamais été imaginé, avant le lancement de l’opération en cours. Dans ces conditions, il faut craindre qu’elle connaisse le même sort que l’opération de déguerpissement qu’avait piloté de main de fer l’ancien préfet du Littoral, Modeste Toboula. Elle avait eu le mérite de semer la désolation au sein des populations qui ont repris leur place après quelques mois.

Alain SESSOU

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