décembre 5, 2021
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RENCONTRE ENTRE LAURENT GBAGBO ET ALASSANE OUATTARA : Une avancée notable pour la paix en Côte d’Ivoire

Le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire a connu un nouveau tournant le mardi 27 juillet 2021, avec la rencontre historique entre le président Alassane Ouattara et son prédécesseur, Laurent Gbagbo. Les deux hommes ont échangé dans une ambiance conviviale, prometteuse pour la paix dans le pays.

Leur dernière poignée de mains remonte à plus de dix ans. Le président ivoirien, Alassane Ouattara, et son prédécesseur Laurent Gbagbo se sont rencontrés le mardi 27 juillet 2021, une première depuis leur duel à l’élection présidentielle de 2010 qui avait débouché sur une violente crise. Après une heure d’entretiens, les deux hommes sortent du local du Palais présidentiel d’Abidjan main dans la main, sourire aux lèvres agrémenté d’une chaude accolade. Une mise en scène réussie qui montre à la communauté internationale que le processus de réconciliation pourrait connaître une avancée notable les jours à venir.

« Les divergences sont désormais derrière nous. Ce qui importe, c’est la Côte d’Ivoire, c’est la paix pour notre pays. Et c’est, comme le dit Laurent, le temps pour nous d’avancer, d’aller de l’avant pour, bien sûr, nous-mêmes et pour les prochaines générations », a déclaré le président Alassane Ouattara à la presse. Il a félicité son prédécesseur pour l’atmosphère cordiale et détendue dans laquelle les échanges se sont déroulés, et présenté ses condoléances à la suite du décès de la mère de Laurent Gbagbo, alors qu’il était détenu à la Cour pénale internationale (Cpi) à La Haye. « Le simple fait de voir Ouattara et Gbagbo ensemble est perçu comme un acte d’apaisement et une image forte offerte aux Ivoiriens dans leur quête de paix et de réconciliation nationale », commente le journal d’opposition Notre Voie. Ainsi, l’espoir qu’a suscité ce rendez-vous entre ces anciens rivaux politiques doit être concrétisé par des décisions fortes venant du président Alassane Ouattara.

Libération des détenus politiques

Premier à prendre la parole devant la presse, Laurent Gbagbo, président du Front populaire ivoirien (Fpi), a livré le sujet poignant de la rencontre et sur lequel le processus de réconciliation travaillera très prochainement : la libération des détenus politiques de la crise post-électorale de 2010. « En ce qui me concerne, avec le président, j’ai insisté sur les prisonniers arrêtés au moment de la crise de 2010-2011 et qui sont encore en prison. Alors, j’ai dit au président – et vous serez d’accord avec moi – que j’étais leur chef de file et moi je suis dehors aujourd’hui. Eux, ils sont en prison. Et j’aimerais que le président fasse tout ce qu’il peut pour les libérer. J’ai insisté sur cela. à part ça, on a parlé de la Côte d’Ivoire qui doit aller de l’avant ! », a déclaré Laurent Gbagbo.

Acquitté par la Cpi et rentré au pays le 17 juin 2021, Laurent Gbagbo semble avoir particulièrement apprécié ses échanges de vues avec le No1 de la Côte d’Ivoire, après avoir rendu visite à Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de la Côte d’Ivoire (Pdci), dans son village natal de Bédiékro quelques jours auparavant. Les deux leaders de l’opposition ivoirienne et anciens présidents de la République entendent également donner un nouvel élan au processus de réconciliation nationale, alors que leurs partis respectifs se sont combattus pendant la crise de 2010-2011.

Trois clés pour le président Ouattara

Lors de la rencontre du 27 juillet, le président Laurent Gbagbo a remis une liste de 110 noms de détenus politiques et a formulé le vœu de leur mise en liberté. Selon Désirée Douati, présidente de l’Association des femmes et familles des détenus d’opinion (Affdo-Ci), il y a plus de 300 personnes derrière les barreaux. Pendant que les opposants parlent de réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, le camp au pouvoir parle beaucoup plus de cohésion. L’horizon politique paraît donc toujours flou. Et sur cette question, le président Ouattara a trois options possibles. Soit accéder partiellement à la demande formulée par son prédécesseur par la hiérarchisation des catégories de crimes dont les personnes inculpées seraient responsables, et puis deuxièmement, décider de libérer certains prisonniers dans l’immédiat ; soit accéder à la demande de Laurent Gbagbo et se mettre à dos toutes les Associations de victimes. La troisième option est de faire la sourde oreille.

Selon le professeur Francis Akindès de l’Université de Bouaké, « tout dépendra de la manière dont le président Ouattara décidera de répondre aux attentes du président Laurent Gbagbo. Il a les dés en mains ». Le peuple ivoirien a suivi de près cette rencontre, la première après celle du débat lors de l’élection présidentielle de 2010. La crise électorale qui a suivi a fait plus de 3.000 morts, des déplacés, provoqué une crise humanitaire et beaucoup de dégâts en Côte d’Ivoire.

Florent HOUESSINON

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