décembre 5, 2021
Comprendre la Parole

La recherche effrénée du pain

La vie de l’homme est faite de courses, d’initiatives et de planifications dont la finalité est de s’assurer le pain quotidien et une vie matérielle décente. L’enfant qu’on envoie à l’école ou dans un centre d’apprentissage aujourd’hui, est convaincu par son entourage qu’il est en train de préparer son pain de demain. Les restaurants, les bars, les glaceries, les pâtisseries n’ont jamais chômé en temps normal dans aucun pays du monde. Le discours autour du pain dans une société est toujours sensible et se termine bien souvent par des coups de poing sauvages lorsque les intérêts dans ce sens deviennent divergents. La communauté primitive que décrit Luc dans les Actes des Apôtres n’a pas été du reste : l’institution des diacres préposés au service de la table est née des mécontentements autour du partage du pain aux veuves (Ac 6, 1-3). L’homme est capable d’accepter tous les esclavages et toutes les aliénations, pourvu qu’il puisse s’assurer son pain quotidien. Comment ne pas évoquer toutes les compromissions auxquelles les hommes et les femmes de nos sociétés se livrent uniquement à cause d’un gagne-pain à se garantir ? La dépersonnalisation de soi, la trahison, le manque de fidélité à la foi conjugale sont une liste limitative qui s’affiche à l’horizon de ce manège de la recherche effrénée du pain. Décidément, toutes les générations humaines peuvent se retrouver à leur aise dans la communauté des fils d’Israël qui préfèrent mourir sur la terre d’esclavage en Égypte, près des marmites de viande, plutôt que de mourir de faim sur le chemin de la conquête de la liberté !  Mais puisque l’homme vit de pain, on ne peut l’accuser de le rechercher ou de courir après la source où il peut s’alimenter. Ce qui est condamnable, c’est de faire du pain la seule finalité de la vie. Saint Paul y voit une attitude païenne et il dit : « Le Royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit » (Rm 14, 17). Sa voix dans la deuxième Lecture oriente en vue de la transformation spirituelle de nos pensées.

Le pain spirituel

Après la multiplication des pains, la foule s’est lancée à la recherche de Jésus qui n’a pas mâché ses mots à leur endroit : « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés ». Cela dit, Jésus trace les attitudes que l’homme doit avoir. L’homme ne travaille que trop pour la nourriture qui se perd. Et pourtant, par rapport à cette nourriture, il suffit de regarder les oiseaux du ciel : « Ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; et notre Père céleste les nourrit » (Mt 6, 26). L’homme qui n’est pas que matériel mais qui est aussi spirituel, doit par conséquent comprendre que son travail dans la vie, sans déserter le champ matériel qui lui garantit le pain quotidien, se trouve dans la recherche de la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que donne le Fils de l’homme. Déjà dans le désert, la nourriture matérielle donnée aux Hébreux avait pour objectif fondamental de les amener à croire en Dieu, afin qu’ils comprennent que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » ( Dt 8, 2-3). C’est un appel pour tant d’hommes et de femmes qui continuent de travailler les dimanches à la recherche du pain quotidien, au mépris de la Parole de Dieu qui les attend dans les lieux de culte. Jérémie, l’un des prophètes de l’Ancien Testament, nous laisse découvrir la Parole de Dieu comme étant la nourriture spirituelle indispensable à l’homme : « Quand Tes Paroles se présentaient, je les dévorais. Elles étaient mon ravissement et l’allégresse de mon cœur » (Jr 15, 16). C’est pour cela que l’évangile de Jean nous exhorte à faire l’œuvre de Dieu qui consiste à croire à son envoyé, Jésus, Parole de Dieu qui se fait Pain descendu du ciel pour donner la vraie vie au monde, et pour l’arracher à toutes ses faims et soifs déréglées.

Dans ma vie

Ma vie n’est-elle pas déjà réduite à une machine que je fais tourner seulement avec la nourriture du corps, et qui n’a jamais faim et soif de la Parole de Dieu ?

À méditer

« Lhomme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8, 2-3).

Père Antoine TIDJANI, Bibliste

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