octobre 21, 2021
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61 ANS D’INDEPENDANCE DU BENIN : Une célébration dans l’ombre du Covid-19

Annulé en 2020, les Béninois croiraient qu’avec la vaccination et les mesures sanitaires, ils vivront leur fête nationale avec le défilé militaire cette année. Mais le Gouvernement joue toujours la carte de la prudence et ne veut prendre aucun risque ”inconsidéré” : pas de défilé militaire. Le public assistera à une célébration en format réduit diffusée à la radio, à la télévision et sur les médias sociaux.

►  Sauvegarder les moments glorieux de l’histoire

La sobriété qui caractérise la célébration de la plupart de nos manifestations officielles depuis l’avènement du Gouvernement de la Rupture ne manque pas de pertinence. Elle a le mérite de nous inviter à l’essentiel dans les divers domaines de nos activités. Mais la survenance du Coronavirus depuis l’année dernière l’a davantage renforcée au point d’éroder de la mémoire des Béninois le sens de certains événements majeurs de leur histoire politique. Ce qu’il faut parer au plus presser.

La célébration des 60 ans de l’accession de leur pays à la souveraineté nationale, l’année dernière n’a constitué qu’en deux actes majeurs, le tout en quelques minutes : dépôt de gerbes au Monument aux morts à Cotonou par le président Patrice Talon, cérémonie de prise d’armes au Palais de la Marina. Un schéma que le peuple béninois, impuissant, vivra encore le 1er août 2021. Ils sont nombreux déjà, des Béninois à s’interroger sur la nécessité de cette fête aujourd’hui. « Cette fête ne me dit plus rien. Je n’y pense même plus. Sauf que son avènement en pleine semaine me permet de bénéficier d’un jour férié pour me reposer », déclare Firmin Koudji, fonctionnaire, rencontré à Cotonou.

Le communicateur politique, De Laure Faton, n’y est pas allé du dos de la cuillère : « Si la France, qui est l’un des pays les plus secoués par le virus, a organisé son défilé militaire le 14 juillet dernier, on n’a aucune raison valable de ne pas le faire au Bénin. Il s’agit donc d’une décision politique et ceux qui l’ont prise savent pourquoi ils l’ont fait ». Il est renchéri par l’un des observateurs avertis du sérail politique béninois  qui a requis l’anonymat : « Nous avons eu droit dans ce pays, il n’y a pas si longtemps, à une tournée de reddition des comptes du président de la République à travers tout le Bénin. Mieux, la récente campagne électorale pour la présidentielle d’avril 2021 s’est déroulée en plein Coronavirus. Nous avons pu trouver la formule et les moyens d’organiser tout cela ; mais pourquoi pas maintenant  pour l’anniversaire de notre indépendance nationale, un des symboles sacrés de notre République »?

Attention à la banalisation

à la date du 20 juillet 2021, les chiffres de la pandémie du Coronavirus ont monté d’un cran : 8.324 cas positifs dont 8.125 cas guéris et 107 décès. « Il s’en dégage que depuis quelques semaines, une tendance à la hausse est enregistrée avec des cas graves signalés dans les centres hospitaliers dédiés », relève le communiqué du Conseil des ministres du 21 juillet 2021. Ce qui explique, selon Wilfried Léandre Houngbédji, la non tenue du défilé militaire cette année. Cependant, à force de réduire la célébration de la fête nationale à sa plus simple expression, ne court-on pas le risque, de la vider de son sens pour la jeune génération ? Quand on sait que très peu de Béninois, en particulier les jeunes, peinent encore à bien chanter l’hymne nationale, et que d’autres non moins encore considérables, continuent de se demander ce qui s’est réellement passé à la Conférence des Forces vives de la Nation de février 1990, il y a de quoi s’arrêter pour réfléchir sur la manière originale de vivre certains des moments glorieux de l’histoire du Bénin malgré les imprévus inhérents à la vie. Il s’agit en réalité de trouver de nouvelles modalités de nous rassembler autour des grands idéaux fondateurs de l’histoire sociopolitique du Bénin.

Guy Dossou-Yovo

►  Une 2e fête sans le défilé militaire    

« Nous risquons de perdre le sens du défilé militaire »

Avant d’opérer un réaménagement dans l’agenda de célébration de l’indépendance des pays africains, il faut réfléchir sur le sens de la fête, son histoire et l’engouement qu’elle suscite auprès des populations. La journée de l’indépendance est une date mémorable choisie par chaque pays pour se souvenir de sa souveraineté. Celle de la République du Bénin est le 1er août de chaque année. La fête est marquée par de grands événements dont le message du chef de l’état à la Nation, la coupe de l’indépendance, le défilé civil et militaire. Le défilé militaire permet à la population de connaître les différents corps de l’Armée, les prouesses réalisées sur les terrains de mission et les nouveaux corps créés. Avec sa suspension deux fois successivement, nous risquons de perdre le sens du défilé militaire, qui est un rendez-vous essentiel de la fête de l’indépendance du Bénin. Les Béninois sont en train de perdre l’habitude de se regrouper devant leur télévision, notamment quand vient le tour des paras commandos et de la marche de la mante religieuse.

Jeff Amagnon, Séminariste

« Le Gouvernement peut trouver une solution plus adéquate »

Depuis des dizaines d’années, un défilé militaire est organisé à l’occasion de la fête nationale, en présence du président de la République, d’une grande partie des membres du Gouvernement, d’ambassadeurs étrangers et de plusieurs invités. Dans le  même temps, des défilés militaires réunissant des unités locales se déroulent dans plusieurs autres villes du Bénin en présence des autorités municipales et locales. Au Bénin, le défilé militaire du 1er août, ce vibrant  hommage mutuel que se rendent la Nation et son armée, représente l’une des manifestations de la détermination de notre pays à défendre ses valeurs. Il constitue l’un des moments forts du cérémonial. Le 1er août est également la date du principal rendez-vous annuel entre la population béninoise et ses Forces armées. Les forces de sécurité, à travers le défilé, présentent ainsi certains de leurs équipements et témoignent de leur expérience et savoir-faire auprès des personnes venues les admirer lors du défilé. C’est tellement beau et intéressant. Quand j’étais petite, je ne ratais jamais le rendez-vous et quand je voyais les femmes militaires défiler, cela me donnait envie d’intégrer le corps des Forces armées. L’année passée, vu que c’était les 60 ans de notre indépendance, je m’attendais à une grande manifestation, mais à cause du Covid-19, le Gouvernement en a décidé autrement. C’est à nouveau un choc pour moi cette année d’apprendre que ce 1er août se fêtera sans défilé militaire. Tout porte à croire que le défilé militaire dans les années à venir, pourrait être définitivement supprimé. Malgré le Coronavirus, je crois que le Gouvernement peut bien trouver une solution plus adéquate. Bonne fête de l’indépendance à tous et en particulier, aux Forces armées et de sécurité du Bénin.

Judith K. Guédénon, Commerçante à Porto-Novo

« Le défilé militaire apparaît comme une démonstration de force »

Le défilé militaire est une parade des hommes  et femmes en uniforme au cours de laquelle il y a essentiellement une revue des troupes. Cela permet de montrer au public la force militaire du pays, mais aussi de faire une promotion des différents corps de l’Armée. Ce qui incite notamment de nombreux enfants/jeunes à s’intéresser à l’Armée et à s’informer sur les démarches nécessaires pour intégrer un corps donné. Par ailleurs, grâce au défilé militaire, chaque citoyen découvre ne serait-ce qu’une partie de l’arsenal militaire dont dispose le pays pour sa défense et la protection de sa population. Le défilé militaire apparaît alors comme une démonstration de force.

à  première vue, c’est difficile d’imaginer une fête nationale sans défilé militaire, car il fait partie des aspects qui marquent l’accession à la souveraineté nationale et la capacité à protéger non seulement le pays, mais aussi la population. Toutefois, deux faits majeurs sont à mettre à l’actif de l’organisation des fêtes nationales sans défilé militaire depuis deux ans. Il s’agit du Covid-19 et de la réduction du train de vie de l’état. En effet, le Covid-19 ne cesse de montrer de nombreuses facettes avec ses variants. D’où la nécessité de protéger la population contre la menace croissante de cette maladie en faisant de nos fêtes nationales, des fêtes sobres. Et, comme je le disais, la deuxième cause est la réduction des dépenses de l’état en vue de faire des économies pour la construction du pays. Ainsi, on pourra assister à une réorientation des fonds à dépenser pour l’organisation des défilés militaires à des fins plus utiles et bénéfiques pour tous les Béninois. Aussi, faut-il souligner que de nombreux chantiers en cours dans le pays nécessitent de lourds investissements financiers. Il est donc très important que nous nous investissions davantage dans notre développement plutôt que de recourir aux emprunts extérieurs.

Dieudonné Agbotridja, Ingénieur agroéconomiste

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