décembre 5, 2021
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TRAGEDIE EN HAÏTI ET OFFRE D’ASSISTANCE DES ETATS-UNIS : Restaurer l’ordre à Port-au-Prince

L’assassinat d’un chef d’état est toujours source de conjectures et cause de profond émoi. Ce qui vient d’arriver au président haïtien Jovenel Moïse et à son épouse ne peut laisser aucun Béninois indifférent, vu la longue histoire que partagent le Bénin et ce pays des Caraïbes.

Quand on évoque le nom d’Haïti, de nombreuses images viennent immédiatement à l’esprit : celles, vieilles de plus de 200 ans, d’esclaves capturés dans le Golfe de Guinée, enchaînés et asservis, mais qui se sont battus contre leurs oppresseurs pour obtenir l’indépendance du joug français, en 1804. Ce fut la première République noire de l’histoire de l’humanité fondée par des esclaves rebelles totalement aguerris et farouchement déterminés. Soit dit en passant, Toussaint Louverture, un révolutionnaire originaire d’Allada dans l’actuel Bénin, était monté en première ligne dans ce combat pour la liberté. Haïti, c’est aussi le Vodoun que ce pays des Caraïbes partage avec le Bénin, même si certains rituels et prêches sont légèrement différents de ceux pratiqués à Ouidah, le berceau de ce culte endogène. Mais Haïti, c’est aussi le symbole de l’extrême pauvreté qui affecte une grande partie de sa population estimée à  environ 12 millions d’habitants, répartie sur un territoire d’environ 28.000 kilomètres carrés. Port-au-Prince, la capitale, est situé à une heure de vol à peine de Miami, en Floride, dans le sud des états-Unis. Longtemps gangréné par la corruption et la boulimie de ses dirigeants, notamment la famille Duvalier et les sinistres ”Tontons Macoutes”, qui ont terrorisé et tué sans pitié entre 1957 et 1986, Haïti a végété dans l’abîme du désespoir. Le cataclysmique tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts, ainsi que la violente épidémie de choléra quelques mois plus tard, ont fini de mettre à nu les nombreuses vulnérabilités de ce pays à majorité noire de l’hémisphère nord. Bien que souffrant d’instabilité politique chronique, l’opinion publique internationale était pourtant à mille lieues d’imaginer qu’un commando armé de 28 assaillants s’infiltrerait, dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 juillet, dans la résidence privée du président Jovenel Moïse, pour l’abattre froidement, blessant son épouse au passage.

Mercenaires de diverses nationalités

Selon la police, le commando était composé de mercenaires de diverses nationalités. « Nous avons déjà en main les auteurs physiques et nous sommes à la recherche des auteurs intellectuels », a déclaré un officiel haïtien. En attendant de connaître les vrais mobiles de l’assassinat de Jovenel Moïse et l’identité des commanditaires, tous les yeux sont tournés vers le président américain Joe Biden et les membres de son équipe chargée des relations avec Haïti. La bonne nouvelle, c’est que les USA et le Mexique ont demandé la réunion de toute urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, et sa résolution probable est attendue avec vif intérêt. Autre note d’espoir, le Premier ministre haïtien par intérim, Claude Joseph, qui assume désormais les charges de chef de l’Exécutif, s’est entretenu avec le Secrétaire d’État américain Anthony Blinken. Aux dernières nouvelles et selon les deux sites d’informations www.HaitiLibre.com et www.iciHaiti.com, la porte-parole de la Maison Blanche a déclaré qu’il n’était pas exclu de satisfaire la demande des autorités haïtiennes d’envoyer des troupes en Haïti. Le 11 juillet dernier, une délégation interagences des USA de haut niveau s’est rendue en Haïti, en réponse à la demande d’assistance en matière de sécurité et d’enquête formulée par les autorités de Port-au-Prince. Et les arrestations de suspects impliqués dans l’assassinat de Jovenel Moïse ont déjà commencé. Selon le Washington Post, www.washingtonpost.com, le chef de la sécurité au palais présidentiel à Port-au-Prince, Dimitri Hérard, vient d’être mis aux arrêts. Selon Claude Bed-ford, un juge haïtien, « La Justice souhaite que Dimitri Hérard réponde à certaines questions ». Il est plus que temps que Haïti puisse tout de même mettre en place des institutions démocratiques stables, après plus de 200 ans d’indépendance !

André K. OKANLA

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