octobre 21, 2021
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100 ANS DE L’APOSTOLAT DE LA MER : Une œuvre humanitaire de l’Eglise

L’Apostolat de la mer, créé le 4 octobre 1920 à Glasgow en écosse, s’occupe de l’évangélisation et de l’amélioration des conditions sociales des acteurs de la plateforme portuaire et des migrants. Dans un contexte où la Covid-19 a rendu difficiles les conditions d’activités des marins, et avec la dissolution de la Compagnie béninoise de navigation maritime (Cobénam), cet Apostolat fait face à de nouveaux défis que le personnel du Foyer Marin du Bénin entend relever dans la foi, et ce avec le soutien des personnes de bonne volonté.

►   Une présence amicale et spirituelle auprès des gens de mer

L’Aumônerie des gens de mer du Bénin a célébré le dimanche 11 juillet 2021, les 100 ans de l’Apostolat de la mer dans le monde. La célébration s’est déroulée au Foyer Stella Maris de Cotonou et a été présidée par Mgr Roger Houngbédji, Archevêque de la même ville, en présence de la communauté des gens de mer.

C’est pratiquement une séance de visite pastorale que Mgr Roger Houngbédji, Promoteur de l’Apostolat de la mer au Bénin, a tenue avec la communauté des gens de mer au Foyer ”Stella Maris” de Cotonou, le dimanche 11 juillet 2021, en la solennité du Dimanche de la mer. Aussitôt après son accueil à 10h, le prélat a eu un court échange avec les marins, les pêcheurs, les mareyeuses, les mareyeurs, les écailleuses et les transformatrices. La présentation de la mission et des activités du Foyer Marin du Bénin, ainsi que la prise de parole des différents acteurs de la plateforme portuaire ont permis à Mgr Houngbédji de s’informer sur les œuvres réalisées ainsi que sur la pertinence de cette mission. Le second échange qui est intervenu après la messe a offert l’opportunité à la communauté des gens de mer d’exposer  au prélat les difficultés liées à leurs activités : manque de reconnaissance des droits sociaux des marins, exploitation abusive, salaires non payés ou payés seulement en partie, situation de précarité extrême, rareté des ressources halieutiques, pollution de la mer et chômage.

Vie nouvelle

En réponse aux préoccupations soulevées, Mgr Roger Houngbédji va s’appuyer sur trois qualités du prophète Jonas, relevées dans les textes du jour : annonce de la Parole de Dieu, crainte de Dieu et sacrifice. « La vie nouvelle à donner aux autres passe par le sacrifice de notre propre vie. Nous ne pouvons pas prétendre donner la vie aux autres si nous n’acceptons pas de mourir à nous-mêmes et à nos propres intérêts. C’est en recherchant de façon unilatérale la satisfaction pure et simple de nos intérêts personnels, que nous brimons les droits des autres », a déclaré Mgr Houngbédji, au cours de son homélie. « Oui, la mer, à travers son immense peuplement en animaux grands et petits, reste une richesse insondable de la nature, un don de Dieu que l’homme ne cessera jamais d’explorer et de contempler. D’où la nécessité pour nous – raison écologique aussi oblige ! – de maintenir toujours la mer propre, afin de pouvoir, par sa beauté et son immensité, continuer d’y proclamer la gloire et la magnificence de Dieu », a ajouté le prélat. « C’est Jésus lui-même qui nous montre ce en quoi consiste la vraie foi : elle consiste à faire une confiance indéfectible en Dieu quelles que soient les épreuves que nous traversons. Si Dieu est vraiment le Créateur dont dépend entièrement notre vie, nous n’avons pas à avoir peur des épreuves, des soubresauts, car Dieu est toujours là pour nous protéger et veiller sur nous », a-t-il rassuré. Mgr Roger Houngbédji a également salué le dévouement du personnel et des collaborateurs du Foyer ”Stella Maris” du Bénin, de même que leur contribution pour la réussite de l’Apostolat de la mer.

Florent HOUESSINON

►   Protéger le droit social des gens de mer

(Propos recueillis par Florent HOUESSINON)

« La Communauté des gens de mer a de l’avenir au Bénin »

La proximité de l’église d’avec les pêcheurs, les femmes mareyeuses et transformatrices a toujours retenu mon attention. Je suis passionné par l’Apostolat auprès des gens de mer. Je crois que ces gens ont besoin de l’église et de son accompagnement pour savoir que la mer est un bien qu’il faut entretenir. Je remercie notre Père Archevêque, Mgr Roger Houngbédji. En tant que promoteur de l’Apostolat de la mer, ”Stella Maris” au Bénin, il ne cesse de nous manifester sa proximité par le soutien et l’encouragement, afin que les fatigues, les difficultés et les obstacles ne paralysent pas notre élan missionnaire au service de nos frères et sœurs qui travaillent et vivent de la mer.

La suppression de la Compagnie béninoise de navigation maritime (Cobénam) est un défi pour l’aumônerie des gens de mer et par conséquent, cette communauté a de l’avenir. Elle doit faire plus d’efforts pour que la situation des gens de mer soit améliorée. Nous sommes appelés à nous engager davantage pour aider et faire des plaidoyers. La présence de l’église dans ce monde, à travers l’Aumônerie et le Foyer des marins, révèle un monde qui a plutôt besoin de la contribution des personnes de bonne volonté. Car l’assistance aux gens de mer requiert des moyens à la fois matériels et financiers pour satisfaire leurs besoins lorsqu’ils sont en situation de détresse : piraterie maritime, abandon en pays étranger, sans salaire, sans travail. L’Apostolat de la mer au Bénin se déploie avec deux poumons, forces de la proximité de l’église dans le monde de la mer et des migrants. Nous avons les œuvres spirituelles et les œuvres sociales. Je lance alors un vibrant appel à tout le monde pour la réussite de cette mission d’église.

Frère François Agbadi, Capucin, Aumônier des gens de mer du Bénin

« Nous témoignons de notre vie de chrétiens au milieu de la communauté portuaire »

Célébrer le centenaire de l’Apostolat de la mer n’est qu’une petite partie de l’œuvre d’Amour que Dieu a entreprise vis-à-vis des hommes. La mer et tout ce qu’elle contient ne font que révéler davantage la bonté infinie de Dieu, Notre-Père.

C’est une joie de vivre ce moment unique, ensemble avec tous les gens de mer. Cette célébration nous permet de faire le bilan du chemin parcouru pour le bien-être des gens de mer, et le travail des missionnaires délégués pour cette mission. C’est depuis 1990 que cet Apostolat est né au Bénin sous l’épiscopat de Mgr Isidore de Souza. Notre premier Aumônier était Mgr René Marie éhouzou.

Nous témoignons de notre vie de chrétiens au milieu de la communauté portuaire. Nous l’assistons à travers l’écoute de la Parole de Dieu, l’accompagnement spirituel et social. Lorsque les marins arrivent au Port, nous les aidons du mieux que nous pouvons afin qu’ils regagnent leur pays apaisés et heureux d’avoir rencontré des amis.

Nos œuvres à la fois spirituelles et sociales s’adressent à tous ceux qui travaillent sur la plateforme portuaire de Cotonou, et particulièrement aux marins en escale au Port et aux marins autochtones. Elles s’adressent également aux pêcheurs, aux mareyeuses, aux écailleuses et aux transformatrices du port de pêche de Cotonou, ainsi qu’à tous ceux qui vivent de la mer, le long de la côte maritime du Bénin. Ces œuvres sont également ouvertes aux familles des gens de mer, sans distinctions de race, de sexe et de religion.

Monique Badou, Directrice du Foyer Stella Maris du Bénin

« Je remercie l’église pour cette œuvre bienfaisante »

Je remercie l’Archevêque de Cotonou pour son implication dans le travail de l’Aumônerie en faveur des gens de mer et des migrants. Depuis la fin de l’année 2019 avec la survenue de la pandémie de la Covid-19, les choses se sont vraiment compliquées pour les marins. Arrivés dans tous les ports, aucun marin n’est autorisé à mettre les pieds à terre. Ils vivent dans l’enclos. Certains ont passé plus d’un an, parfois deux ans, à bord des bateaux, sans avoir la chance de voir leurs familles. À travers l’Aumônerie et le Foyer des marins, les bateaux qui arrivent au Port Aautonome de Cotonou ont la chance de recevoir la visite de l’Aumônier et de la Directrice du Foyer ”Stella Maris”, qui avec leurs équipes, réconfortent les marins et leur manifestent une marque de solidarité. Quand un navire a été attaqué en mer, et que le bateau a finalement regagné la côte, ce sont les membres de l’Aumônerie des gens de mer qui sont allés chercher l’équipage, les ont hébergés et nourris. Je remercie l’église pour cette œuvre bienfaisante qu’elle accomplit à l’endroit des marins. Je remercie également les amis des marins qui prient tous les lundis et tous les jeudis pour eux. 

Les marins nationaux sont aujourd’hui à la touche parce que le Bénin n’a plus de navire. Depuis 1990 que le seul navire qui existait a été vendu, la Compagnie béninoise de navigation maritime (Cobénam) qui est la société appelée à exercer cette activité, est restée sans navire jusqu’au mercredi 8 juillet 2021, date à laquelle le Gouvernement a décidé de sa dissolution pure et simple. Pour les marins, c’est un saut dans l’inconnu. Aujourd’hui plus qu’hier, les gens de mer souffrent sérieusement.

Le Bénin a la chance d’avoir une façade maritime. Il y a dans le monde des pays qui n’ont pas accès à la mer, mais qui ont des bateaux. Même si l’état n’a pas la possibilité d’exercer cette activité, je pense qu’il peut encourager les entreprises privées. La navigation est un métier de braves et de tous les sacrifices. Elle ne se fait pas que vers l’Europe. Il y a des marchandises sur la côte que nous pouvons sécuriser pour desservir ensuite les pays limitrophes ainsi que l’hinterland.

Daniel Sabou, Officier de marine marchande à la retraite

« Ce Foyer est très utile pour la communauté des gens de mer »

La Fédération internationale des ouvriers du transport (Itf) est une organisation des transports créée en 1896. Dans les différents ports d’Afrique, les responsables de l’Itf ont recommandé la création de Foyers marins pour aider les marins en difficultés lors des escales. Le plus souvent, cet Apostolat est confié à des communautés pentecôtistes ou protestantes. étant membre de la délégation béninoise au Congrès mondial de Vancouver au Canada, j’ai plaidé pour qu’on confie le Foyer marin du Bénin à l’église catholique, et que les dirigeants ne regretteront pas de l’avoir fait. C’est ainsi que des dispositions ont été prises depuis l’épiscopat de Mgr Isidore de Souza, 4e Archevêque de Cotonou (1981-1999). Les évêques qui lui ont succédé sur le siège métropolitain de Cotonou ont continué l’œuvre. Depuis une dizaine d’années, le Foyer marin du Bénin est opérationnel grâce au soutien financier de la Fédération internationale des ouvriers du transport (Itf). Les marins abandonnés sur la côte béninoise ou victimes d’injustices reçoivent le soutien du Foyer ”Stella Maris”, avec l’accompagnement de la direction des marchandes. L’existence de ce Foyer est très utile pour la communauté des gens de mer. Nous allons continuer à prier pour que Dieu soutienne tous ceux qui accompagnent cette œuvre gigantesque, sur les plans social et spirituel. Je remercie Madame Monique Badou, directrice du Foyer ”Stella Maris”, qui s’est réellement investie pour le suivi et la finition des travaux du Foyer marin béninois inauguré le 10 juillet 2008 par Mgr Michael Blume, alors Nonce apostolique près le Bénin et le Togo. Je suis fier de l’entretien de l’espace.

Bonaventure Sanni, Coordonnateur national de l’Itf

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