décembre 5, 2021
La Une

50 ANS DE RELATIONS DIPLOMATIQUES ENTRE LE BENIN ET LE SAINT-SIEGE : Une coopération fraternelle et prometteuse

à la demande formulée par le Gouvernement de l’ex-Dahomey, aujourd’hui Bénin, le 23 février 1961, de nouer des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, la Secrétairerie d’état répond favorablement à travers un communiqué conjoint publié le 30 juin 1971. C’est le début d’une coopération qui porte beaucoup de fruits pour la foi catholique, les œuvres sociales sans distinction de religion, et la paix au Bénin..

Le président Hubert Maga, premier président de l’ex-Dahomey reçu par le Pape Jean XXIII, le 25 septembre 1962 au Vatican

►   Un demi-siècle de diplomatie ininterrompue

La célébration des 50 ans des relations diplomatiques entre le Bénin et le Saint-Siège, le 30 juin 2021, se déroule quelques semaines après l’accueil du quatrième Nonce apostolique depuis la création de la Nonciature du Bénin et du Togo. Du premier Nonce à celui en poste présentement, les relations ont connu une avancée notable malgré quelques couacs de départ.

Le langage diplomatique officiel contraste parfois avec les incidents sous-jacents. La coopération entre le Bénin et le Saint-Siège a évolué dans un climat fraternel  même si elle a connu ses heures chaudes à l’époque de la Révolution (1972-1989) du Gouvernement marxiste-léniniste. 

Deux Papes au Bénin

Le dynamisme de la diplomatie du Bénin et du Saint-Siège s’exprime à travers trois visites du Saint-Père au Bénin, dont deux au cours des années 80 et  90, et la dernière en novembre 2011. Le 17 février 1982, le Pape Jean-Paul II effectue son premier voyage apostolique au Bénin sous le ministère de Mgr Ivan Dias, pro-Nonce auprès du Bénin, du Togo et du Ghana. Il reprend le même exercice en 1993, cette fois-ci, sous le légat de Mgr André Dupuy, Nonce apostolique près le Bénin, le Togo et le Ghana. Ces deux voyages se sont déroulés dans une ambiance conviviale appréciée par les dignitaires des cultes endogènes qui en gardent un souvenir vivace, compte tenu de l’intérêt de Jean-Paul II pour le dialogue interreligieux. Plus près de nous en 2011, le peuple de Dieu a été honoré de la visite apostolique du Pape Benoît XVI lors de la célébration des 150 ans d’évangélisation continue au Bénin. Il signe le 19 novembre de la même année, à la Basilique Immaculée Conception de Ouidah, l’Exhortation apostolique post-synodale Africae munus, sur l’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.

Des présidents béninois au Vatican

République du Bénin ont été reçus au Palais apostolique. Le président Hubert Koutoukou Maga a été le tout premier reçu à Rome, en 1962, par le Pape Jean XXIII. Bien après lui, le président Mathieu Kérékou a eu la joie d’être reçu par le Pape Jean-Paul II au Vatican, le samedi 15 juin 2002, en marge d’un Sommet de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao). Récemment, deux autres chefs d’état ont effectué le voyage sur Rome. Parti pour inaugurer la Chaire Cardinal Bernardin Gantin de l’Université pontificale du Latran, le président Thomas Boni Yayi a été reçu le 22 mai 2013 par le Pape François, dont l’ « Habemus papam » a été prononcé deux mois plus tôt, le 13 mars 2013. En visite à Rome à l’occasion des 10 ans de la mort du Cardinal Bernardin Gantin, le président Patrice Talon a également rencontré le Pape François le vendredi 18 mai 2018 au Vatican. Il a même accordé une interview à Radio Vatican pour exprimer les bonnes relations entre son pays et le Saint-Siège.

Florent HOUESSINON

La mission du Nonce

Le Nonce apostolique est un diplomate du Vatican chargé de définir et de protéger l’action extérieure de l’église. Sa ligne diplomatique est de défendre les croyants, de faire prévaloir le droit international, d’appliquer les résolutions de l’Organisation des Nations Unies (Onu), et enfin de rétablir la paix partout dans le monde. La plupart des Nonces sont issus de la célèbre Académie ecclésiastique de Rome, l’école des Nonces, dont plusieurs anciens sont devenus de grands Papes au 20e siècle, comme Léon XIII, Benoît XV, Pie XII et Paul VI. Suivant le canon 365 du Code de Droit canonique, le Nonce apostolique auprès de l’État béninois a pour missions d’une part, de favoriser et de conduire les affaires diplomatiques entre les deux pays et, d’autre part, de s’occuper localement des questions touchant aux relations entre l’Église et l’État.

F. H.

Les Nonces en résidence au Bénin

1999-2005 : Mgr Pierre Nguyên van Tôt

2005-2013 : Mgr Michael August  Blume

2013-2020 : Mgr Brian Udaigwe

2021– : Mgr Mark Gerard Miles

   « Les perspectives d’avenir sont très prometteuses »

(Interview exclusive de Mgr Mark Gerard Miles, Nonce apostolique près le Bénin et le Togo)

Mgr Mark Gerard Miles

Dans cette première interview accordée à l’hebdomadaire catholique ”La Croix du Bénin”, Mgr Mark Gerard Miles parle de ses premiers jours en terre béninoise, du contenu de sa mission et évoque l’avenir des relations diplomatiques entre le Bénin et le Saint-Siège. 

Propos recueillis par Serge BIDOUZO

La Croix du Bénin : Excellence, vous avez rejoint votre poste au Bénin le 3 mai 2021 après votre nomination par le Pape François le 5 février 2021 et votre consécration le 25 avril 2021. Quels sont les grands axes de votre mission à la tête de la Nonciature du Bénin et du Togo ?

Mgr Mark Gerard Miles : Alors que ma mission au Bénin et au Togo ne commencera officiellement qu’avec la présentation aux chefs d’État des Lettres de créance signées par le Pape François, j’ai déjà, dès mes premiers jours sur le sol béninois, rencontré un accueil remarquablement chaleureux dans tous les deux pays, ainsi qu’une générosité d’esprit particulière.

Peut-être peut-on dire que l’aspect central de ma mission au Bénin et au Togo est la «communion». Le Nonce, où qu’il se trouve, est toujours un signe visible de la communion profonde et personnelle qui existe entre l’Église locale et le Saint-Père.

De même, le Nonce est chargé d’encourager la communion au sein de l’Église, entre les laïcs, les religieux (ses), les prêtres et les évêques. Lorsque cette communion est renforcée, l’Église devient pour tous un exemple de la joie et de l’unité qui viennent du Christ et de sa Parole. Le Pape François a spécifiquement demandé à tous les croyants chrétiens du monde entier d’« offrir un témoignage rayonnant et attrayant de communion fraternelle » (évangelii Gaudium, 99).

Vous entamez votre mission au moment où le Bénin se prépare à célébrer les 50 ans de ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Quelles sont aujourd’hui les perspectives pour une coopération plus fructueuse entre les deux états ?

Dans la Lettre Apostolique établissant la Représentation pontificale au Bénin le 29 juin 1971, le Pape Saint Paul VI parlait de la «paix partagée et tranquille» que cette relation visait à instaurer (AAS 64 (1972), 477).

Au cours des 50 années qui ont suivi, le Saint-Siège et la nation béninoise ont fréquemment collaboré à la recherche de la paix et du développement intégral de chaque personne. Le Pape François a récemment noté que la paix est impossible sans le développement intégral (Fratelli tutti, 235), et c’est ainsi que cette relation sert toutes les personnes.

Cette relation ne fera que continuer à mûrir et à s’approfondir. Les bras du Saint-Siège, c’est-à-dire du Saint-Père lui-même, sont ouverts à tous ; le Pape François a dit que « la joie de l’Évangile est pour tous les hommes : personne ne peut en être exclu » (Evangelii Gaudium, 23). En ce sens, les perspectives d’avenir sont très prometteuses.

Quel message avez-vous à porter au peuple de Dieu au Bénin ?

Le Pape François nous rappelle que « l’être humain est ainsi fait qu’il ne peut vivre, se développer et s’épanouir que ”dans le don sincère de soi aux autres” » (Fratelli tutti, 87 citant Gaudium et spes, 24). Je voudrais encourager toutes les personnes, et en particulier les chrétiens catholiques, à continuer à vivre dans l’esprit de générosité et de fraternité qui est reconnu depuis longtemps comme une marque du peuple béninois.

Le Pape Benoît XVI observait, en 2011, que « le Bénin est un pays aux traditions anciennes et nobles. Son histoire est significative. […] L’Église, pour sa part, offre sa contribution spécifique. Par sa présence, sa prière et ses diverses œuvres de miséricorde, notamment dans le domaine de l’éducation et de la santé, elle souhaite donner le meilleur d’elle-même à tous. […] Que Dieu bénisse le Bénin ! » (18 novembre 2011).

   « La coopération entre les deux états est au beau fixe »

(Entretien exclusif avec Aurélien Agbénonci, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération)

Propos recueillis par Serge BIDOUZO & Florent HOUESSINON

Je voudrais, d’entrée, souligner que les relations entre le Bénin et le Saint-Siège sont très bonnes. Ce partenariat, formalisé entre les deux pays en 1971 par l’établissement de leurs relations diplomatiques a, à son actif, d’excellentes notes qui démontrent la profondeur de notre coopération au plan politique, au plan juridique ainsi que dans le domaine du développement.

S’agissant de nos relations au plan politique, le Bénin a eu le privilège, comme peu d’états en Afrique, d’avoir accueilli sur son sol, à trois reprises, durant ces cinquante années, deux Souverains Pontifes.

évoquant ici la mémoire de Feu Cardinal Bernardin Gantin, je voudrais particulièrement insister sur le fait que ce digne fils du Bénin a, par sa notoriété, œuvré au resserrement des liens d’amitié et de coopération entre le Bénin et le Vatican. Il n’est pas excessif de dire que l’évocation de son nom donne une indication sur la nature des liens qui peuvent exister entre le Bénin et le Vatican.

Je m’en voudrais, sur le chapitre de notre coopération, au plan politique, de ne pas faire mention ici de la visite officielle au Vatican, le 18 mai 2018, de Son Excellence Patrice Talon, président de la République du Bénin, mission au cours de laquelle il a eu de fructueux échanges avec Sa Sainteté le Pape François.

Pour illustrer la bonne qualité des relations qui lient le Bénin et le Vatican, je voudrais partager avec vous que j’aurai dans les tout prochains jours, un entretien téléphonique avec son Excellence Révérendissime Paul Richard Gallagher, Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les états. Ledit entretien nous permettra de donner un cachet particulier à la célébration des cinquante années d’établissement de nos relations diplomatiques.

Au plan juridique, les relations entre les deux pays se sont renforcées également le 21 octobre 2016, grâce à la signature d’un Accord-Cadre entre le Bénin et le Saint-Siège, relatif au statut juridique de l’église catholique au Bénin. Cet Accord, entré en vigueur, le 23 août 2018, après l’échange des instruments de ratification entre les deux Parties, formalise le cadre dans lequel l’église catholique peut opérer au Bénin en toute quiétude.

Dans le domaine de la coopération qui lie les deux Parties sur les questions de développement, je voudrais relever ici l’accompagnement substantiel qu’apporte au Bénin le Vatican, à travers différentes structures religieuses, dans le cadre de l’éducation aux valeurs, de l’instruction, de l’appui à la formation technique et professionnelle et du social, avec l’accent particulier qui est mis sur la prise en charge des couches les plus défavorisées.

à tous ces acquis de notre coopération, je voudrais ajouter le dialogue permanent que nous entretenons avec le Saint-Siège, et qui nous permet d’échanger au plus haut niveau, des vues sur diverses questions relatives aux grands enjeux du monde contemporain.

Au total, je peux affirmer avec conviction et satisfaction que 50 années après la formalisation des relations diplomatiques entre le Bénin et le Vatican, la coopération entre les deux états est au beau fixe, et réitérer ici la volonté du Gouvernement de Son Excellence Patrice Talon, d’œuvrer à sa dynamisation et à son renforcement.

J’évoquerai justement avec mon homologue de la Secrétairerie d’état du Saint-Siège, au cours de notre prochain entretien téléphonique, les perspectives que le Bénin entrevoit aux fins d’une coopération encore plus fructueuse avec le Vatican.

Je peux déjà dire ici que la volonté du président Patrice Talon est de travailler à la consolidation de ces relations, dans des domaines d’intérêt communs, tels que la promotion de l’éducation, la formation des jeunes dans des domaines de savoirs techniques et professionnalisants, la promotion et la défense des droits des couches les plus défavorisées, en contribuant davantage à leur mieux-être.

L’ambition du Bénin est donc de construire avec le Vatican, des modèles de partenariat qui prennent en compte ces différentes questions sur lesquelles traditionnellement, l’église catholique se positionne.

L’efficacité dans la discrétion

Le 30 juin 2021 marquera le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Bénin ; moment de célébration et d’action de grâce dans une dynamique rétrospective à visée prospective.

Plusieurs fruits sont à mettre à l’actif de la bonne santé des relations diplomatiques entre le Bénin et le Saint-Siège. Il convient de graver en lettres d’or la date du 21 octobre 2016 qui marque la signature par le Bénin et le Siège Apostolique, de l’Accord-Cadre à travers lequel la République du Bénin reconnaît et garantit à l’Église catholique, en ses différents rites, le libre exercice de sa mission apostolique, en particulier pour ce qui concerne le culte, le gouvernement de ses fidèles, l’enseignement sous toutes ses formes, les œuvres de bienfaisance et les activités des associations et des institutions dont il sera traité aux articles 13 et 16 du présent Accord (n°5). Il faut dire que cet Accord historique est l’aboutissement de plusieurs années de longues concertations entre les deux Parties. Il ne reste que la finalisation des travaux juridiques complémentaires pour la mise en œuvre pratique des dispositions dudit Accord en ce qui concerne les œuvres sociales de l’église catholique et de ses diverses institutions dans les domaines de l’éducation, de la santé et du soutien aux plus déshérités.

Mais les fruits les plus importants de la coopération entre le Saint-Siège et le Bénin sont plus discrets et plus prégnants. Ils résident certes dans la mission d’évangélisation et de transformation des cœurs, mais aussi dans la promotion du bien-être matériel, moral et spirituel de la personne humaine. Tout ceci se fait au quotidien dans les dix diocèses du Bénin, sous la houlette de l’Esprit Saint et loin des foyers des caméras.

En remontant le cours du temps, on découvre que c’est en 1948 que fut créée une Délégation du Saint-Siège pour toute l’Afrique occidentale. à partir des années 1970, le Vatican a commencé par établir des relations diplomatiques avec plusieurs pays de la sous-région. Ce sera le tour du Bénin ou plus précisément du Dahomey, le 30 juin 1971. Depuis lors, plusieurs légats pontificaux se sont régulièrement succédés à l’animation de cette relation diplomatique bilatérale, jusqu’à l’actuel Nonce Apostolique, Mgr Mark Gerard Miles, nommé le 5 février 2021, Nonce Apostolique près le Bénin et le Togo par le Pape François. Il n’est pas anodin de souligner que depuis 2002, le Bénin abrite la Nonciature pour le Bénin et le Togo. Longue vie aux relations diplomatiques entre le Bénin et le Saint-Siège !

Père éric Okpèïtcha

Directeur de la Cellule de communication de la Conférence épiscopale du Bénin

« L’avenir dépendra de la mise en œuvre de l’Accord-Cadre »

En ma qualité de premier Ambassadeur résident du Bénin près le Saint-Siège, ma feuille de route comportait deux éléments principaux : l’ouverture de la mission diplomatique et l’invitation du Saint-Père à visiter le Bénin à l’occasion des 150 ans d’évangélisation au Bénin. Avant ma mission à Rome, les chefs de mission diplomatique qui ont représenté le Bénin près le Saint-Siège l’ont fait soit de Bruxelles (en 1973, puis de 1977 à 1997 et de 2003 à mars 2010), soit de Bonn (de 1974 à 1976 et de 1998 à 2002). 

Le bilan de la coopération entre les deux états peut se faire à trois niveaux. D’abord, en sa qualité d’acteur global et de puissance morale, le Saint-Siège a collaboré avec le Bénin dans la négociation de nombreuses conventions, comme c’était le cas de la Convention sur le commerce des armes conventionnelles. En sa qualité d’église, le Saint-Siège a ensuite organisé plusieurs missions et visites au Bénin. Il s’agit notamment des visites du Saint-Père, des nombreuses visites de prélats à diverses occasions (Cardinal Giuseppe Bertello au pèlerinage de Dassa en 2013, Cardinal Robert Sarah au pèlerinage de Dassa en 2015, Cardinal Jean-Louis Tauran pour une Conférence sur le dialogue interreligieux en 2014), la facilitation du Nonce apostolique, Mgr Brian Udaigwe, au profit d’une passation pacifique de pouvoir au Bénin en 2016.

En sa qualité de protecteur de l’église au Bénin, le Saint-Siège a négocié et signé un Accord-Cadre fixant le cadre juridique des relations entre le Saint-Siège et la République du Bénin, ainsi qu’entre l’état et l’église au Bénin. L’Accord-cadre prévoit en son article 18, paragraphe 1er, que « le Saint-Siège et le Gouvernement de la République du Bénin s’accordent pour régler par voie diplomatique toutes les difficultés qui pourraient surgir de l’interprétation et de l’application des dispositions contenues dans l’Accord ». Pour sa mise en œuvre effective, l’Accord-Cadre doit encore faire l’objet d’une appropriation de la part de l’église et des services de l’état.

L’avenir des relations diplomatiques entre le Bénin et le Vatican dépendra de deux facteurs : la politique étrangère du Bénin et la mise en œuvre de l’Accord-cadre. Le Bénin vient de fermer quelques-unes de ses ambassades, dont celle près le Saint-Siège, pour des raisons économiques. En principe, cela ne devrait pas être un obstacle pour l’avenir des relations diplomatiques, étant donné qu’il n’y a pas rupture des relations diplomatiques.  

Dr Théodore C. Loko

Premier Ambassadeur résident du Bénin près le Saint-Siège

Related Posts