juin 23, 2021
Jeunesse

Jeune, comment te comportes-tu sur le marché ?

Tout est si commercialisé aujourd’hui que la tendance risque de faire disparaître les valeurs humaines. Consommer fait partie de notre quotidien, mais que faire pour que cela n’enlève pas à la vie, son côté humain ? Le père Janvier Azonhahin, économiste et prêtre de l’archidiocèse de Cotonou, nous répond.

(Réalisation : Monaliza HOUNNOU)

1° Qu’entend-on par « économie de marché » ?

L’économie de marché dé- signe un système écono- mique où les décisions de pro- duire, d’échanger et d’allouer des biens et services rares, sont déterminées majoritairement à l’aide d’informations résultant de l’offre et de la demande telles qu’établies par le libre jeu du marché. C’est aussi un système

dans lequel les agents écono- miques (entreprises, individus) ont la liberté de vendre et d’ache- ter des biens, des services et des capitaux. L’économie de marché implique donc que chacun agisse en fonction de ses intérêts : le profit, considéré positivement, y figure comme la récompense du risque. En effet, une véritable

économie de marché se caracté- rise par l’absence d’intervention de l’État dans les décisions des particuliers et des entreprises : la primauté du contrat par rapport à la loi, des taxes faibles et le Code du travail réduit, voire inexistant. Pour les défenseurs de ce sys- tème, un tel « laissez-faire » favo- rise la croissance économique.

2°  Quelles sont les techniques utilisées par la société de consommation ?

Une société de consomma- tion renvoie à l’idée d’un système économique et social fondé sur la création et la sti- mulation systématique d’un désir de profiter de biens de consommation et de services, dans des proportions toujours plus importantes. Les tech- niques du marketing et de la publicité sont donc utilisées par les cadres d’entreprise pour pousser leur clientèle à acheter au-delà de leurs besoins. Ain- si, les biens sont conçus pour

avoir une courte durée de vie par le biais de l’obsolescence programmée et de l’innovation. Ceci, de sorte à renouveler régu- lièrement la consommation, et donc la production. Toutes les mesures sont alors prises dans le monde actuel pour que le désir de consommer l’emporte sur toute considération éthique. De ce fait, le concept de société de consommation, caractérisé par le commerce à outrance, est ordinairement associé à une conception du monde étroite-

ment matérialiste, individualiste, marchande et adepte du progrès technique. Un monde qui privilé- gie les intérêts sur le court terme et les plaisirs éphémères au détri- ment de l’écologie et des rela- tions sociales. Et pour que cette société soit effective, l’objectif visé dans les milieux politiques et économiques est la croissance économique. Dès lors, l’aug- mentation du pouvoir d’achat et le partage des richesses de- viennent les principaux motifs de compétition entre les individus.

3° Que doit faire un jeune chrétien pour sauvegarder les valeurs humaines ?

Nous avions dit plus haut que dans l’économie de marché, chacun agit en fonc- tion de ses intérêts, et que le profit considéré positivement y figure comme la récompense du risque. Nous avons aussi notifié que la société de consommation est associée à une conception du monde étroitement matéria- liste, individualiste, marchande. Cette forte commercialisation fait forcément prédominer le facteur argent sur le facteur hu- main. Et ainsi, ce système éco- nomique contribue à déshuma- niser l’Homme. Or, la Doctrine

sociale de l’Église est focalisée sur l’humanisation des personnes, qu’on pourrait définir comme le processus permettant à chaque individu de s’accomplir en tant qu’Homme, et de trouver pleine- ment sa place dans la marche du monde. Eu égard à cela, tout sys- tème économique devrait tenir compte du respect et de la dignité de la vie humaine : deux bases es- sentielles de la Doctrine sociale de l’Église. Ne devons-nous pas pas- ser à une économie planifiée ? Car, une économie de marché s’oppose à une économie planifiée dans laquelle toutes les grandes déci-

sions sont prises par l’État. Aussi, la répartition inégale des revenus via les inégalités crois- santes entre riches et pauvres est-elle le grand inconvénient d’une économie de libre mar- ché. En réalité, tout système doit pouvoir tenir compte de l’Homme et de tout l’Homme, avec ses conditions sociales et sociologiques. Le jeune chré- tien doit prendre conscience de cela et ne pas se laisser fasci- ner par les offres de la société de consommation, en discipli- nant ses désirs et ses besoins.

Quel est le sens du mot ”Évangile”?

Étymologiquement, ”Évangile” signifie « la Bonne Nouvelle ». Dans la langue classique, c’est la récompense ou l’action de grâce suite à une bonne nouvelle. L’annonce prophétique du règne définitif de Dieu à travers la restauration d’Israël et l’avènement du Messie constituent la Bonne Nouvelle, par excellence (Is 40, 9. 52, 7. Mt 11, 5. Lc 4, 18).

Avec la venue du Christ, le mot ”Évangile” revêt le sens du Salut apporté par le Christ. Ce message sera constitué par l’enseignement de Jésus lui-même, et sa proclamation dans la prédication des disciples (Mc 16, 15). L’Évangile, c’est donc l’exposé théologique énonçant la façon dont Dieu se rend historiquement proche de l’humanité en Jésus-Christ.

Père Théodore AGBOZO

Related Posts