juin 23, 2021
Dossier

LEADERSHIP FEMININ EN PERIODE DE COVID-19 La résilience des femmes du Mccpp

Les femmes du Mouvement catholique des cadres et personnalités politiques (Mccpp) du diocèse de Cotonou ont organisé le dimanche 25 avril 2021 au Centre Paul VI, une rencontre sur le leadership et le rôle de la femme catholique en période de Covid-19. C’était une occasion de partage d’expériences sur la vie professionnelle, l’engagement politique et les stratégies utilisées par les femmes catholiques pour atténuer les effets de la crise sanitaire dans leurs milieux de vie.

►   Vivre pleinement de la grâce baptismale

C’est à travers une messe présidée par le père Pierre Tidjani, aumônier diocésain du Mouvement catholique des cadres et personnalités politiques, que la rencontre des femmes du Mccpp a démarré. Trois communications et un panel sont les temps forts des échanges dédiés à la célébration de la Journée internationale des droits des femmes.

Les femmes catholiques du Mccpp sont venues très nombreuses de la plupart des paroisses de Cotonou pour écouter leurs sœurs et aînées sur leurs expériences à divers postes de responsabilité. Au cours de la messe qu’il a célébrée en cette matinée du 25 avril 2021, le père Pierre Tidjani a d’abord interpellé la vocation baptismale de chaque femme catholique. « Vivons-nous pleinement de notre foi ? », s’est-il interrogé. Selon le père Tidjani, « on ne peut vivre comme chrétien à moitié. On l’est totalement et pleinement ». Dans l’église, la vie consacrée est alors un signe de la radicalité de la vie chrétienne. « Celles et ceux qui répondent à l’appel du Christ à se consacrer entièrement à lui et à l’évangile, rappellent à chacun qu’il doit vivre pleinement dans toute son existence du don reçu au baptême », a-t-il ajouté. Après la messe, l’allocution de bienvenue de Mme Florentine Adjagba Gnansounou, Coordonnatrice diocésaine du Mccpp, a introduit trois interventions, dont deux communications présentées respectivement par le père Alain Dosseh et Mme Agnès Avognon Adjaho.

Engendrement et gouvernement de l’église

L’allocution du père Nathanaël Soédé, aumônier national du Mouvement catholique des cadres et personnalités politiques, a mis en exergue l’être fondamental de la femme : l’engendrement. « Ce qui devrait être premier, ce n’est pas d’abord de respecter les droits des femmes. Mais il faut respecter les femmes pour ce qu’elles sont. Sans cela, on ne peut pas fonder le respect des droits des femmes, ni œuvrer pour leur leadership dans la cité », a-t-il déclaré. Dans sa communication sur « les droits des femmes selon la Doctrine sociale de l’église », le père Alain Dosseh, professeur de Théologie morale, a montré que les droits des femmes sont des droits humains. Selon lui, « la femme a un incomparable pouvoir sur la vie quotidienne. Son leadership est le droit de faire éclore la vie ». à travers la figure de personnages bibliques féminins, le père Dosseh a fait remarquer que « le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale ». « La question des droits des femmes n’est pas seulement une question d’acquisition des droits légaux. C’est aussi un chemin de se frayer la place de sa féminité, hors du féminisme militant dans la société », fait remarquer Mme Agnès Avognon Adjaho, ancien Ambassadeur du Bénin près le Saint-Siège. Sa communication sur « la situation du leadership féminin en Afrique en général et au Bénin en particulier : état des lieux et perspectives », a révélé qu’« à l’échelle mondiale, il y a 26 femmes dont 10 chefs d’état, 14 Premiers ministres et 2 vice-présidentes, sur les 195 états indépendants que comptent les Nations Unies ». « Il y a une réalité des chiffres qui pose le problème de la non-présence des femmes, et qui laisse à penser que ce n’est pas la valeur et la qualité des femmes qui manquent dans les pays ni dans le monde », se désole-t-elle. Cependant, Mme Adjaho note une avancée notable dans l’insertion des femmes dans le gouvernement de l’église : « En 2020, le Pape François a nommé six femmes comme expertes au Conseil pour l’économie du Vatican. Au niveau du dicastère pour le service humain intégral, il a nommé une femme comme numéro 2 ». « Le complexe muséal du Vatican est dirigé par une femme depuis janvier 2017. Au niveau de la diplomatie du Saint-Siège, c’est une femme qui est chargée des relations avec les états. Le Pape François vient de nommer membre du Synode des évêques avec droit de vote, une Française », a-t-elle conclu.

Florent HOUESSINON

► Faire le combat pour une vie de témoignage

 « Le leadership ne doit pas causer des frustrations »

La femme catholique, de par sa foi, est prédisposée à tout ce qui est justice, paix et développement. Elle n’est pas à la recherche d’une récompense spécifique. Elle est à la quête d’un témoignage à travers son leadership. Et ce leadership ne doit pas causer des frustrations. Nous avons été baptisées dans l’église. Nous devons alors être dans nos milieux de vie, la lumière et le témoin de l’évangile.

Le leadership peut être soit spontané, soit acquis à travers des expériences, le militantisme et la vocation. On ne saurait apprécier le leadership de la femme catholique sans son engagement dans la cité. S’engager, c’est se mettre au service des autres. C’est à travers cet engagement à servir une cause, à défendre et faire connaître la cause elle-même, que les autres vous renvoient l’image de votre capacité à les diriger.

Marie Josée Zinzindohoué, Présidente de la Haute Cour de Justice

« La Covid-19 a également impacté la vie communautaire »

L’église dans le Droit canonique n’interdit pas à la femme catholique d’exercer une fonction politique. Elle l’encourage comme baptisée à embrasser cette fonction, alors qu’elle est interdite aux clercs et aux âmes consacrées. C’est dire que la politique est un lieu de compétence réservé aux fidèles laïcs qui se doivent d’assumer cette obligation canonique.

La Covid-19 a également impacté la vie communautaire et fraternelle dans les congrégations. Ce ne sont pas les exigences de notre état (pauvreté, chasteté, obéissance) qui nous pèsent le plus. La pandémie a amené les responsables de famille religieuse à prendre des dispositions pour respecter les mesures barrières : chacun devrait avoir son couvert, prier seul et s’isoler. La vitrine de vie fraternelle attendue par l’Eglise prenait ainsi un coup. Donc, nous avons dû revoir certains principes à l’interne sans manquer de respecter les mesures officielles. Il nous a été difficile d’appliquer à la lettre les recommandations de la Conférence des supérieures majeures.

Sœur Lydie Djivoédo, Ocpsp

« Soufflons aux oreilles de nos hommes de bons conseils pour faire baisser les tensions »

La pandémie de la Covid-19 est venue tout ébranler dans le monde, notamment dans le secteur de la santé qui a été durement touché. Les enfants sont moins atteints que les adultes, certes. Mais au cours de cette deuxième vague que notre pays connaît, des cas pédiatriques sont enregistrés. Il nous a fallu nous organiser pour nous protéger et pour protéger les patients. Dans ma clinique, nous avons envoyé en formation deux agents pour apprendre à faire le prélèvement pour le dépistage par Pcr. Désormais, ma clinique est outillée pour ce dépistage. Les mesures pour réduire au maximum la contamination ont été mises en place. Ceci a nécessité des engagements financiers sans aucune aide de l’état pour le secteur privé, alors que nous avons subi au début de la pandémie, une désertion quasi-totale des structures sanitaires. Avec cette pandémie, le rapport à l’autre s’est vu changer. Notre salle d’attente qui était un endroit ludique où les enfants pouvaient jouer entre eux en attendant leur tour de consultation, a dû être vidée de tous ses jouets, mettant ainsi en mal le vivre-ensemble qui constitue déjà un début d’éducation pour nos petits-enfants. Cette pandémie a bouleversé le monde à tous les niveaux : sanitaire, économique, financier et social. Les mesures de distanciation et le confinement créent de véritables troubles dans les familles. Les foyers sont perturbés, les inégalités sont plus accentuées. La femme, une fois encore, se retrouve au premier plan dans ce chaos sanitaire. En ce moment très difficile que notre pays traverse sur le plan politique, soufflons aux oreilles de nos hommes, tous bords confondus, de bons conseils pour faire baisser les tensions. Nous devons nous investir pour créer une société apaisée pour nos enfants, nos conjoints, nos frères et sœurs en humanité et pour nous-mêmes.

Eliane Hounsa, Chef d’entreprise, Pédiatre

« Il ne faut pas avoir peur de prendre des responsabilités »

En tant que femme, il faut avoir confiance en soi-même, affirmer son opinion, s’affirmer soi-même et défendre son droit sans empiéter sur ceux des autres. La femme catholique de la fonction publique doit respecter les deux lois, à savoir : aimer Dieu et aimer son prochain. En un mot, il faut savoir allier la compétence, le leadership et faire asseoir tout cela sur l’amour, la conscience professionnelle et sur des valeurs non négociables de la fidélité et de la pratique de sa foi. Il faut savoir aussi gérer les conflits. Au titre des difficultés que nous rencontrons, il y a des coups bas de la part des collègues et des collaborateurs. Parfois, il y a les injonctions des supérieurs qui vous poussent à céder à des injustices. Il faut s’engager et ne pas avoir peur de prendre des responsabilités.

Au cours de ma carrière, j’ai compris que pour réussir, il faut non seulement avoir la compétence, savoir respecter les normes, mais surtout, il faut avoir la capacité d’amener les collaborateurs à adhérer à l’objectif et à les faire contribuer à sa réalisation, tout en laissant à chacun la liberté de jouer le rôle qui est le sien, et d’être en bonne intelligence avec les collègues. à ces qualités, il faut avoir certaines valeurs morales et savoir résister aux pressions politiques, sociales et familiales.

Christiane Omichessan, Ancien ministre des Travaux publics

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