juin 23, 2021
Dossier

ACQUISITION DE VACCINS CONTRE LA COVID-19 : L’Afrique subsaharienne toujours à la remorque

Alors que la vaccination contre le Covid-19 a démarré dans la plupart des pays d’Europe et des Amériques, les pays africains, touchés par une deuxième vague, ont de la peine à mener leurs propres campagnes. Les dirigeants africains font face à l’offensive des pays riches membres du G7 qui se sont adjugés les premières doses de vaccin contre l’appel à la solidarité lancé par l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Mais malgré cette morosité apparente, certains pays du Continent comme le Ghana, l’Afrique du Sud et le Sénégal, se mobilisent pour des campagnes de vaccination massive.

►  Une course effrénée aux vaccins

Les pays riches s’arrachent les premiers flacons

Toutes les statistiques sur le taux de létalité présentaient l’Afrique subsaharienne comme très exposée au Coronavirus. Effet du hasard, la région a été moins durement frappée comparativement aux taux élevés de contamination et de décès enregistrés dans les pays européens et dans les Amériques. Aux Usa, la barre des 500.000 morts vient d’être franchie. Malheureusement, l’Afrique vient également de passer la barre des 100.000 décès suite à l’apparition d’une deuxième vague de contamination causée par la présence des variants anglais au Nigeria et en Afrique du Sud.

La loi des plus riches

Au lendemain de l’homologation des vaccins mis sur pied par les laboratoires Pfizer-BioNtech, Kovivak, Sinovac et AstraZeneca/Oxford, une course a été engagée. Les premières commandes enregistrées sont celles venues du regroupement informel des sept économies les plus avancées du monde (G7), à savoir l’Allemagne Fédérale, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni. Selon un bilan de l’Agence France Presse (Afp), publié le samedi 20 février 2021, 200 millions de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées dans au moins 107 pays ou territoires, dont 45% dans les pays riches du G7. « Trois millions de vaccins sont distribués en Afrique. Nous sommes encore très loin du compte. La promesse de solidarité internationale a fait défaut », déplore Dr Richard Mihigo, coordinateur de l’immunisation et du développement de vaccins au Bureau Régional Afrique de l’Oms à Brazzaville au Congo. En effet, pour rendre égales les chances d’acquisition du vaccin, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) a établi un protocole d’autorisation d’utilisation d’urgence qui permet d’évaluer la qualité, l’innocuité et l’efficacité des vaccins contre le Covid-19, en proposant que les vaccins soient un bien commun mondial (Global Public Good). « Le Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le Covid-19 (Accélérator Act) et le Mécanisme Covax, son axe de travail consacré aux vaccins, doivent être intégralement financés pour que les pays à revenu faible et intermédiaire disposent des fonds et de l’appui technique requis pour déployer et administrer les vaccins », relève la déclaration conjointe d’Henrietta Fore, directrice générale de l’Unicef, et du Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Oms, le 10 février 2021. Cependant, sur les 128 millions de doses de vaccin administrées jusqu’à présent, plus des trois quarts sont allées à une dizaine de pays qui comptent pour 60% du Pib mondial, et la pénurie les amène à en demander davantage pour remplir les stocks.

Le Ghana, premier pays pauvre à recevoir la première livraison de vaccins Covax, le mercredi 24 février 2021

La générosité soudaine de la Chine

À l’été 2021, six nouveaux vaccins sont annoncés. Le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, le Ghana et le Nigeria ont été identifiés comme des pays à forte capacité de production du vaccin contre le Covid-19. Mais le pari scientifique apparemment gagné par les chercheurs occidentaux, la lenteur du transfert de technologie, la question de l’offre et du prix des brevets réduisent les chances pour l’Afrique de produire son propre vaccin. Cette situation profite à la Chine qui a multiplié l’envoi de plusieurs millions de doses sur le continent. Une générosité que certains Africains qualifient de soudaine et d’opportuniste. Jugement qui peut paraître surprenant. Pendant que le Rwanda, le Sénégal, le Maroc et le Zimbabwe se lancent non sans difficultés dans une campagne de vaccination de leur personnel médical, les dirigeants de la Tanzanie doutent encore de la vaccination et remettent en cause l’existence du Coronavirus. Le Madagascar, quant à lui, rejette le dispositif Covax. Parmi les nations les plus défavorisées de la planète, le Ghana est le premier pays à bénéficier du dispositif Covax avec 600.000 flacons d’AstraZeneca envoyés à Accra le mercredi 24 février 2021. Pays africain officiellement le plus touché, l’Afrique du Sud, qui a rapidement mené une vaste campagne de tests, compte désormais 1,5 million de cas et près de 48.500 morts (chiffre publié le 20 février 2021). Le vaccin d’AstraZeneca utilisé en début de campagne de vaccination a été remplacé par celui commercialisé par l’entreprise pharmaceutique américaine Johnson & Johnson. Selon le Professeur Christophe Rapp, infectiologue à l’Hôpital américain de Paris (Neuilly), président de la Société française de médecine des voyages, « le vaccin fourni par la société Johnson & Johnson serait plus pratique pour l’Afrique dans son schéma d’administration en une dose ». L’Union africaine a commandé des doses pour certains pays africains. Mais il reste à relever le défi lié à la logistique pour la conservation des vaccins. « C’est le respect des gestes barrières qui nous protègera. Lavons-nous régulièrement les mains, portons les masques. Ces gestes ne doivent pas être anecdotiques », rappelle Dr Richard Mihigo, coordinateur de l’immunisation et du développement de vaccins au Bureau Régional Afrique de l’Oms à Brazzaville au Congo.

►  Une flambée de la pandémie au sein de la jeunesse béninoise

«  Il est important de porter à votre connaissance une situation qui mobilise le corps médical ces derniers jours. Il s’agit de cas graves et de décès enregistrés dans le rang des sujets jeunes et a priori sans antécédents médicaux ». C’est une récente déclaration de Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé du Bénin, relayée par la presse nationale le 11 février 2021 et qui a remis sur le tapis, la question de la circulation du virus dans le pays. Après la levée du cordon sanitaire et la reprise de l’activité économique en juillet 2020, les Béninois ont en général négligé l’observance des gestes barrières. Bavette au menton, dispositifs de lavage de mains rangés dans certaines sociétés, distanciation sociale brisée dans les marchés et relâchement dans la campagne de sensibilisation constituent autant de fausses notes. Dans les écoles, collèges et lycées, le personnel administratif éprouve des difficultés à faire respecter rigoureusement les mesures en vigueur. La rigueur imposée par la Police républicaine aux taxis-villes et aux bus en provenance de Porto-Novo pendant le cordon sanitaire, semble officieusement levée avec des bus qui ont repris les surcharges d’antan. Les rassemblements de foule du début d’année lors des meetings politiques sont également des pistes à explorer quand il s’agit d’identifier les causes de la flambée de la pandémie au Bénin. « Dans le souci de maîtriser la situation épidémiologique, il est plus que jamais impérieux que les dernières mesures prescrites par le Gouvernement fassent l’objet d’un respect strict. Il s’agit notamment de l’interdiction des manifestations festives ou autres rassemblements non encadrés à grands effectifs », précise Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé.

Florent HOUESSINON

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