décembre 5, 2021
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PRESIDENTIELLE D’AVRIL 2021 AU BENIN : La candidature de Talon relance l’escroquerie politique

Au terme de sa tournée nationale de reddition de comptes, le président Patrice Talon a annoncé le 15 janvier dernier son intention de succéder à lui-même. Les agitations de mouvements et associations qui ont suivi cette déclaration de candidature portent la trame d’escroquerie à plusieurs facettes.

Depuis l’annonce de sa candidature pour la présidentielle du 11 avril 2021, il ne se passe d’heures où le président Talon n’enregistre de soutiens. Ces derniers jours ont été riches en événements et meetings pour accompagner le chef de l’État sortant dans cette aventure. Mais avant cette adhésion soudaine de plusieurs mouvements et associations, il est important de noter les discours élogieux tenus par les principaux partis de la mouvance présidentielle (L’Union progressiste, le Bloc républicain, Moele-Bénin, etc.) pour ne citer que ceux-là.  Dès l’annonce de la décision du président sortant, l’euphorie était grande pour les leaders de ces partis qui ont vu en l’acte posé par Talon, une délivrance. À leur suite, les responsables des associations, des mouvements, des regroupements politiques et des individus sont montés au créneau pour saluer la décision du président de la République. Ils peuvent tous tenir à une chaîne. On peut citer entre autres : Perspectives Talon 2021, La Dynamique continue, Mouvement “Finissons le job”, les Bataillons de Patrice Talon, les Forces engagées pour le Bénin, etc. Une Kyrielle de mouvements de soutien aux discours variés avec une constance : « se mettre en ordre de bataille pour un KO retentissant à Patrice Talon au soir de la présidentielle du 11 avril 2021 ».

En vérité, la multiplication des agitations que l’on observe depuis quelques jours en faveur de la candidature de Talon ne sont pas nouvelles. Ce spectacle revient chaque fois qu’un président en exercice veut rempiler. Mais à y voir de près, les mouvements d’adhésion au chantre de la Rupture appellent quelques observations, d’autant qu’ils frisent beaucoup plus l’escroquerie. Et pour s’en convaincre, quelques éléments. D’abord, on peut ranger les soutiens à la candidature du président sortant en trois catégories.

La première est composée des dinosaures de la classe politique. Ils étaient là depuis l’historique Conférence des forces vives de la Nation. Ils ont créé et animé des partis politiques incapables de prendre et d’exercer le pouvoir jusqu’à nos jours. Un à un, leurs partis ont disparu de l’échiquier politique national. Résultat : le seul moyen pour les leaders de ces partis est de se jeter dans les bras du président Talon pour continuer de bénéficier des faveurs qu’il leur accordait alors qu’il n’était même pas encore président. Et ça n’a pas raté avec la création des deux grands partis de la mouvance (Up et Br) qui regorgent des politiciens de tous les temps. Leur acharnement et soutien inconditionnel à la candidature de Talon sont sans doute mus par la sauvegarde de leurs intérêts personnels et égoïstes.

La deuxième catégorie de ces inconditionnels de Talon qui ont pris d’assaut les réseaux sociaux est constituée d’anciens ministres et des cadres ayant occupé antérieurement d’importants postes de responsabilité. Ils ne peuvent faire autrement que de se donner dans l’escroquerie en s’improvisant griots du président sortant. Car profitant de leur ancienne position, ils se sont créés entre temps de façon ostentatoire des charges qu’ils sont incapables d’assumer aujourd’hui. Ils sont détenteurs de biens immobiliers à Cotonou, Calavi ou ailleurs. Certains traînent même des casseroles. D’où la raison d’être du soutien à Talon de ces cadres en quête de couverture politique. À travers des émissions radio-télévisées et des conférences de presse, ils rivalisent d’imagination pour peindre au mieux les actions du Gouvernement. La finalité, c’est de s’attirer les bonnes grâces du chef de l’État et tirer les profits subséquents.    

La troisième catégorie est composée de ces jeunes politiciens parfois instrumentalisés. Autrefois pourfendeurs de Talon, ils sont à présent les meilleurs défenseurs de la Rupture. À longueur de journée, sur les réseaux sociaux, ils ne tarissent pas d’éloges à l’endroit de Patrice Talon. Leur seul souci est de se faire remarquer pour tirer leur épingle du jeu avec des positionnements à tel ou tel poste. Parmi eux, certains espèrent se mettre à l’abri des prévarications éventuelles dans lesquelles ils seraient mêlés. 

En définitive, à moins de trois mois du premier tour de la présidentielle de cette année, les mouvements de soutien à la candidature du président Talon flambent. Tous se réclament des soutiens inconditionnels. Mais il est évident que la conviction y est fort peu au regard des agitations qui caractérisaient ces mouvements et associations. Comparables à de véritables paniers à crabes, leur durée de vie s’arrête certainement, comme c’est souvent le cas, à la fin du probable deuxième mandat qui devrait prendre fin en 2026.

Calendrier électoral de la présidentielle de 2021

●    27 janvier-10 février 2021 : Affichage de la Liste électorale permanente informatisée

●    1er – 4 février 2021 : Lancement de l’enregistrement des déclarations de candidatures à l’élection présidentielle

●    10-15 février 2021 : Publication de la liste provisoire des candidatures retenues 

●    22-23 février 2021 : Publication de la liste définitive

●    22 mars 2021 : Remise du spécimen du bulletin unique aux candidats en lice

●    26 mars-9 avril 2021 : Déroulement de la campagne électorale pour le compte du premier tour de l’élection présidentielle

●    11 avril 2021 : Premier tour de l’élection présidentielle

●    13-15 avril 2021 : Publication par la Céna des résultats provisoires du premier tour de l’élection présidentielle.

●    20 avril-25 avril 2021 : Proclamation et publication des résultats définitifs du premier tour du scrutin par la Cour constitutionnelle

●    26 avril-7 mai 2021 : Campagne électorale, si au terme du premier tour, un deuxième tour s’impose en l’absence de la majorité absolue

●    9 mai 2021 : Deuxième tour du scrutin

●    11-13 mai 2021 : Publication des résultats provisoires du deuxième tour du scrutin par la Céna

●          18-23 mai 2021 : Proclamation et publication des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle.

Alain SESSOU

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