juin 23, 2021
Dossier

BENIN : La situation politique nationale à quelques mois de la présidentielle

À moins de trois mois de la présidentielle du 11 avril 2021, le ciel politique est quelque peu brumeux. Opposition et mouvance s’accusent d’être à l’origine d’une tension en préparation pour diverses raisons. C’est en ce moment qu’il faut rechercher à tout prix la paix sociale en vue de la consolidation de la démocratie.

►  Les évêques du Bénin appellent à la prière et à l’espérance


Mgr Eugène Houndékon, porte-parole des évêques du Bénin, présente le comminiqué final de leur session aux acteurs des médias

La Cellule de communication de la Conférence épiscopale du Bénin a organisé le vendredi 22 janvier 2021, une conférence de presse au cours de laquelle, Mgr Eugène Cyrille Houndékon, évêque d’Abomey, a présenté le communiqué final de la session ordinaire plénière de la Conférence épiscopale du Bénin. Au regard de la situation sociale et politique, les évêques lancent un appel au jeûne et à l’espérance.

Après avoir lu le communiqué final issu des travaux des évêques le 22 janvier 2021 et face à l’insistance des journalistes de savoir la position de l’Église du Bénin sur la question du parrainage voire de la loi électorale, Mgr Eugène Cyrille Houndékon a dû faire une clarification : « La Conférence épiscopale du Bénin représente une autorité morale. Elle n’est pas une autorité politique et ne fait pas partie des décideurs du pays. Mais son avis compte ». En effet, au cours de sa session ordinaire plénière, les évêques du Bénin ont partagé l’inquiétude des Béninois sur le plan social avec l’augmentation de la pollution sonore et la recrudescence des accidents de circulation. À ce sujet, ils souhaitent que « les diverses autorités civiles de notre pays poursuivent avec plus de détermination l’effort de sensibilisation en vue du respect de la législation. Ils encouragent le Gouvernement à poursuivre ses efforts pour l’amélioration du réseau routier ». « La Conférence épiscopale déplore une fois encore le déploiement d’une certaine rhétorique visant à banaliser ou même à déconstruire les acquis de la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990 », relève le communiqué. S’agissant de la tension politique relative au scrutin du 11 avril prochain, les évêques ont invité les différents partis politiques et les institutions impliquées dans l’organisation à dialoguer « franchement en vue d’une élection présidentielle, réellement inclusive, démocratique et transparente ». Ils ont invité l’ensemble du peuple de Dieu et les personnes de bonne volonté « à jeûner et à prier instamment pour la paix et la cohésion entre les fils et filles du Bénin ». Pour ce faire, le Chemin de croix, la récitation de la « prière pour le Bénin », la prière à l’Archange Michel » et « sous l’abri de ta miséricorde » ont été recommandés en plus de la prière à Saint Joseph conclusive de l’Exhortation Apostolique Patris corde.

Florent HOUESSINON

►  « Nous devons cultiver dorénavant une intelligence préventive »

(Entretien avec le père Nathanaël Soédé, Aumônier national des cadres et personnalités politiques)


ère Nathanaël Soédé

À l’approche du premier tour de l’élection présidentielle d’avril 2021, les Béninois s’interrogent sur la possibilité d’une élection inclusive et pacifique. Sur la question, le père Nathanaël Soédé, Aumônier national des cadres et personnalités politiques, évoque les chances pour une élection avec ou sans le parrainage, l’attitude à adopter lors de la campagne et appelle chaque citoyen à observer les recommandations des évêques du Bénin.

Propos recueillis par, Florent HOUESSINON

La situation politique à la veille de l’élection présidentielle d’avril 2021 soulève des questions préoccupantes auxquelles l’Église n’est pas indifférente, notamment la Conférence épiscopale du Bénin (Céb). Je voudrais situer ma réflexion dans le cadre des messages, enseignements et recommandations des évêques du Bénin sur la vie politique de notre pays, notamment au terme de leur Assemblée plénière tenue à Natitingou du 18 au 21 octobre 2020 et à Cotonou du 19 au 22 janvier 2021.

Le problème du parrainage retient vivement l’attention non seulement des citoyens, les acteurs politiques mais aussi nos évêques, avec une sérénité qui est toutefois marquée par moments par des inquiétudes. À Natitingou, la Céb a recommandé que les élections soient « pacifiques, réellement inclusives et démocratiques ». Elle a attiré l’attention de la classe politique sur les dispositions à prendre en lien avec la Constitution du 11 décembre 1990, fondatrice de la démocratie au Bénin et en référence aux acquis de la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990.

Après la décision de la Cour constitutionnelle qui s’est déclarée incompétente face aux requêtes sur le parrainage et la prorogation du mandat du président sortant, nous sommes, sur le plan légal, appelés à aller aux élections avec les nouvelles lois et le parrainage qui prévalent, à moins que la prise en compte des recommandations des Évêques le 22 janvier dernier aboutisse à de nouvelles dispositions de l’État. La Céb a invité à un franc, fraternel et consensuel dialogue, qui peut amener à un plus grand allégement des modalités du parrainage ou à sa suspension provisoire pour favoriser (davantage) une élection présidentielle « pacifique, réellement inclusive et démocratique ». Il s’agira de trouver ou de déterminer la forme de ce dialogue.

L’autre possibilité, c’est que les Institutions de l’État qui en ont encore la compétence, sur la base de l’autorité que leur confère la loi (ou du consensus auquel seront rapidement parvenus les différents acteurs politiques et Institutions impliqués) prennent de nouvelles dispositions pour une plus grande perméabilité du parrainage en vue de favoriser des élections crédibles ou demandent que celles-ci soient prises. Il y a dans le pays des Institutions de l’État qui peuvent encore intervenir, agir ou alors l’Autorité Suprême. Il est possible qu’elles s’écoutent les uns et les autres et prennent une mesure exceptionnelle.

Si les Institutions de l’État parviennent à assouplir les conditions pour que le scrutin soit vraiment inclusif, transparent et apaisé, nous devons en tirer des leçons pour l’avenir. Nous aurons à rendre grâce à Dieu et hommage aux différents Autorités et acteurs de telles mesures, qui auront montré qu’au nom de la paix, de la cohésion sociale et de l’unité nationale, rien ne serait de trop et même la prise de nouvelles dispositions légales qui mettent davantage la loi au service d’une élection inclusive, apaisée et crédible. On aura œuvré au nom de l’esprit de rassemblement, de réconciliation, de pardon mutuel et de paix, quand bien même on peut paraître faible, flexible et ridicule pour les uns. On aura démontré, une fois de plus, qu’au Bénin la crise sociopolitique et les lois que nous votons peuvent amener les Institutions à agir dans le sens de la conciliation et du consensus. Nous saurons alors combien les Institutions de la République mettent tout en œuvre pour parer à tout ce qui peut empêcher la paix dans le pays. De ce point de vue, elles n’auront pas été faibles, mais fortes, plus fortes que toutes les situations qui nous ont conduits à la crise actuelle.

Dans le cas où le parrainage est maintenu en son état actuel, il faut souhaiter vivement, comme promis par le chef de l’État, que les élus, bien qu’ils n’y aient pas des députés issus de l’opposition à l’Assemblée nationale, puissent librement accorder le parrainage aux candidats qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition. De ce point de vue, quand bien même le parrainage serait maintenu, nous aurons des élections « réellement inclusives et démocratiques ». Il faut souhaiter et prier pour que cela advienne si le parrainage et ses modalités actuelles prévalent.

Mais dans le cas où le parrainage serait toujours maintenu et des potentiels candidats de l’opposition ne trouveraient pas, à leur demande, des appuis des députés et/ou maires ou ne les auraient pas sollicités, nous risquons d’avoir une élection présidentielle à laquelle les candidats des partis de l’opposition seraient absents. Ce que personne ne souhaite.

Si nous allons aux élections avec le parrainage, nous devons savoir qu’il y a une situation que nous avons vaincue et prendre conscience, comme citoyens et députés, que nous devons être attentifs aux débats politiques, aux lois que nous votons, etc. Ceux-ci ont des incidences à moyen et à court terme sur la vie sociale, politique, économique du pays. Considérons la crise que nous connaissons au Bénin depuis les élections législatives et que celles municipales n’ont pas pu juguler. Et si jamais, les prochaines élections ne sont pas vraiment inclusives et démocratiques (Céb) et une fête de la démocratie (Chef de l’État, Président Talon), à quoi aurons-nous exposé notre pays, notre beau pays ? Le Cardinal Gantin en clamait en ces termes la grandeur, la présence de Dieu à son histoire ainsi que notre capacité de tout mettre en œuvre pour garantir la paix et la cohésion sociale lorsque nous nous trouvons dans l’impasse : « Dieu aime le Bénin ».

Les élus du peuple sont appelés à ne pas perdre de vue, en aucun moment, que les lois qu’ils votent doivent éviter à l’avenir au peuple toute sorte de crise qui détruit sa cohésion sociale, l’unité nationale, sa culture de vie et de paix, la démocratie participative et la mobilisation de tous pour la construction du bien commun. Il n’est pas certain que les élus aient imaginé les difficultés que nous rencontrons sur la question du parrainage et les formes qu’elles prennent depuis quelques mois dans le pays. Nous devons reconnaître qu’en établissant l’article sur le parrainage, nous n’avons pas pensé à tous les problèmes qu’il générerait. Notre Assemblée nationale doit cultiver davantage l’intelligence préventive dans le vote des lois, et également le peuple dans ses préoccupations égoïstes et ses indifférences aux problèmes de la Nation, ses débats et prises de position politiques partisans, etc. Ceux-ci sont aux origines des ambitions, des visions tactiques, des pratiques et des choix qui sont le creuset des lois qui ne répondent pas pleinement et éthiquement à leur fonction.

Eviter l’esprit partisan

Nous devons prendre conscience que l’esprit partisan qui a fait voter la loi sur le parrainage peut se retrouver chez les citoyens. Il faut alors que les citoyens veillent à ne pas cultiver cet esprit qui consiste à vendre sa conscience ou à voter pour un candidat à coup d’argent et d’intérêts immédiats, selon qu’il est de sa région ou non. Car un tel comportement ne nous permet pas d’être lucide et de faire le choix que la Nation attend de nous, le choix du candidat que nous jugeons compétent pour être député, maire ou pour diriger la destinée de notre pays. Que chacun sache que tout esprit partisan, qui conduit à recevoir de l’argent pour aller à des rassemblements politiques, adhérer à un parti ou voter n’exprime pas le sens de responsabilité. Il peut conduire le pays à des crises ou des options de gens qui voudront récupérer la somme investie lors des campagnes quand ils seront à la tête d’institutions de l’État.

Déjà en 2016, les évêques du Bénin ont interpellé notre conscience sur le fait que faire voter ou voter pour de l’argent est un péché grave. Rechercher ardemment et prendre de l’argent pour voter, c’est vendre le pays à vil et vilain prix. C’est mettre en danger l’avenir du pays. C’est perdre sa propre dignité.

Ceux qui, sur fond de roublerie, prennent de l’argent en sachant bien qu’ils ne voteront pour soutenir un candidat doivent changer de cœur et de comportement. Il leur faut avoir le courage de refuser tout achat de conscience, de l’exprimer fermement, haut et fort, selon les circonstances, à ceux qui deviennent en période électorale, momentanément, des guichets automatiques de distribution de billets.

Je voudrais rappeler encore une autre pensée du Cardinal Bernardin Gantin au sujet de notre pays. Il aimait dire aussi que « nul n’est plus grand que son pays ». Nous devons savoir que notre pays est grand ; nous ne pouvons pas nous élever, citoyen, acteur politique au-dessus de lui pour en faire en période élection un moyen, un objet banal d’enrichissement, à moyen et à long terme.

Notre pays est grand. Nous sommes ses fils et filles et ne devons chercher à nous élever au-dessus ni l’instrumentaliser afin que l’intérêt supérieur de la Nation prédomine. Il nous revient, citoyens, acteurs politiques et leaders religieux de nous dépasser, d’aller au-delà de nos propres opinions et options souvent partisanes, pour entretenir, entre nous, au quotidien, un climat de sérénité et un esprit de service, de paix et de dialogue.

Que nos acteurs politiques et les membres de la société civile sachent que nous sommes tous membres, fils et filles de ce pays. Pour cela, nous devons travailler pour qu’il soit davantage grand. Le Christ demande que nous soyons serviteurs les uns les autres et que ceux qui ont l’ambition de diriger se fassent petits et serviteurs des autres (Mt 23, 11 ; Jn 13, 14). Que l’acteur politique, le dirigeant sache qu’il est serviteur de la Nation.

Être citoyens, compatriotes, travailler pour la Nation, et donc être ensemble être ensemble réunis pour servir sa cause, il faudrait entretenir la ressource par excellence à travers laquelle elle nous rassemble et nous fait vivre : la paix. Il nous incombe de nous parler au sujet de ce qui peut, en ce moment, entraver celle-ci, en toute confiance et de réconciliation. Nos évêques nous demandent ainsi d’avoir entre nous un dialogue franc. Si nous ne pouvons échanger que sur les réseaux sociaux et dans les colonnes des journaux, nous sommes en marche vers le dialogue. Il nous faut arriver effectivement au dialogue dans la rencontre entre acteurs politiques, entre citoyens partout où des opinions et appartenances politiques peuvent nous diviser. Cette attitude aidera à créer une ambiance fraternelle, à renouveler et renforcer la cohésion sociale.

Du dialogue informel, nous pouvons arriver au dialogue institutionnel. Dans cette perspective, n’oublions pas que notre pays a toujours su sortir des situations difficiles. Nous avons toujours trouvé la solution qui rassemble, celle qui évite que des frustrations, le malaise social, l’esprit de vengeance, de haine et de division règnent dans le pays.

Lever toute barrière qui entraverait encore, dans nos cœurs, pensées, actions et structures et institutions, des élections inclusives, réellement démocratiques et pacifiques est possible. Et Nous devons veiller à l’image du Bénin et à la préservation de la paix sociale sans laquelle les efforts de développement seraient compromis (Ceb). Nous devons tous être habités par la conscience d’être des Béninois. Notre peuple est un peuple de croyants. Nous avons à entrer dans la dynamique de la prière pour notre pays. Soyons sereins face à tout ce qui peut entraver notre marche vers des élections pacifiques. Nous pourrons alors demander au Seigneur de fléchir le cœur de chaque citoyen. Offrons nos souffrances, nos peines à Dieu en sacrifice pour le supplier afin que les prochaines élections soient un moment de fête. Nos évêques nous demandent à nouveau de réciter les prières et dévotions suivantes : Prière pour le Bénin à la fin de chaque messe, le chapelet, Prière à l’Archange Michel, Sous l’abri de ta miséricorde, Chemin de croix. Mobilisons-nous pour prier comme les évêques nous l’ont recommandé.

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