juin 23, 2021
Dossier

ARCHIDIOCESE DE COTONOU : Cent ans de la paroisse Sainte Thérèse de Godomey

La paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face de Godomey a célébré, le dimanche 27 décembre 2020, les 100 ans de sa création. La célébration eucharistique de ce jubilé a été présidée par Mgr Roger Houngbédji, Archevêque de Cotonou, et concélébrée le père Saturnin Lawson, curé de la paroisse ainsi qu’une vingtaine de prêtres en présence de nombreux fidèles chrétiens, des autorités politico-administratives dont le président de la Cour Constitutionnelle et le maire de la Commune d’Abomey-Calavi.

Le père Saturnin Lawson au milieu des fidèles au cours de la réjouissance populaire

Trois grands événements ont marqué la célébration du jubilé d’eau de la paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face de Godomey. Le tout premier remonte à la date du dimanche 4 octobre 2020. En vérité, c’était le jour initialement prévu pour célébrer cette fête. Mais en raison de la Covid-19 et de certaines imprécisions, elle a été simplement ajournée. Néanmoins, une messe a été présidée par Mgr Roger Houngbédji pour marquer symboliquement cette date. Le deuxième grand événement est la grande soirée artistique et théâtrale qui a été organisée le samedi 26 décembre 2020, veille donc du jubilé. Cet important rendez-vous culturel, qui a mobilisé presque tous les habitants du quartier de Godomey et environs, a connu la présence d’un nombre important d’artistes.  La joie et la gaieté semées dans les cœurs, à cette soirée, annonçaient déjà les couleurs du dernier et grand événement qui a été la célébration proprement dite du centenaire de la paroisse de Godomey  le 27 décembre 2020. Occasion propice pour l’Ordinaire de Cotonou de se réjouir avec cette communauté paroissiale. Mgr Roger Houngbédji, tout en commentant les textes de ce dimanche qui était aussi la fête de la Sainte Famille, a surtout invité les fidèles de Godomey à l’action de grâce pour les merveilles du Seigneur dans la vie de leur paroisse qui a un siècle d’existence. Le prélat en a profité pour exhorter à une vie de foi sans mélange. À l’issue de la messe, les ministres se sont rendus, en procession, dans la chapelle centenaire, pour un instant de recueillement. La fête s’est poursuivie par une réjouissance publique de tous les groupes et mouvements de la paroisse agrémentée par des prestations artistiques comme celle de Rémi Zola. Cette célébration centenaire a surtout permis de revisiter l’historique de cette paroisse.

Historique de la paroisse de Godomey

En remontant dans les annales de l’histoire de la paroisse de Godomey, la mémoire retient certaines dates et années importantes comme ayant marqué le début de la mission salvifique dans ce milieu. En premier, l’année 1905 est citée comme celle au cours de laquelle Godomey a accueilli les premières semences de la Parole de Dieu par l’intermédiaire des pères missionnaires français qui étaient en fonction à la paroisse Notre-Dame de Cotonou, aujourd’hui cathédrale. Le père Colineaux reste, à ce sujet, l’un des ardents missionnaires ayant marqué la localité de Godomey. Deuxièmement, il est fait cas de la date du 25 juillet 1909 comme celle qui a connu, dans cette localité, les premiers baptêmes de deux filles de Godomey : Monica Kakpo Agbizounon et Anna Vigan Lahami. Enfin, le 1er octobre 1920 est cité comme date de signature du titre foncier de la paroisse et de pose de première pierre de la petite église inaugurée en 1928. C’est d’ailleurs en référence précise à cette date que la paroisse célèbre en cette année 2020 son centième anniversaire de création. Selon les témoignages des anciens de la localité et des documents archives, l’évangélisation à Godomey se faisait, au départ, de porte à porte, de maison en maison. Puis vint l’idée de construire une chapelle pour la réunion des premiers sympathisants et pour la célébration eucharistique. Dénou (un quartier de Godomey) a été choisi pour abriter ce joyau. C’est d’ailleurs dans cette chapelle qu’eurent lieu les deux premiers baptêmes. L’accroissement exponentiel des fidèles chrétiens de Godomey fera remarquer, d’une part, le caractère exigu de la première chapelle et, d’autre part, la nécessité de construire une nouvelle église à la taille de la communauté chrétienne naissante. Sur demande du père Colineaux qui avait, à l’époque, la communauté de Godomey en charge, un nouveau terrain sera choisi pour construire une chapelle plus grande et plus vaste. Ce terrain, qui se trouve être le lieu actuel de la paroisse, a été généreusement offert par Loriano Alapini. On y planta des tecks avant de procéder à la construction de la chapelle. Plusieurs fidèles laïcs se sont illustrés dans l’avènement de cette œuvre de Dieu à Godomey. Au nombre de ceux-ci, on peut citer Adrien Métamehou Quenum.

►  Une figure de proue de l’implantation du règne de Dieu à Godomey


Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus

Dans l’histoire de l’évangélisation à Godomey, il est souvent cité le nom d’un fidèle laïc comme l’un de ses protagonistes et acteur fondateur. Il s’agit de Adrien Métamèhou Quenum. Trois petites raisons attestent cette réalité historique : son dévouement au service des missionnaires ; sa radicale et totale conversion au christianisme et sa providentielle guérison par Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

En effet, d’après le vibrant témoignage du père Barril (Cf. Plaquette du 75e anniversaire de la paroisse de Godomey), Adrien Métamèhou Quenum avait une sympathie pour les missionnaires qu’il accueillait chaleureusement à leur descente du train. Ce vieux catéchumène, qui habitait la station de chemin de fer de Godomey, était très dévoué aux missionnaires. Tout prêtre ou religieuse, qui avait à passer à Godomey, était sûr de le trouver prêt à lui venir en aide, à transporter ses bagages. Sa maison était toujours à leur disposition. Adrien Métamèhou Quenum essayait de faire de son mieux pour héberger les apôtres de la bonne nouvelle du salut.

Au cœur de cette généreuse mission à l’endroit des missionnaires, sa vie connaîtra l’épreuve de la maladie sur une longue durée. D’après les témoignages, cette situation agonisante est intervenue quelques jours après sa séparation avec ses fétiches. En effet, dans son désir d’adhérer complètement et totalement au Dieu de Jésus-Christ, Métamèhou, comme il l’a promis au Vicaire Apostolique du Dahomey, s’est séparé des fétiches et autres divinités traditionnelles en sa possession, dans sa maison à Godomey et à Ouidah, où résidait sa famille. Si l’acte de séparation a rencontré l’opposition farouche des membres de sa famille et surtout de sa mère, il recevra, par contre, les paroles de félicitations et d’encouragement du Vicaire Apostolique et des autres pères qui, unanimement, ont salué la bravoure de cet acte fondamental de conversion.

Mais comme une participation à la croix du Christ, Métamèhou connaîtra, dans la foulée, deux graves incidents qui vont limiter son élan évangélique. Le premier, plus qu’un fait étrange, est lié à un grand chien qui, contre toute attente, se jeta sur lui et le mordit sérieusement à la jambe, pendant qu’il passait à la devanture d’une maison avec la caisse contenant ses fétiches sur la tête. Le deuxième incident est lié à une fièvre qui le saisit plus tard et sembla ne plus le quitter. Comme Jésus sur la croix, Métamèhou, au cœur de toutes ces difficultés et épreuves, s’abandonne entre les mains du Seigneur et maintient vive sa foi en Dieu. Cette confiance en la bonté et à la miséricorde divine lui a valu sa miraculeuse et providentielle guérison par l’intercession de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Sainte Thérèse de Lisieux : Patronne et protectrice de Godomey

Le choix porté sur la petite Thérèse de Lisieux pour veiller sur Godomey n’est pas le fruit du hasard. Il est lié fondamentalement à sa miraculeuse intercession pour la guérison de Adrien Métamèhou Quenum. En effet, dans une vision qu’il eut dans la nuit du 29 août 1915, ce laïc, engagé au service des missionnaires, reçut, de la part du Seigneur et de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, son appel, non seulement à la conversion, mais aussi et surtout à adhérer à la foi chrétienne. C’est également au cours de cette même vision que Métamèhou recevra sa guérison de la Sainte de Lisieux. Et pour marquer sa gratitude à celle qui est également appelée “Petite Fleur” et qui venait d’être canonisée, l’homme lui consacra la paroisse qui n’était, à l’époque, qu’une petite station. Ce récit, qui sera fréquemment compté et sans aucune omission au père Supérieur de la Mission de Cotonou, permettra à Mètamèhou de recevoir le baptême le 8 septembre 1915 ainsi que la première communion et la confirmation le 28 mai 1916. L’histoire dite par le nouveau chrétien est marquée d’une conviction sincère et les gestes expressifs qui font de ce récit une véritable expérience de foi.

Gildas AFFOGNON, Grand Séminariste

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