novembre 29, 2020
Comprendre la Parole

La Loi de Dieu, c’est l’Amour

30e dimanche du temps ordinaire-A

Le mot loi fait souvent appel à la rigidité. Qui l’applique continue son chemin en paix, acquitté par la société ; qui ne l’applique pas, tombe sous la rigueur de la loi et il est puni. Chez les juifs, la loi de Moïse a tellement fait l’objet de morcellement qu’elle se livre en 613 lois à observer. On s’y perd et sa compréhension pose souvent problème et fait l’objet d’une grande confusion. À vouloir appliquer la loi, on en applique la lettre et non son esprit. Des altercations naissent souvent entre Jésus, les docteurs de la loi et les pharisiens. Ces derniers voient une application aveugle de la loi qui finalement asservit et tue l’homme. Jésus les sonne pour qu’ils comprennent que la loi est plutôt au service de la libération de l’homme.

La loi de l’Amour du prochain libère l’homme

C’est admirable de remarquer qu’en transmettant au peuple les lois du Seigneur, Moïse a insisté sur l’attention à donner aux faibles du pays. Les immigrés, les veuves et orphelins, les pauvres ne doivent pas être ni opprimés ni accablés. Israël doit se souvenir qu’il a été lui-même immigré, étranger et maltraité. L’homme qui a souffert, une fois libéré et mis au large, porte malheureusement les blessures de sa souffrance. Il lui faut être pris en charge et encadré par la loi de l’Amour, sinon un homme blessé ne peut que blesser les autres. C’est ainsi que l’on voit dans la société des hommes-produits de la souffrance qui à leur tour, ne respirent que haine et persécution. La règle d’or que nous propose Dieu dans les relations humaines est le renvoi à soi-même pour ne pas faire subir aux autres ce que l’on redoute personnellement. Dieu le recommande fortement dans le livre du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur » (Lv 19, 18). «Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera vos fautes. Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit l’Écriture : la Loi et les Prophètes » (Mt 6, 14 ; 7, 12). Saint Paul s’inscrit dans la même dynamique «Toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement et le voici : tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Ga 5, 14), « Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ » (Ga 6, 2). Dans le même ordre d’idées, saint Jacques et saint Jean nous instruisent par leur exhortation : « Quand vous marquez des différences entre les personnes, vous commettez un péché, et cette Loi vous dénonce comme coupables » (Jc 2, 8) ; « Si quelqu’un dit : j’aime Dieu, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit » (1 Jn 4, 20).

Aimer Dieu

C’est de façon judicieuse que dans l’Évangile du jour, Jésus paraphrase Dt 6, 4-5 en faisant passer l’Amour de Dieu avant toutes choses. Quand il est réel, il donne sens à l’Amour des créatures et permet d’apprécier chaque créé à sa juste valeur comme un don à laisser s’épanouir. La crise de l’amour envers les hommes et la création s’exprimant par des violences et la dévastation de la nature autour de nous, reflète un malaise dans notre rapport avec Dieu. Une conversion est nécessaire pour que l’Amour envers Dieu retrouve tout son sens en nous. Le « moi » de celui qui aime vraiment Dieu se tourne vers Dieu. Et quand Saint Paul dans la deuxième lecture fait l’éloge des Thessaloniciens en employant l’expression « vous vous êtes convertis », cela se traduit par « vous vous êtes tournés vers Dieu » ; ce qui n’est rien d’autre que l’attitude de la pleine communion de Jésus avec le Père selon le prologue de Saint Jean qui en grec se traduit : « Et le Verbe était tourné vers le Père » (Jn 1, 1). C’est dire que l’Amour de Dieu, quand il est vrai, polarise tellement l’attention que le « moi » et les créatures qui se cristallisent tant en nous au point de devenir nos idoles, laissent place à la contemplation de Dieu. En Dieu dans une telle attitude, nous retrouvons, ce que Bonhoeffer appelle la polyphonie de la vie. On comprend que la vie n’est pas faite de notre seule voix à imposer aux autres. Dieu parle aussi à travers la vie des autres et nous appelle à les écouter et à les apprécier.

Dans ma vie

Si je ne vois le monde qu’à travers mon “excellence”, mes “grands talents” en pensant que les autres ne peuvent apporter grand-chose dans le service de l’Église, c’est la preuve que je ne suis pas encore tourné vers Dieu par un réel amour.

À méditer

« Si quelqu’un dit : j’aime Dieu, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit » (1 Jn 4, 20).

(Ex 22, 20-26 ; 1 Th 1, 5c-10 ; Mt 22, 34-40)

Antoine Tidjani, Bibliste

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