septembre 19, 2020
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OPPOSITION ET MOUVANCE A L’AUNE DE LA REFORME DU SYSTEME PARTISAN : Les deux faces d’une même médaille

Une dizaine de partis politiques en un an après la réforme du système partisan initialement censée en réduire le nombre de façon drastique. Depuis quelques jours est apparue sur la scène politique béninoise, un parti appelé “Les démocrates”, qui se réclame de l’opposition radicale. En face se trouvent les partis de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition modérée. À y voir de près, ni l’un ni l’autre n’offrent de véritables perspectives heureuses pour le Bénin.

Les logos de quelques partis politiques

Le Bénin aurait-il été vraiment maudit par le roi Béhanzin avant sa déportation vers les Antilles à la fin du 20e siècle ? Question légitime car il est toujours difficile de trouver l’unité, l’entente et la cohésion nécessaire pour le décollage du pays. Visiblement, on est tenté de répondre par l’affirmative, au regard des balbutiements et recommencements interminables  de la classe politique. Bien avant l’avènement de la Rupture qu’incarne le président Patrice Talon, le tâtonnement dans la gestion du pays était imputable à la kyrielle de partis (plus de 200) qui animaient la vie politique. D’où l’urgence pour le quatrième président de l’ère du Renouveau démocratique d’entamer des réformes pour contenir la création fantaisiste des formations politiques. Ainsi, depuis un moment, la réforme du système partisan est une réalité. Mais les partis politiques créés déjà en faveur de cette nouvelle ère, en attendant certainement d’autres,  appellent quelques observations.

Absence de projet de société et de ligne politique

D’abord, une remarque s’impose. La douzaine de formations qui sont censées animer la vie politique aujourd’hui sont créées sur une base opportuniste. La preuve, aucun d’eux ne possède un programme de société convaincant. Sinon, comment comprendre la grande confusion entretenue jusqu’ici par les deux grands partis politiques : Le Bloc républicain (Br) et L’Union progressiste (Up) auxquels il faut ajouter une dizaine d’autres se réclamant de la mouvance présidentielle ? À vrai dire, aucun de ces partis n’a de ligne politique claire. Et s’ils en ont, elle se mesure à la personne du chef de l’État actuel. Du coup, on comprend que ce soit après leur création que chacun veuille s’approprier le Programme d’action du Gouvernement (Pag) comme programme de société. Pourquoi cet émiettement autour du président de la République ? Le président Patrice Talon ne se réclame lui-même d’aucun parti et semble applaudir un retour à l’ancienne donne.

Au-delà de ces considérations, les querelles de clocher entretenues entre les membres et les responsables de ces partis au cours des récentes élections municipales et communales montrent à suffisance la fragilité des formations politiques soutenant le président Talon. Elles partagent la vision d’un homme dont ils ne comprennent même pas grand-chose. La logique voudrait bien que les partis soutenant le chef de l’État se retrouvent dans un même et unique creuset. Mais au lieu de cette unité de soutiens, lorsqu’on en arrive à deux, trois voire douze partis comme soutien au président, cela pose problème. Surtout avec la nouvelle donne de la réforme du système partisan. Ce qui reflète leur caractère opportuniste portant la trame de démagogie, avec pour seul objectif de tirer profit de sa position par rapport au pouvoir exécutif.

Vers la reconstitution des clubs électoraux

Malheureusement en face, la situation est presque identique. En effet, ce qui tient lieu d’opposition n’offre pas réellement de possibilité réelle d’alternance. Du vieux vin dans de vieilles outres, en quelque sorte. Car les partis politiques qui la composent sont incapables de mettre ensemble une stratégie efficace de combat politique dans la durée. Au commencement était la “Force de résistance” au pouvoir de la Rupture. Véritable panier à crabes, elle ne pouvait pas durer et ça n’a pas raté. Après quelques déclarations, le mouvement s’est essoufflé. Car là encore, aucune ligne politique claire pour fédérer les énergies. La suite, c’est la création du Parti “Les Démocrates” constitué pour l’instant par une frange des membres de la “Force de résistance”. Sans doute qu’après cette formation, d’autres se réclamant de l’opposition vont voir le jour, toutes sans vision prospective du développement. L’ancien président Nicéphore Soglo a déjà pris sa distance vis-à-vis de ce nouveau parti. Et à travers lui, il faut voir d’autres militants de la Renaissance du Bénin (Rb) qu’il incarne. Candide Azannaï, président du parti “Restaurer l’espoir”, farouche opposant au pouvoir en place, ne se reconnaîtrait pas dans le nouveau parti, “Les Démocrates”. Les uns et les autres ont leur plan qui pourrait conduire à la création d’autres partis de l’opposition. Alors, on se retrouvera comme autrefois en face de clubs électoraux.

À y voir de près, les partis politiques, qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition, manquent de vision pour le vrai développement du Bénin. Mais pouvait-il en être autrement ? La réponse sans ambages est non. Car depuis l’avènement du Renouveau démocratique, les partis qui se font et se défont sont composés des mêmes leaders. Tantôt ils sont de la mouvance, tantôt de l’opposition. De ces types d’hommes, le pays ne peut attendre grand-chose pour son décollage, d’autant qu’un président de la République malgré sa bonne volonté, ne peut rien construire de durable dans ces conditions. Ce qui place le Bénin dans la posture du serpent qui se mord la queue d’une mandature à une autre.. 

Alain SESSOU

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