août 11, 2020
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COVID-19 ET FERMETURE DES LIEUX DE CULTE : La place et le rôle de l’Église sont irremplaçables au Bénin

COVID-19 ET FERMETURE DES LIEUX DE CULTE

La place et le rôle de l’Église sont irremplaçables au Bénin

En réaction aux explications du directeur à la communication de la présidence de République du Bénin sur le maintien de la fermeture des lieux de culte en cette période de crise sanitaire, le père Nathanaèl Soédé, répond par une analyse qui relève un mépris vis-à-vis de la religion et de sa participation au bien-être de l’homme.

 

C’est un drame pour les chrétiens de ne plus aller puiser dans la maison du Seigneur les grâces nécessaires pour vivre une période de pandémie face à laquelle le monde est impuissant, même dans les pays de grandes avancées scientifiques, technologiques et médicales. Les explications du directeur à la communication de la présidence de la République du Bénin, sur les raisons du maintien de la fermeture des églises, mosquées ou couvents pendant que les écoles ouvrent, sont venues creuser la plaie de leurs souffrances de voir toujours fermées les portes des lieux de culte et provoquer l’indignation totale. Dans un tel contexte, les termes dans lesquels M. Léandre Houngbédji soutient la reprise des écoles et la fermeture des lieux de culte ont choqué les croyants ainsi que des femmes et des hommes de bonne volonté. Le sacré ou la religion est fondamental dans notre pays, car il s’agit de ce qui est essentiel et vital pour les croyants, qui constituent la majorité de notre peuple. Il faut le respecter, même lorsque l’on ne croit pas soi-même, car il s’agit de leurs droits fondamentaux (Voir Pierre Edayè, « Réactions aux propos de M. Léandre Houngbedji », article sur Réseaux sociaux, sans référence, consulté le 9 mai 2020). L’histoire du rapport de l’État marxiste-léniniste avec la religion, en l’occurrence avec le christianisme au Bénin, montre pour ceux qui s’en souviennent encore qu’il faut traiter avec beaucoup de respect, la croyance et la foi des citoyens de notre pays. C’est elle, en effet, qui les porte et leur procure les ressources morales et spirituelles qui fécondent leur vie pour faire d’eux des bâtisseurs de leur pays. Aussi, voudrions-nous porter un regard critique et prospectif sur les affirmations de M. Léandre Houngbédji pour rendre compte de la religion et de ses principaux éléments constitutifs qui ont été mal compris. L’enjeu est de contribuer à renforcer la cohésion sociale, établir un échange fraternel avec notre compatriote et rassurer les chrétiens perturbés dans leur foi afi n qu’ils recherchent advantage auprès de Dieu, en toute sérénité, les forces d’ordre moral et spirituel nécessaires pour l’accomplissement des devoirs civiques.

 

Les données avancées

 

La préoccupation du directeur de communication est d’expliquer le maintien de la fermeture des églises, des mosquées et des couvents. Comment explique-t-il la position du Gouvernement :

– « Le bar agrémente la vie d’une certaine façon, mais est-ce que c’est indispensable ? ». (La numérotation est de nous pour des raisons d’analyse) ;

– « L’école (…), elle, est indispensable pour bâtir l’humain (…) pour progresser ».

– « Aller à l’église, à la mosquée ou au couvent, c’est un choix individuel qui relève plus même de la vie privée que publique » (Bienvenu Djissa, « Déconfi nement : Pourquoi la mesure de la fermeture des lieux de culte encore en vigueur ? », in https://differenceinfobenin.com/2020/05/11/ déconfinement-pourquoi-la-mesure-de-la-fermeture-des-lieux-deculte-encore-en-vigueur-wilfriedleandre-houngbedji/ Consulté le 13 mai 2020). Vient ensuite une argumentation reposant sur la nature de Dieu, la mosquée, l’église, le couvent, les mesures prescrites et le Gouvernement : – « Si Dieu est magnanime, il comprend très bien que celui qui ne vient pas à la mosquée, qui ne va pas à l’église, qui ne va pas au couvent, parce qu’il respecte les mesures prescrites par son Gouvernement, celui-là est un bon citoyen ». Il continue : « Celui-là est un fi ls de Dieu comme on le dit, et Dieu lui pardonnerait de ne pas se présenter alors même que les conditions ne sont pas réunies » (Ibid).

 

Quelques questionnements

 

Dans la justification sur la reprise des classes, le bar, l’école, l’église et les autres lieux de culte ont été mis au même niveau. Être indispensable pour le progrès représente le critère qui détermine l’utilité sociale de l’une ou l’autre de ces structures ou espaces de vie. Le bar est un cadre de réjouissance dont on se demande la nécessité par rapport à cette fi n. L’école, quant à elle, est opportune. Son ouverture est « indispensable pour bâtir l’humain, (…) pour progresser » (2). Au sujet de l’église, de la mosquée et du couvent, il est dit qu’il s’agit d’une option individuelle qui a plus trait à la vie privée que publique. L’argumentation semble être fondée sur ceci : passer son examen, valider son année académique. Cette préoccupation est centrale. Aussi est-elle placée au cœur de deux affirmations qui justifient la reprise des classes. La première, « bâtir l’humain » et la seconde, « progresser » (2). On est surpris de constater que l’église, la mosquée, le couvent ou la religion tout court n’est pas évaluée par rapport au critère de la contribution à apporter au progrès qui explique l’ouverture des écoles. L’argumentation perd, en effet, sa logique, car elle introduit dans le débat une autre problématique : « Aller à l’église, à la mosquée ou au couvent, c’est un choix individuel qui relève plus même de la vie privée que publique » (3). Pourquoi n’évalue-t-on pas l’Église, la mosquée ou le couvent sur leurs apports ou non au développement ? N’apporteraient-elles pas, en toute sincérité, rien « pour bâtir l’humain », pour « faire progresser » le pays sur le plan social, économique, politique, spirituel et culturel ? Le silence sur cette question étonne. On est en droit de se demander si l’on ne veut pas nier la place et le rôle des religions dont il est question dans les explications pour la fermeture de leurs lieux de culte. Cela laisserait comprendre que, comme il est difficile de soutenir que ces institutions n’apportent rien à l’essor de notre pays, l’analyse a changé de registre pour affirmer sans aucune justification que ces dernières n’auraient pas un caractère public. Ne se méprend-on pas là aussi ?

 

La vérité sur la participation de l’Église au progrès

 

Dans la mesure où le retour à l’école est fondé sur la participation de celle-ci à la croissance du pays, y aurait-il de raison pour que les lieux de culte restent fermés s’il est vrai que les religions dont elles sont des espaces de communion avec le divin contribuent au progrès social ? Peut-on dire en vérité que les religions, en l’occurrence l’Église, n’apportent rien « pour bâtir l’humain » (2) ? Comme l’école et plus qu’elle, l’Église contribue largement au développement. Que d’écoles, de centres professionnels, etc. l’Église met au service de la croissance du Bénin dans tous les domaines de l’épanouissement humain ! Lorsqu’on sait que l’éducation au Bénin a pris du recul à la suite de la nationalisation des institutions scolaires et que l’État a invité, entre autres, l’Église à reprendre ses écoles, peut-on soutenir les propos selon lesquels l’Église ne servirait pas au progrès, et pire encore, qu’elle serait davantage d’ordre privé ?

 

La religion, l’Église plus de l’ordre privé que sacré ?

 

Des clarifications doivent être faites. La religion n’existe pas toute seule. Son sujet est l’Homme. Celui-ci est par nature une personne individuelle et collective. Ce n’est plus à démontrer. Tout ce qui marque sa vie et donc, la religion, revêt ces traits (Voir Alexis Afagnon, « Les Églises : accessoires dans la construction de la nation », article sur réseau sans référence, Consulté le 14 mai 2020). On ne saurait dire que l’église, la mosquée et le couvent sont plus privés que publics. À moins qu’on veuille signifier qu’ils ressortent de l’engagement personnel et collectif. Vouloir réduire la religion à l’ordre essentiellement privé et nier sa dimension publique, ce serait limiter l’Homme et le confiner pour l’empêcher d’exprimer ses droits fondamentaux dans la société. Ce serait porter atteinte à la dignité humaine et au Gouvernement en l’empêchant de profiter des richesses par lesquelles les citoyens lui procurent, à travers ses dirigeants, les valeurs d’humanisation et de consolidation de l’État de droit et du développement intégral. L’Église est d’ordre public non seulement sur le plan éducationnel ou économique, mais aussi et avant tout, sur le plan des fondements mêmes de l’existence : il s’agit donc de l’ordre éthique, spirituel et divin. Notre pays n’a pas oublié la dimension publique de l’Église ou de la religion face au malaise social et à la crise de son évolution qui s’est aggravée sous le régime marxiste-léniniste. L’Église, par son représentant, Mgr Isidore de Souza, fut désignée pour conduire la Conférence des Forces Vives de la Nation à qui nous devons tous les Gouvernements qui se sont suivis de 1990 à ce jour. Le dernier point de notre analyse est l’affirmation selon laquelle, le Gouvernement et les mesures prescrites seraient au-dessus du devoir pour le musulman d’aller à la mosquée, pour le chrétien d’aller à l’église et pour l’adepte de la Religion traditionnelle africaine (Rta) d’aller au couvent. On ne parle pas comme à l’accoutumée des mesures en rapport

avec la lutte contre le Coronavirus. Ici également, il y aurait une rupture de sens ou de logique. Il est question de trois ordres ici : Dieu, l’Église (l’islam ou le couvent) et l’État (Gouvernement). En fait, quel est le rôle en réalité de chacun ? D’ordre public, l’État a pour fonction de protéger la vie des citoyens, de promouvoir le bien commun à travers l’organisation du vivre-ensemble et la gestion des ressources du territoire national. Son autorité vient du peuple qui l’élit et lui confie la gestion de sa destinée ; elle trouve cependant sa source en Dieu Trinité qui a créé l’Homme comme un être social (Gn 5, 2). La société et son organisation par la raison pour le bien collectif, sont de la nature de l’homme. De ce point de vue, l’Église par ses membres, est appelée à vivre en société et à obéir aux lois de l’État conformes à la crainte de Dieu et au bien (Ro 13, 1-7). Le Christ est au-dessus de l’État (Gouvernement) et de l’Église. L’autorité et la mission de l’Église ne viennent pas de l’État, mais de Dieu manifesté en Jésus Christ, l’Envoyé du Dieu sous la puissance de l’Esprit. Par rapport à l’État, l’Église est autonome dans son gouvernement, son enseignement et la sanctification. Toutefois, elle coopère avec l’État. Ce sont là des vérités fondamentales de la foi chrétienne. Elles ne peuvent être banalisées. Il est contraire à notre foi que l’on affirme subtilement que les mesures prescrites par le Gouvernement (sans les nommer) sont au-dessus du droit des fidèles et des croyants d’aller à l’église, à la mosquée ou au couvent (4). On relègue au second plan le nom de Dieu, puis de l’Église et on instrumentalise l’un et l’autre pour fonder l’exercice d’une autorité du Gouvernement. Une telle démarche et son propos profanent le nom de Dieu en qui, par qui et pour qui tout a été créé (Col 1, 16) et devant qui tout genou fléchira (Phil 2, 10), selon l’Écriture. Le chrétien est appelé à respecter les mesures préventives préconisées par le Gouvernement, mais non pour les raisons qui ont été avancées. S’il doit s’y conformer, c’est du point de vue sanitaire, parce qu’elles sont bénéfiques, selon la droite raison, et protègent sa propre vie et celle des autres en vue du bien-commun.

 

Père Nathanaël Yaovi SOEDE

AUMÔNIER NATIONAL DES CADRES ET PERSONNALITÉS POLITIQUES

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