août 19, 2019
Politique

Une décision gouvernementale controversée

Évaluation des enseignants reversés en 2008

Une décision gouvernementale controversée

 

Initiée par l’État béninois depuis 2018, l’évaluation des connaissances professionnelles des enseignants de la maternelle, du primaire et du secondaire avait connu une première phase boycottée le samedi 28 juillet 2018 par les acteurs du système éducatif. Relancée par le Chef de l’État lors de sa rencontre avec les représentants des Centrales syndicales le mardi 23 juillet 2019, elle se tiendra le 24 août prochain sur toute l’étendue du territoire national. Avant le Jour-J, les enseignants concernés s’inquiètent du bien-fondé d’une telle évaluation.

 

Jeudi 8 août 2019, les trois ministres du Gouvernement béninois chargés de l’enseignement, Salimane Karimou, Mahougnon Kakpo et Marie-Odile Attanasso, tiennent une conférence de presse à Cotonou. Au menu : renforcer les capacités professionnelles des enseignants reversés en 2008 en agents contractuels de l’État par la tenue effective, le samedi 24 août 2019, d’une évaluation des connaissances professionnelles. Avant d’en arriver à cette décision, les membres du Gouvernement ont tenu plusieurs séances de travail avec les partenaires sociaux des divers ordres de l’enseignement. La dernière séance, celle du vendredi 2 août 2019, a été déterminante dans la mesure où ministres et syndicalistes ont accordé leurs violons sur un certain nombre de points consignés dans le relevé des conclusions des travaux dont : le seuil de réussite de l’évaluation (10/20), le nombre d’épreuves dans lesquelles les enseignants vont composer, les phases de l’évaluation, la désignation de la Direction de l’Office du baccalauréat comme structure organisatrice et le redéploiement des enseignants qui ne franchiraient pas le Rubicon à la fin du processus. « À l’issue de cette évaluation du 24 août 2019, aucun enseignant ne sera laissé sur le carreau. Sauf celui qui aura choisi de ne pas y participer », a rassuré Salimane Karimou, Porte-parole de la délégation gouvernementale. Malgré cette garantie, certains enseignants ont du mal à faire foi à la sincérité des organisateurs. « Je ne suis pas encore confiant. Pourquoi ce sont uniquement les enseignants reversés en 2008 qui passeront cette évaluation ? », s’interroge Orphée Franscisco, Instituteur à Cotonou. Son collègue du Collège d’enseignement général Hondjin dans le département du Couffo, Pascal Hountin, appuie : « Le type d’évaluation prévu par le Gouvernement nous inquiète. Car dans le contrat signé avec l’État en 2008, une telle évaluation n’a jamais été citée. Le Bénin est un pays de droit. Nous invitons le Gouvernement à respecter les lois ». « Nous ne sommes pas contre une évaluation mais qu’elle passe par la procédure retenue par la Constitution qui dispose que tout recrutement dans la fonction publique passe par un concours », rappelle   Marcel Houssou, Enseignant. Il est surpris par cette volonté soudainement affichée de les renforcer alors qu’ils ont obtenu après reversement en agents contractuels de l’État, des diplômes professionnels des écoles normales publiques du Bénin. « Des enseignants qui ont déjà passé 11 ans de service, qui ont subi des formations, qui ont déjà eu des diplômes professionnels, et qui ont donné de bons résultats, on leur demande de s’asseoir comme des apprenants pour composer », fait-il remarquer. Sur ce point, le relevé des conclusions de la séance du 2 août 2019 est bien clair : « les diplômes obtenus en cours d’emploi en dehors du processus normal de mise en formation ne seront pas pris en compte ». De quoi mettre de l’huile sur le feu ! Perplexe à l’annonce de l’intention d’évaluer les enseignants, Moïse Alouko, syndicaliste et membre du bureau sectoriel du dialogue social du Memp a adhéré à la cause après les séances de travail tenues avec les membres du Gouvernement. Cependant, il relativise : « Nous avons compris que c’est une aubaine pour les enseignants si tant est que le Gouvernement tient ses promesses ». C’est également le souhait formulé par Tony Noudamadjo, Instituteur : « Je suis prêt à passer les épreuves. Mais il faut que le Gouvernement nous rassure davantage sur le bienfondé de l’évaluation. Qu’elle ne soit pas pour un licenciement ».

Ferrante GNIMADI, Stagiaire

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