octobre 20, 2019
Comprendre la Parole

Choisir la meilleure part

16e dimanche du temps ordinaire-C

Choisir la meilleure part

Dans sa grande montée vers Jérusalem, les pas de Jésus se sont arrêtés aujourd’hui dans un village où Marthe le reçut dans sa maison. Sa sœur Marie n’était pas une figurine dans le récit, même si elle n’était pas la propriétaire de la maison. Que Marthe et Marie soient évoquées dans le récit du jour, renvoie à un fait exégétique remarquable propre à Luc. Les exégètes spécialistes de Saint Luc ont en effet noté que cet évangile présente une particularité qui ne peut laisser indifférent. C’est que l’évangéliste organise les rencontres de Jésus en le représentant avec des personnes qui au lieu d’être seules, sont plutôt couplées. Il s’agit là d’une procédure de la figure rhétorique qu’on appelle synkrisis. La finalité de cette figure de style, c’est Teone qui nous l’explique en grec. Cela consiste à comparer ou à mettre en parallèle deux personnages dans ce qu’ils ont de meilleur (tò beltion) et de pire (tò keiron). Dans le cas de Marthe et Marie, c’est la réaction de Marthe qui aidera le lecteur à situer entre les deux personnages, celui dont l’attitude a été retenue comme la meilleure aux yeux de Jésus.

Avec Marthe, les grandes valeurs de l’hospitalité sont immédiatement perceptibles. La première lecture laisse aussi dans l’admiration tous ceux qui écoutent ou lisent ce passage devant l’empressement dont fait montre Abraham face à ses hôtes (Gn 18, 1-10a). En ce monde d’indifférence glaciale et d’égoïsme, la rencontre avec des personnes qui offrent la chaleur humaine et les qualités d’hospitalité est toujours une occasion vivement désirée et très appréciée qui colore l’existence. Assurément, Jésus ne pouvait pas mépriser le geste de celle qui généreusement avait souci de nourrir son corps qui venait d’être éprouvé par les fatigues du voyage et qui aurait besoin d’être restauré. Par endroits, la Sainte écriture témoigne du point d’or qu’il met sur l’hospitalité : « Quiconque donnera seulement un verre d’eau fraîche à l’un de ces petits parce qu’il est de mes disciples, je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense ». (Mt 10, 42) ; « j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire » (Mt 25, 35). Jésus par ailleurs, a manifestement approuvé les soins que l’on prenait de son corps : « Laissez-la, pourquoi lui faites-vous de la peine ? C’est une bonne action qu’elle a faite à mon égard, elle a d’avance embaumé mon corps pour la sépulture » (Mc 14, 6.8). Mais s’il a manifesté un intérêt supérieur à l’attitude de Marie devant Marthe, c’est qu’il a manqué à l’attitude de cette dernière une dimension essentielle : l’écoute de la Parole du Christ. C’est cela qu’Abraham mettra en relief dans sa relation avec ses visiteurs aux  chênes de Mambré. Plus que Marthe, il a assumé pleinement toutes les qualités de l’hospitalité : Il a non seulement donné à manger à ses hôtes mais aussi il s’est rendu à leurs pieds pour les écouter pendant qu’ils mangeaient.

 

L’écoute de la Parole de Dieu

Saint Paul dans la deuxième lecture (Col 1, 24-28) fait de l’annonce de la Parole, la raison d’être de sa vie et de son ministère. Pour cela, il accepte de souffrir avec joie. La Parole est si importante que pour l’exercice de ce ministère, les apôtres ont laissé leur travail et tout ce qui a du prix humainement (Lc 5, 11) pour s’attacher à Jésus. Puisque l’homme ne vit pas seulement de pain (Lc 4, 4), Jésus recommande même de vendre tout et de le suivre (Lc 18, 22). Contre la tentation qui a récupéré Marthe la polarisant exclusivement sur les occupations de la nourriture qui l’ont détachée de la Parole, Jésus met en garde ses disciples. Il leur dit : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez, la vie est plus que la nourriture » (Lc 12, 22). Jésus dans sa parabole du semeur relève le danger que constituent les soucis de la vie qui peuvent étouffer la Parole reçue (Lc 8, 14). Il attire par ailleurs l’attention sur les soucis de la vie qui ne doivent pas récupérer au point d’éteindre la vigilance par rapport à la préparation du jour du Seigneur (Lc 21, 34). La Parole de Dieu étant le socle de toute existence, celui qui n’écoute pas la Parole de Dieu comme il le faut, est comme celui qui bâtit sa maison sur du sable, sans fondations. Aux jours du torrent, cette maison tombe en ruine (Lc 6, 49). Au contraire, celui qui vient à Jésus, qui écoute ses Paroles, et les met en pratique (Lc 6, 47), il reste inébranlable aux jours du torrent, car sa maison était fondée sur le roc (Lc 6, 48). C’est en cela que Marie a choisi la meilleure part qui ne lui sera pas enlevée.

 

  • Dans ma vie

C’est bon de se souvenir que c’est par la Parole de Dieu que tout existe. Ce n’est qu’elle qui pourra donner sens à notre vie. Elle nous prépare aux grandes épreuves de la vie qui nous trouvent bien fixés sur le roc. Elles s’éloignent alors défaites, après avoir fait son temps.

 

  • À méditer

Celui qui vient à Jésus, qui écoute ses Paroles, et les met en pratique (Lc 6, 47), il reste inébranlable aux jours du torrent, car sa maison était fondée sur le roc (Lc 6, 48).

  • À lire

(Gn 18, 1-10a ; Col 1, 24-28 ; Lc 10, 38-42)

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