septembre 15, 2019
Comprendre la Parole

Le Bon Samaritain

15e dimanche du temps ordinaire-C

Le Bon Samaritain

 

Le dimanche passé, les textes de la liturgie nous ont montré la distance multiséculaire qui a été créée entre Juifs et Samaritains. Cela a justifié leur refus d’accueillir Jésus et a appelé immédiatement la réaction de vengeance de Jacques et Jean qui ont menacé de faire descendre du ciel le feu pour les consumer. La vive réprimande de la part de Jésus à l’endroit de ses disciples vindicatifs ne s’est pas fait attendre. Aujourd’hui voici que se retrouvent à l’épreuve de l’amour du prochain, le Samaritain jusque-là jugé d’étranger, d’hérétique voire de païen et la frange juive qu’on pourrait appeler la fine fleur dans l’ordre de la stricte pratique de la loi (le prêtre et le lévite). En nous référant à l’évangile du dimanche passé, la réaction des Samaritains ne peut nullement permettre de qualifier de « bon » quelqu’un parmi eux. Dès lors que la haine et la rancune habitent un cœur et qui plus est, s’activent en une réaction de mépris, on n’est plus dans le champ de Dieu. On entre dans un univers de méchanceté qui produit d’autres méchancetés.

C’est ainsi que les gens appelés à être bons comme les disciples du Christ peuvent se corrompre en se laissant gagner par l’agressivité environnante. Et c’est cela qui révèle à l’homme son être profond. Jusqu’à ce que tu te retrouves devant un méchant qui te fait souffrir ou un nécessiteux qui quête ta main secourable, tu te crois bon et parfait. Tu t’enfermes dans ton cocon d’appartenance à une corporation “propre” qui te garantit d’avance aux yeux de tous, le kit plein de bonnes impressions de la sainteté collée gratuitement à ta peau. C’est l’épreuve à laquelle te soumet l’agressivité du méchant ou la sollicitation de l’homme gisant sous la pesanteur de la vie, qui te révèle ton vrai poids et ta vraie mesure devant Dieu.

 

Mais qui est vraiment bon et peut reconnaître en l’autre son prochain ?

La tentative de réponse à cette  question nous en fait poser une autre : Est-il déclaré bon celui qui au regard de la pratique de la loi est impeccable et se moque du reste ou celui qui est capable de marcher sur une observance trop étroite de la loi pour pouvoir sauver l’homme ? La première lecture (Dt 30, 10-14) met l’accent sur la pratique de la loi sans plus. La deuxième lecture (Col 1, 15-20) présente le Christ comme l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature ; donc le seul Modèle qui s’offre à l’homme qui veut imiter la bonté de Dieu dans l’ordre de l’amour du prochain. Si le Jésus de Saint Luc est celui qui a affirmé que seul Dieu est bon (Lc 18, 19), on ne peut comprendre la bonté du Samaritain à l’égard de l’homme blessé qu’en nous référant à ce que nous appelons en exégèse, une ironie dramatique. Jésus en tant que Juif, donc l’un de ceux qui usuellement, se regardent  comme des “ennemis légendaires” des Samaritains, prête la bonté de Dieu au Samaritain pour détrôner le Juif de son piédestal de fin observateur de la loi. Il veut conduire les Juifs à regarder désormais les Samaritains comme leurs prochains en leur faisant découvrir qu’il y a en ces derniers de façon manifeste l’humanité que l’observation trop aveugle de la loi ne permet ni au prêtre ni au lévite d’avoir. Oui, il peut arriver que celui que nous cataloguons comme méchant puisse avoir des dispositions qui le rapprochent de Dieu ou qui font carrément de lui le signe de la Providence divine pour son prochain en difficulté.

C’est ce choc que Jésus produit en nous aujourd’hui à travers l’image du Bon Samaritain qui a reproduit face à l’homme blessé, certainement un Juif, l’attitude de Dieu et les propos de Dieu. Il vit le blessé et fut saisi de pitié: L’attitude de pitié est celle qu’a eue le Père dans la parabole de l’enfant prodigue. Le verbe « vit » (voir au passé simple) dans cet évangile désigne un verbe de la même famille (« apercevoir ») que celui de la parabole de l’enfant prodigue (Lc 15, 20). « Voir et avoir pitié de…» sont aussi les attitudes qui ont dépeint Jésus face à l’affliction de la veuve de Naïn qui a perdu son fils unique (Lc 7, 13). Dieu se caractérise par la miséricorde et il n’y a pas en lui une ombre d’indifférence face à un homme qui se trouve dans la nécessité. C’est dire en fin de compte que le vrai amour est essentiellement divin. Le Bon Samaritain, dans ce sens, c’est donc Jésus Lui-même qui vient prendre soin de l’humanité livrée aux mains des bandits (Satan) pour lui assurer dans son Église (auberge) la guérison par les sacrements. Il invite l’homme à imiter sa bonté en reconnaissant comme prochain son ennemi juré mais aussi en reconnaissant tout autant dans le malheureux abandonné et le laissé-pour-compte, le prochain véritable dont on doit prendre soin.

  • Dans ma vie

En ce monde où l’on regarde facilement de haut ceux qui sont au bas de l’échelle et où l’on rend toujours le mal pour le mal, mon prochain, c’est aussi et surtout tous ceux-là.

  •  À méditer

Nous pouvons imiter à l’égard de tous la pitié de Dieu en méditant ce verset: «il le vit et fut saisi de pitié» (Lc 10, 33).

  • À lire

(Dt 30, 10-14 ; Col 1, 15-20 ; Lc 10, 25-37)

Père Antoine TIDJANI (BIBLISTE)

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