septembre 15, 2019
Comprendre la Parole

Vivre sous la conduite de l’Esprit et non selon la chair

13e Dimanche ordinaire-C

 Vivre sous la conduite de l’Esprit et non selon la chair

 

Les textes du jour ont pour fil conducteur, la vocation, celle adressée de la part de Dieu à l’humanité enfermée sur soi. On y perçoit un appel à suivre les pas de Jésus-Christ en vivant selon l’Esprit et en abandonnant toutes nos tendances charnelles. Dans la vie de tous les jours, les tendances charnelles sont celles qui sont les plus manifestes dans les rapports interpersonnels. La liturgie de ce Dimanche nous permet d’en énumérer quelques-unes : l’attachement au lien du sang, la démonstration de pouvoir. Cette dernière est l’arme dont se sert le premier soit pour nous faire opposer un refus mitigé ou catégorique aux appels de Dieu (1 R 19, 20 ; Lc 9, 59b) qui nous invite à tout laisser pour le suivre ( Lc 9, 59a) soit pour nous faire exercer la violence vindicative sur les autres catalogués comme des opposants raciaux ou partisans.

La démonstration de pouvoir :

Les disciples de Jésus, en l’occurrence Jacques et Jean, ont voulu marquer le coup aux Samaritains qui ont refusé de recevoir Jésus. L’arrière-fond qui motivait l’attitude hostile des Samaritains à l’encontre des Juifs remonte à la mort du roi Salomon : la division d’Israël en deux royaumes laissait au sud, Juda avec Jérusalem comme capitale et au nord un autre royaume dont la capitale était la Samarie. La mésentente entre ces deux peuples frères s’alimente principalement de deux raisons. Les Samaritains étaient regardés par les Juifs comme des étrangers parce qu’à la chute du royaume du nord (en 722) dont la capitale était Samarie, l’authentique petit reste des Samaritains qui était sur place a été mêlé aux Babyloniens et aux Assyriens. La religion des Pères a été édulcorée et ils n’en ont conservé que les livres du Pentateuque.

La deuxième raison qui est à la base de leur discorde, c’est que les Samaritains ont fait ériger sur le mont Garizim un autre lieu de culte qui est pratiquement le concurrent du temple de Jérusalem. Pour toutes ces raisons, la relation entre Juifs et Samaritains se porte mal. Cela arrive malheureusement encore de nos jours dans nos pays respectifs, entre deux peuples frères, deux ethnies sœurs, deux familles. La triste histoire qui en est à la base, se transmet de génération en génération aux enfants qui apprennent par cœur comme une leçon à garder, qu’ils n’ont rien à construire ensemble avec leurs semblables provenant de l’autre parti. Toute une vie devient le symbole de la haine entre personnes ou familles que vient signer même l’onomastique. Le nom que l’on donne parfois aux enfants en porte les traces à titre de mémorial. Cela devient une chaîne d’esclavage que portent de nombreuses générations qui vivent dans une spirale de haine et de violence meurtrière prête à se déclencher à tout moment. Comme Élie dans l’Ancien Testament faisant descendre le feu sur le chef de cinquante et ses hommes (2 R 1, 10), les disciples de Jésus (Jacques et Jean) n’ont pas pu échapper à la tendance vindicative qui les poussait à s’inscrire dans cette querelle historique qui les opposait aux Samaritains. À la barrière opposée par ces derniers, ils voulaient répliquer en essayant d’utiliser le pouvoir de Dieu contre “leurs ennemis”: ordonner au feu de descendre du ciel pour les détruire. Or en vérité, le pouvoir de Dieu est constructif et non destructif. Les disciples malgré leur proximité avec Jésus n’ont pas compris son vrai visage. Ils en étaient encore à la loi du talion. À travers une vive réprimande, Jésus les aidera à faire le passage de la chair à l’Esprit.

Suivre le Christ, c’est vivre selon l’Esprit en renonçant aux liens charnels

Il n’est pas étonnant que le grand prophète Élie puisse poser dans l’Ancien Testament un acte (2 R 1, 10) qui, à la lumière du Nouveau Testament se révèle être païen. L’homme de l’Ancien Testament n’a pas encore atteint la révélation complète qui le détache des tendances charnelles. C’est Jésus qui nous a apporté la plénitude de la révélation et il nous aide à comprendre que la violence relève des instincts charnels de l’homme. Celui qui se laisse guider par la loi du lien de sang haïra à coup sûr tous ceux qui haïssent ses parents. Jésus déclare la prééminence des liens de l’Esprit sur ceux charnels qui ne sont que périssables : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi va annoncer le règne de Dieu » (Lc 9, 60). C’est un appel pour suivre Dieu, lui ressembler en vivant selon la loi de l’amour par lequel Il se révèle le Père de nous tous (Lc 11, 2), lui qui étend sa bonté aux ingrats et aux méchants (Lc 6, 35). Et c’est encore Jésus de Luc qui dans un autre chapitre, nous révèle ce que Dieu veut que nous soyons : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent… Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 35.36).

  • Dans ma vie

Revoir mes dispositions intérieures. Suis-je prêt à me libérer des rancunes historiques et à pardonner à ceux qui m’ont offensé ou ont offensé un être qui m’est cher ?

  •  À méditer

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent…Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 35.36).

  •  À lire

(1 R 19, 16b.19-21 ; Ga 5, 1.13-18 ; Lc 9, 51-62)

Père Antoine TIDJANI (BIBLISTE)

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