août 19, 2019
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LE “BURN OUT” EN MILIEU PROFESSIONNEL : Un nouveau fléau du siècle

LE “BURN OUT” EN MILIEU professionnel

Un nouveau fléau du siècle

Beaucoup le considèrent comme le mal professionnel de notre siècle. Et pour cause, le “burn out” ou le syndrome d’épuisement lié au travail, ne cesse de croître en milieu professionnel en général et en milieu sanitaire en particulier. Quels en sont les symptômes ? Comment le prévenir et y remédier ?

Depuis les années 1990, la fréquence des problèmes de santé psychologique liés au travail augmente de façon alarmante. Ils incluent l’épuisement professionnel, la dépression, le stress post-traumatique, les troubles d’anxiété, etc. Beaucoup d’acteurs socio-sanitaires (garde-malades, infirmiers, médecins, sage-femmes, etc.) après quelques années de service auprès des malades, montrent des signes de grande fatigue, parfois de dépression, une perte de confiance laissant place à la routine. Le sens d’identité professionnelle et l’auto-estime de soi en prennent un sérieux coup. Leurs rendements diminuent et les travailleurs finissent parfois par renoncer à leurs responsabilités. Ainsi le rapport avec le malade devient froid et impersonnel. Les motivations et idéaux à la base apparaissent toujours plus lointains et des troubles psychosomatiques ne manquent pas. Mais que faut-il comprendre de l’épuisement professionnel appelé “burn out” ?

Une brûlure interne

Le syndrome d’épuisement professionnel est désigné par l’expression anglaise burn out. Le terme “burn out” a été employé pour la première fois en 1974 par le psychiatre américain Herbert Freudenberger dans un article : « Staff burnout ». Il l’a défini alors comme une « brûlure interne ». Littéralement, faire un “burn out”, c’est « brûler de l’intérieur, se consumer ». « C’est une usure à petit feu qui trouve sa source dans le cadre professionnel », explique Catherine Vasey, psychologue et auteure de Burn-out : le détecter et le prévenir (Editions Jouvence).

Ce terme burn out est utilisé pour désigner les effets de la toxicomanie. Il représente une métaphore efficace pour désigner l’ensemble des symptômes observés. Dans la langue anglaise courante burn out signifie s’user, s’épuiser, craquer en raison des demandes excessives d’énergie, de force ou de ressource. Le terme qualifie par exemple l’état d’une bougie qui après avoir éclairé de longues heures n’offre plus qu’une flamme désuète.

Le burn out est un état d’épuisement physique, émotionnel et mental lié à un rapport d’une personne à son travail. Cet épuisement professionnel a été initialement observé chez le personnel médical soignant. Et si ce groupe professionnel reste exposé, on sait désormais que le burn out peut concerner tous les métiers qui demandent un engagement intense. Le burn out n’est pas une maladie mentale. C’est un ensemble de symptômes (syndrome) résultant de la dégradation du rapport subjectif au travail. C’est donc un état de fatigue et de frustration, de dépression provoquée par la dévotion à une cause, un mode de vie ou une relation humaine qui échoue à produire les résultats espérés.

Il est caractérisé par un épuisement physique, par des sentiments d’impuissance et de désespoir, par un assèchement émotionnel, par des attitudes négatives entre le travail, la vie et les autres. Autrement dit le burn out est une conséquence au stress émotionnel chronique avec trois dimensions à savoir : épuisement émotionnel et physique ; diminution de la productivité et sur-dépersonnalisation.

Par l’épuisement émotionnel et physique, le patient a l’impression « d’être vidé » de ses ressources, les temps de repos habituel (sommeil, week end, congés etc..) ne suffisent plus pour soulager cette fatigue. Pour se protéger de la déception émotionnelle, le professionnel se désengage de son travail et déshumanise les gens qu’il est amené à côtoyer (personne malade, famille, collègue). Il en résulte un comportement dur et négatif. Cela se ressent par une dévalorisation de soi, l’impression de ne plus être à la hauteur de son travail. Ces symptômes se résument en deux catégories : les symptômes psychologiques et les symptômes physiques. Les symptômes psychologiques se notent par la démotivation constante, l’irritabilité marquée, la colère spontanée, l’attitude cynique et le sentiment de frustration, le sentiment d’être incompétent, le sentiment d’échec et le goût de s’isoler, la baisse de confiance en soi, l’anxiété, l’inquiétude et l’insécurité, des difficultés à se concentrer, la perte de mémoire, des difficultés à exercer un bon jugement, l’indécision et la confusion, des pensées suicidaires dans les cas les plus graves.

Les symptômes physiques qui se remarquent à travers la fatigue persistante, parfois des douleurs, selon les fragilités individuelles (maux de dos, douleurs musculaires, migraines etc.), des problèmes digestifs, ulcères d’estomac, sommeil perturbé, problèmes cutanés, perte ou gain de poids, infection plus fréquente (rhume, grippe, sinusite, etc.) Quelles sont les causes du burn out ?

 Les causes du syndrome

Contrairement à ce que l’on pense souvent, la première cause d’un “burn out” n’est pas psychologique, mais physiologique. Il est dû à un stress important et répété. Le stress est une réaction du corps, qui lui permet de se mettre en alerte, le temps d’un danger. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, l’urgence est devenue un mode de vie. Les travailleurs sont sur le qui-vive en permanence. Résultat, ils sont épuisés. Et cette fatigue de fond va avoir un impact sur leur moral avec pour conséquences des doutes sur leurs compétences, leurs qualités, la dépréciation de soi-même, l’irritabilité… Très vite, l’épuisement émotionnel vient s’ajouter à l’épuisement physique. Néanmoins on peut classer les causes en trois catégories qui sont les causes organisationnelles, inter-individuelles et extra-individuelles. La cause principale du burn out qui est le stress chronique est due à l’organisation du travail quelle que soit la fragilité supposée de la victime, il n’y a pas de burn out sans une organisation de travail générant du stress d’origine professionnelle.

Du point de vue biologique, les experts ne parviennent pas encore à expliquer complètement ce qui mène à l’épuisement professionnel. Tous les travailleurs qui traversent une période d’épuisement sont en situation de stress chronique. Il s’agit donc d’un important facteur de vulnérabilité. La grande majorité a une charge de travail élevée, à laquelle s’ajoutent l’une ou l’autre des sources de tension à savoir le manque d’autonomie. Dans ce cas, le travailleur ne participe à aucune ou à peu de décisions professionnelles liées à sa tâche ; le déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenue de la part de l’employeur ou du supérieur immédiat (salaire, estime, respect, etc.) ; le faible soutien social ; la communication insuffisante concernant la vision de l’organisation du travail.

En plus de ces facteurs, des particularités individuelles entrent en jeu. De plus, certaines attitudes sont plus fréquentes chez les individus qui vivent de l’épuisement professionnel. Selon les chercheurs, il semble que la faible estime de soi soit un facteur déterminant. En outre, certains contextes de vie, comme de lourdes responsabilités familiales ou encore la solitude peuvent mettre en péril la conciliation travail-vie professionnelle.

Avec la fréquence grandissante des problèmes de santé mentale  chez les travailleurs, la plupart des experts soutiennent que la responsabilité du stress au travail n’est pas qu’individuelle, elle est partagée entre les travailleurs. Peu importe les sources du stress, il se produit un déséquilibre entre la pression subie et les ressources (intérieures et extérieures, perçues ou réelles) dont on dispose pour l’affronter. Voici quelques conditions requises pour qu’un événement provoque du stress : une situation nouvelle, une situation imprévue, une impression de manque de contrôle, une situation menaçante et déstabilisante pour l’individu (harcèlement psychologique et moral). Comment prévenir l’épuisement professionnel ?

Prévention et remède

La structure sanitaire où exerce l’agent de santé est responsable de la sécurité et du bien-être des salariés. Aussi doit-elle tout mettre en œuvre afin que nul ne sombre de manière anormale, dramatique ou irréversible à cause d’un stress trop élevé.

Parallèlement, le travailleur lui-même doit veiller à son propre bien-être. Être à l’écoute, déceler les premiers signes d’épuisement, entendre et prendre en considération les signaux envoyés par son corps et son esprit, se respecter et prendre le temps de décomposer et se ressourcer. Prendre le temps de souffler, faire des pauses, faire le sport, se ressourcer spirituellement par la méditation de la Parole de Dieu, faire des oraisons, retraites ou récollections périodiques, prendre conscience qu’il est temps de changer certains modes de fonctionnement.

Le stress, lorsqu’il est maîtrisé, est une source d’énergie formidable. Il est donc essentiel d’apprendre à le connaître pour en faire un moteur d’efficacité et de performance  et non un frein, voire une véritable emprise paralysante.

Il est évident qu’il serait utopique de penser pouvoir remédier seul à un épuisement professionnel déjà bien avancé. Il est donc essentiel de se faire aider dès les premiers symptômes par des professionnels qui sauront guider le patient vers un retour à une vie sereine.

Toutefois nous pouvons énumérer quelques pistes pour identifier ces signes. Il s’agit de savoir repérer les signaux d’alarme : physique, psychisme, émotions, etc. et ne pas hésiter à consulter et faire un bilan de santé au moindre doute. D’apprendre à se connaître : mode de fonctionnement, limites, besoins, etc. et se respecter, de savoir dire non et accepter de faire une pause quand le besoin se fait sentir avant de se laisser submerger et entrer dans la spirale infernale du “burn out”. Il faudra aussi couper son téléphone et apprendre à savourer l’instant présent : marche en pleine nature, relaxation, méditation, sport, activités culturelles, artistiques, etc. En somme, apprendre et réussir à équilibrer sa vie professionnelle et sa vie personnelle en adéquation avec ses valeurs.

Père Baurice KITI (Aumônier des Hôpitaux de l’Archidiocèse de Cotonou)

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