octobre 20, 2019
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APPROVISIONNEMENT EN EAU POTABLE AU BÉNIN : Veiller à la réduction des disparités

Approvisionnement en eau potable au Bénin

Veiller à la réduction des disparités

L’accès à l’eau potable est devenu un droit humain à satisfaire d’ici l’horizon 2030. Si les chiffres de la fourniture d’eau potable sont en baisse dans le monde entier, le Bénin ne se soustrait guère du lot des pays qui peinent à en garantir la disponibilité pour tous. Même si le gouvernement multiplie les accords de prêt dans ce sens, la réduction des disparités en fourniture d’eau potable reste un défi à relever.

 

Reine Godjo et sa famille viennent de se lever de bonne heure. Ses deux enfants, Jean et Mathurin, se pressent pour se rendre au seul château d’eau de Ganganwili, village situé à une trentaine de kilomètres de Ouidah. Partis à 6h, ils reviennent au bercail sept heures plus tard avec un pousse-pousse rempli d’une dizaine de bidons d’eau. « Il nous faut faire le trajet de plus de 10 kilomètres deux fois par semaine avant que nous ne trouvions de l’eau pour les besoins domestiques », déclare la jeune dame, très épuisée par le calvaire qu’elle doit subir chaque semaine pour avoir le précieux liquide. À Agbotomè, un village de l’arrondissement de Pahou, la peine de la population est identique. Augustine Gogan, la quarantaine, continue de faire la queue autour de l’unique point d’eau de son village. « C’est ce château d’eau qui dessert une centaine de ménages. Nous n’avons aucun point d’accès à l’eau potable de la Société nationale des eaux du Bénin (Soneb).

L’initiative de quelques-uns pour l’extension du réseau dans notre localité est restée sans suite. Les autorités évoquent la question du manque de financement des projets », ajoute-t-elle. À Ntansi 2, village de la localité de Perma situé à 500 km au nord de Cotonou, la situation défie le bon sens : « Ici, on se débrouille », lance en Ditammari Marguerite Kouaro. « Dans cette région, l’or existe et attire depuis des décennies des industriels et des orpailleurs. Mais, l’eau, elle, n’existe pas. Du moins, elle est très rare et en obtenir quelques gouttes relève du parcours du combattant », lit-on dans un article réalisé dans le cadre du “Projet Média Dév” de La Croix du Bénin en 2015 et qui reste d’actualité. Et pourtant, le thème de la Journée mondiale de l’eau de cette année a été explicite : « Ne laisser personne de côté ». Car « l’accès à ce bien est un droit humain fondamental, qui doit être respecté parce qu’il détermine la survie des personnes, et leur dignité même », commente le Pape François dans son message adressé au directeur de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), le vendredi 22 mars 2019.

Pour satisfaire à cette exigence, les députés de la 7e législature ont ratifié le vendredi 8 mars 2019, trois accords de prêts dont 20, 8 milliards de Fcfa au profit de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (Anaepmr) pour la construction de trente-sept adductions d’eau villageoises (Aev) et le renforcement de sept anciennes adductions. Un projet novateur dont les populations saluent l’avènement. Pour Joseph Adan, commerçant d’eau potable, « le Gouvernement fait beaucoup d’efforts pour fournir de l’eau de bonne qualité à tous les ménages du Bénin ». Toutefois, sa voisine Chimène, reste réservée quant à la qualité de l’eau provenant des adductions villageoises. « Suffit-il de construire un puits dans un village pour offrir à la population de l’eau potable ? », s’interroge-t-elle. En matière de qualité, le doute plane sur la propreté de l’eau distribuée par la Soneb : « Quand nous prenons l’eau à la pompe et que nous la laissons au repos pendant quelques minutes, nous constatons des dépôts au fond du récipient », observe Rigobert Akouégnon, abonné de la Soneb à Cotonou.

Selon le médecin Adégbindin Adéyèmi Yessi, « les micro-organismes se trouvant à l’intérieur de l’eau, que ce soit des bactéries ou des composants chimiques, sont toxiques pour l’organisme humain notamment le plomb qui cause des maladies telles que : le choléra, la diarrhée,  la fièvre typhoïde, l’hépatite B, l’hépatite A, l’hépatite E, et la dysenterie ». Le coût d’achat de l’eau reste également un facteur non négligeable de la disparité observée dans sa fourniture à l’échelle nationale. « Dans les zones les plus reculées, tout le monde n’a pas accès à l’eau potable. Ce qui pousse les population défavorisées à utiliser ou à consommer les eaux du marigot, du fleuve qui sont infectées ou contaminées », précise le médecin anesthésiste. C’est dire que la couverture nationale en eau potable nécessite de revoir la clé de répartition et la qualité des produits utilisés pour le traitement de l’eau potable au Bénin.

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