juillet 21, 2019
Dossier

“CHRISTUS VIVIT” : L’exhortation apostolique du Pape pour les jeunes et le peuple de Dieu

“CHRISTUS VIVIT”

L’exhortation apostolique du Pape pour les jeunes et le peuple de Dieu

“Christus vivit” (Il vit, le Christ). C’est la nouvelle Exhortation apostolique post-synodale signée le lundi 25 mars 2019 par le Pape François et publié le mardi 2 avril 2019. Celle-ci, fruit des réflexions et des échanges du Synode d’octobre 2018, est un véritable parcours pastoral que le Souverain pontife propose pour une nouvelle orientation de l’accompagnement des jeunes. Écrit dans un style direct et clair, le document mérite qu’on le lise dans son entièreté. C’est pour cela que Mgr François Gnonhossou, évêque de Dassa-Zoumè, propose une présentation suivie de quelques extraits.

► “Christus vivit”, un avènement

Du 3 au 28 octobre 2018, j’ai eu le privilège de participer aux assises du Synode des évêques sur le thème : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Ce fut pour moi une mission d’Église, vécue au nom de la Conférence Épiscopale du Bénin, que j’ai représentée à ce premier Synode pour les jeunes. Il y avait eu au total, 267 membres votants (cardinaux et évêques), 18 prêtres et deux frères religieux, 72 observateurs, dont une douzaine d’hommes et femmes de moins de 30 ans repartis en groupes de travail linguistiques pour réfléchir et travailler sur le thème de ce Synode.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que je vois arriver, cinq mois après les travaux dudit Synode, l’Exhortation Apostolique de notre bien-aimé Pape François, Christus vivit (Il vit, le Christ) qui officialise les conclusions du Synode. En se centrant bien sur les enjeux de la vie de la jeunesse aujourd’hui, ce document propose en neuf chapitres un parcours de foi, sous forme de lettre personnelle que le Pape adresse aux jeunes et à l’Église universelle, pour orienter la pastorale des jeunes dans l’Église. En pensant à la jeunesse en général et à la jeunesse de l’Église du Bénin en particulier, je trouve que ce document constitue tout un avènement. En effet, Christus vivit arrive pour être “l’Androïd” ou “le Techno” de mes amis, les jeunes, à lire, à consulter pour inspirer un style chrétien de jeunesse. Les jeunes, autant que l’Église catholique au Bénin, en recevront un nouveau souffle. C’est donc un véritable instrument de travail pour former à la vie, pour inspirer et renforcer notre pastorale en faveur des jeunes, de tous horizons. J’en félicite et remercie le Saint Père, qui offre cette heureuse opportunité à l’Église universelle de redécouvrir les jeunes comme une terre de mission.

À travers cette Exhortation Apostolique post-synodale Christus vivit, le Pape François nous donne le pas d’une pastorale populaire aux portes plus ouvertes, qui retrouve la centralité de l’annonce kérygmatique de l’Évangile, et qui fait approfondir l’expérience personnelle que les jeunes réalisent de l’amour de Dieu, du Christ Jésus, voire de l’Église, de leur nation et des autres personnes vivant dans le même univers. Il s’agit d’un vibrant appel apostolique, devant induire à un accompagnement inspiré, organisé et contrôlé pour permettre aux jeunes d’être aussi les acteurs de leur propre cheminement de vie et de foi. Il m’apparaît que, aux pasteurs et à tous les agents pastoraux à divers niveaux, le moment est plus que jamais indiqué de “donner aux jeunes l’autre morceau”, afin d’entrer plus avant avec eux dans l’orbite d’une pastorale des jeunes qui promeut l’audace, la créativité, la gratuité de l’amour, la coresponsabilité, l’expérience personnelle du Christ, etc.

En vérité, les pasteurs de l’Église et les jeunes se doivent de s’écouter. L’Église a, certes, un message pour les jeunes que ses pasteurs doivent trouver les moyens adaptés et appropriés pour leur annoncer. Les jeunes ont le désir de se faire entendre de l’Église. Il est important pour l’Église de se mettre à leur écoute pour mieux comprendre leurs aspirations et leurs besoins. Ainsi, il est requis la formation des pasteurs, témoins du Christ et de l’Évangile, capables d’écouter les jeunes, de les comprendre et de les accompagner avec compétence et confiance. De fait, les jeunes « réclament une Église qui écoute davantage, qui ne soit pas toujours à condamner le monde. Ils ne veulent pas voir une Église silencieuse et timide, ni toujours là en guerre sur deux ou trois thèmes qui l’obsèdent » (Christus vivit, n°41). Il est important pour l’Église de retrouver l’humilité pour écouter les jeunes et les accompagner, en redécouvrant “l’Évangile de la jeunesse du Christ”, en tenant compte des revendications, surtout les « revendications légitimes des femmes qui demandent plus de justice et d’égalité » (n°42). Comme Yahvé Dieu invitait son peuple à l’écoute, le Saint Père nous exhorte à être plus attentifs aux signes, aux cris, aux sons des jeunes, pour les écouter, avec une ardeur renouvelée et l’amour du Christ au cœur.

De plus, et c’est cela qui ressort des travaux du Synode, l’accompagnement des jeunes est un aspect de notre pastorale qui réclame plus de soins de notre part. La jeunesse manque de repères, parce qu’elle n’est pas bien accompagnée. Pour conduire ce ministère d’accompagnement, le Pape demande avant tout de s’ouvrir à la réalité de la jeunesse qui est un temps de rêve et de choix, un temps de prendre des décisions les plus graves, c’est-à-dire importantes et existentielles, un temps où les jeunes se sentent en énergie et sont en pleine allure de créativité, ou parfois d’opposition. En n’éludant aucune des questions de la jeunesse (Cf. n°81), il est besoin de leur faire récupérer cette énergie, cette force de créativité, pour les aider à se découvrir “porteurs d’une promesse de vie”, “prophètes du changement”, “aujourd’hui de Dieu” et “présent du monde” (Cf. n°44). C’est la jeunesse vue autrement ! Ce qui amène le Pape à donner cette nouvelle définition de la sainteté : « Arriver à être saint, c’est arriver à être plus pleinement toi-même, à être ce que Dieu a voulu rêver et créer, pas une photocopie » (n°162).

L’accompagnement des jeunes s’entend donc aussi de leur formation et de leur éducation dans la foi et la vie chrétiennes. Ainsi que l’écrit le Cardinal Donald Wuerl, Archevêque de Washington, « la tentation est toujours d’énoncer simplement des points doctrinaux comme s’il s’agissait de la même chose qu’un accompagnement pastoral avec une personne qui cherche comment appliquer adéquatement ces enseignements » (Card. Donald Wuerl, « Écouter, accompagner, discerner et évangéliser. Une réflexion pastorale sur Amoris Laetitia », dans la Revue Sel et Lumière, n°8, 2016/2017, Toronto, p.12, Col 2).

Il s’agit de concevoir une formation et une éducation chrétiennes qui prennent en compte leur niveau de développement humain, leurs préoccupations et aspirations, leur permettant de faire une rencontre personnelle du Christ et de croître dans la vie de la grâce par la réalisation dans leur existence de l’appel universel à la sainteté. Ils pourront ainsi devenir de vrais témoins du Christ et de son Évangile dans l’Église et dans le monde actuel et être capables de conduire à la foi d’autres jeunes. Ils seront solides et équilibrés devant les idéologies culturelles, philosophiques, religieuses contraires à la foi catholique (Cf. 1 P 3, 15), assez outillés et prêts à participer pleinement et activement à la construction d’un monde ouvert aux valeurs évangéliques. Car «l’Évangile est pour tous et non pour quelques-uns » (n°177).

Quant aux vocations, elles souffrent de discernement approprié et continu. La pratique de la foi chrétienne depuis l’admission aux sacrements jusqu’au choix de vie requiert un suivi. Il s’agit donc de former des pasteurs capables de relever les défis pastoraux, missionnaires et spirituels liés à la culture de la mondialisation, du sécularisme et du numérique. L’urgence apparaît alors de repenser le contenu de la formation dans les séminaires et les noviciats, de proposer un nouveau style de vie sacerdotale et une nouvelle forme d’exercice du ministère ordonné. Toutes choses qui permettent aux jeunes de saisir avec leur cœur que la vocation est fondamentalement un appel à la vie. Elle se décline en l’appel à l’amitié avec le Christ, à la sainteté, au service missionnaire des autres, au mariage, au sacerdoce, ou à la vie religieuse. Avec ce niveau de compréhension, les jeunes pourront porter leur cheminement dans le discernement personnel qui se vit en accord avec la conscience et qui mûrit dans le silence, la prière et la méditation des mystères de la vie du Christ. Le Pape leur propose cette question comme guide d’illumination pour bien discerner leur vocation: « Est-ce que je sais ce qui rend mon cœur heureux ou triste ? Quelles sont mes forces et mes faiblesses ? » (n°285).

L’avènement de ce Synode pour les jeunes et de cette exhortation apostolique post-synodale met l’Église entière dans une valse du changement régénérateur. Tout le monde y gagne. Le Pape y invite les jeunes à “courir”, mais sans délaisser les autres (Cf. n°299) ni se couper des anciens (Cf. n°191). Et si cet enjeu de la pastorale des jeunes nous induit à vivre la jeunesse dans l’Église autrement ? «Dans la mesure où notre ministère inclue l’écoute, l’accompagnement et le discernement, il s’agit également d’un acte d’évangélisation (…) Nous reconnaissons que ce sont fondamentalement des actions missionnaires » (Idem, p. 13, Col 3).

Je prie donc la Vierge Marie, qui a risqué son “Oui”, pour donner au monde le Sauveur, d’être toujours avec les jeunes et d’aider l’Église à entrer plus avant dans sa jeunesse, par l’Esprit Saint qui est « source de la meilleure jeunesse » (n°133).

À tous et à toutes, je souhaite de fructueuses célébrations de la Pâque 2019.

 

  Quelques extraits à méditer

 

  1. Un jeune est-il béni ?

La jeunesse est un temps béni pour le jeune, et une bénédiction pour l’Église et pour le monde. Elle est une joie, un chant d’espérance et une béatitude (§ 135).

  1. Pourquoi un jeune est-il inquiet ?

L’inquiétude qui rend insatisfait, jointe à l’étonnement pour la nouveauté qui pointe à l’horizon, ouvre un passage à l’audace qui les met en mouvement pour s’assumer eux-mêmes, devenir responsable d’une mission (§ 138).

  1. Un jeune peut-il se tromper ?

Prenez des risques, même si vous vous trompez. Ne survivez pas avec l’âme anesthésiée, et ne regardez pas le monde en touristes. Faites du bruit ! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent, afin de ne pas être changés en jeunes momifiés. Vivez ! Donnez-vous à ce qu’il y a de mieux dans la vie ! (§ 143).

  1. Un jeune est-il spontané ?

Que la spontanéité et l’élan de ta jeunesse se changent chaque jour davantage en spontanéité de l’amour fraternel, en courage pour répondre toujours par le pardon, par la générosité, par l’envie de faire communauté (§ 167).

  1. Un jeune est-il beau ?

Il y a de la beauté, au-delà des apparences et de l’esthétique en vogue, en tout homme et en toute femme qui vit avec amour sa vocation personnelle, dans le service désintéressé de la communauté, de la patrie, dans le travail anonyme et gratuit pour rétablir l’amitié sociale (§ 183).

  1. Qu’attend Jésus d’un jeune ?

Ce que Jésus désire de chaque jeune, c’est avant tout son amitié. Il est essentiel de discerner et de découvrir cela (§ 250).

  1. Que peut demander un jeune, ou un moins jeune, à Jésus ?

Si tu es jeune en âge, mais si tu te sens faible, fatigué ou désabusé, sens submergé par les vices, les mauvaises habitudes, l’égoïsme ou le confort malsain, demande à Jésus de te renouveler. Avec lui, l’espérance ne manque pas. Tu ne priveras pas le monde de cette contribution que toi seul peux lui apporter, en étant unique et hors pair comme tu es (§ 109).

  1. Que peut faire un jeune pour rendre le Pape heureux ?

Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux (§ 299).

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