avril 20, 2021
Questions/Réponses

Questions / Réponses

Questions 

La prétention d’être juste est une tentation permanente pour nous chrétiens. Père, comment faire alors pour ne pas tomber dans ce piège ?

Yves Parfait KOFFI (Photographe)

Réponse

Mon frère, la question que tu poses aujourd’hui s’appuie sur la 1ère partie de l’évangile du jour. Certains viennent rapporter à Jésus le drame des Galiléens massacrés par Pilate alors même qu’ils offraient le sacrifice. Jésus perçoit l’intention inavouée de leur observation et réplique : « Pensez-vous, leur dit-il qu’ils soient plus pécheurs que les autres ? ». La prétention en effet d’être juste et meilleur que les autres est une tentation qui a la dent dure chez les chrétiens que nous sommes. Ce piège est pourtant évitable, moyennant une bonne interprétation des événements, la vérité sur soi et l’effort de conversion permanente.

Il est plus qu’important d’apprendre à faire l’herméneutique des événements de l’histoire (2ème lecture et évangile). La bonne ou mauvaise interprétation d’un événement n’a pas la même incidence sur notre agir. Pour preuve, les Galiléens étaient persuadés que ces massacrés avaient bien mérité ces peines du fait certainement d’une offense qui aurait déclenché la colère de Dieu. Par ricochet, ils se font bonne conscience d’être épargnés à cause de leur condition d’hommes dignes de Dieu. Jésus corrige cette mentalité rétributive selon laquelle Dieu punit le pécheur et bénit le juste. Dans l’histoire de la Bible, l’aventure de Job dément formellement cette pensée. Les malheurs qui se sont abattus sur les Galiléens et la catastrophe naturelle de l’écroulement de la tour ne relèvent pas du vouloir de Dieu mais de la responsabilité de l’homme.

Le deuxième lieu est l’effort de vérité sur nous-mêmes. Il est paradoxal de remarquer que les plus grands saints sont les plus convaincus de leurs péchés, et les impies les moins convaincus. La différence est que les premiers se regardent à partir de Dieu et les seconds à partir d’eux-mêmes. La vérité sur notre propre vie nous fait découvrir très rapidement que nous sommes tous à l’image de ce figuier qui ne produit pas encore suffisamment de fruits. Penser autrement nous exclut de l’espace vital de la miséricorde de Dieu pour nous. Le savoir nous permet au contraire d’être plus humbles et d’accueillir la patience de Dieu à nous arroser de sa grâce comme une chance inouïe pour porter des fruits.

Le troisième élément de réponse pour éviter le piège de la trop bonne conscience est l’effort de conversion ou, plus positivement, l’habitude de vivre des vertus. Les textes nous invitent d’emblée à une conversion conséquente à notre capacité à tirer leçon de l’histoire (2ème lecture et évangile). Le plus grand  danger ici est de ne pas changer positivement au fil du temps, comme ce figuier qui reste le même de saison en saison et qui finalement suscite des questions sur sa finalité. Avec la péricope du figuier improductif, il nous incombe donc de ne pas devenir seulement des consommateurs de la grâce divine mais aussi de produire les fruits correspondants. Pour y parvenir, il faut au quotidien développer les vertus du bien et de l’obéissance à Dieu, de la miséricorde et de la confiance.

Alors, mon frère, demande au Seigneur le vrai sens des événements de l’histoire. Tu apprendras ainsi à mieux découvrir combien tu es objet de la patience divine, lui qui attend de notre vie plus de fruits que nous n’en produisons dans la réalité.

Père Jean OUSSOU-KICHO (Curé de la paroisse Notre-Dame de Charité de Godomey-Fignonhou)

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