avril 26, 2019
Comprendre la Parole

COMPRENDRE LA PAROLE

2e Dimanche de carême-C

Une douce lueur céleste qui anticipe la nuit de la foi

Nous abordons le deuxième dimanche de carême et voici que dans sa pédagogie, Jésus prépare déjà les coeurs à sa passion qui plongera dans une grande nuit, la foi de ses disciples. La transfiguration révèle l’aboutissement et l’au-delà de la passion : la glorieuse résurrection. Cela est bel et bien mis en évidence dans l’évangile de Marc où l’on perçoit clairement ce que les exégètes appellent « inclusion » : le récit des annonces de la passion vient avant (Mc 8, 31-33) et après (Mc 9, 30-32) pour offrir l’encadrement à l’épisode de la transfiguration (Mc 9, 2-8). Quand viendra l’heure de la passion, les mêmes disciples, Pierre, Jacques, Jean qui contemplent aujourd’hui sur le mont Thabor le visage de Jésus resplendissant de gloire, seront, toujours dans un contexte de prière, témoins au jardin de Gethsémani, d’un visage attristé et angoissé (Mc 14, 33 ; Mt 26, 37). Ils auraient été à coup sûr scandalisés s’ils n’étaient préparés au préalable. Sans cette préparation, leur foi aurait défailli à l’idée d’avoir sacrifié leur temps à la suite de quelqu’un qui finit piteusement sa vie sur la croix. La transfiguration veut ainsi aider les disciples à découvrir le mystère qui entourait la personne de Jésus et qui a fait de sa part l’objet d’un sondage d’opinions : « Qui suis-je aux dires des gens ?… Et pour vous, qui suis-je ? » Il est aussi remarquable que chacun des trois synoptiques ait localisé l’épisode afférent au sondage d’opinions de Jésus (Mt 16, 13-20 ; Mc 8, 27-30 ; Lc 9, 18-21) juste avant la première annonce de la passion ( Mt 16, 21-23 ; Mc 8, 31-33 ; Lc 9, 22). Ainsi se livre sans peine au Thabor, dans ce spectacle où le visage de Jésus devient tout de «blancheur éclatante » (Lc 9, 29), la confirmation de la réponse de Pierre sur l’identité de Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » (Mt 16, 16). C’est-à-dire qu’en tant que Fils de Dieu et Dieu lui-même, il doit s’établir une fois pour toutes, la conviction que « qui l’a vu, a vu le Père » (Jn 14, 9) car il est le « Resplendissement de sa gloire, l’effigie de sa substance » (He 1, 3) ; autrement dit, il est le reflet de sa gloire lumineuse, Lumen de Lumine, cette gloire même qui jadis, s’établit sur le mont Sinaï et la nuée le couvrit (Ex 24, 16). C’est lui Jésus-Christ que les lois et les prophètes, les grands témoins de l’Ancien Testament (Moïse et Élie) annonçaient. Sur le mont Thabor, l’ancienne Alliance vient témoigner de la nouvelle Alliance pour lui faire place avec l’attestation de la voix du Père qui fait culminer en Jésus tout le sens et tout l’accomplissement des Saintes Écritures : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ». La gloire de Dieu qui illuminait le visage de Moïse et les Israélites avaient peur de l’approcher (Ex 34, 30), celle qui s’est révélée à Élie dans le bruit d’une brise légère et il se voila le visage (1 R 19, 12-13), car on ne peut voir Dieu sans mourir (Ex 33, 20), cette gloire se révèle en plénitude en Jésus non plus comme source de peur ou de mort, mais comme source d’une félicité indescriptible qui procure un bonheur sans fin: la vie éternelle. Elle commence déjà sur terre si nos prières, non indifférentes aux cris des hommes et des femmes de notre temps, savent se charger de leurs souffrances pour les offrir au Fils de Dieu qui, quand bien même il est dans sa Gloire, a son corps marqué et déchiré par les souffrances de tout genre.

La prière transfigurante

Jésus à travers les évangiles, surtout celui de Saint Luc, nous donne l’exemple d’être l’homme de prière tout tourné vers Dieu (Lc 3, 21 ; 5, 16 ; 6, 12 ; 9, 18 ; 9, 28; 10, 21 ; 11, 1) mais aussi l’homme capable de sauver ses frères en les affermissant par sa prière (Lc 22, 32). La prière n’est pas le lieu d’évasion qui nous rend insensibles au train-train quotidien de la vie des hommes ni le lieu du repli sur soi et d’égoïsme où le ventre de chacun devient son dieu (Ph 3, 19). Une prière inspirée par le Christ est toujours incarnée et porte à l’engagement ; elle débouche sur le partage ; transfigure l’homme et transforme son milieu en un havre de paix où il fait bon vivre sur la terre pour chacun et pour tous, laissant sur les lèvres des uns et des autres, à l’adresse du Créateur, la même action de grâce émerveillée de Pierre : « Maître, il est heureux que nous soyons ici… » (Lc 9, 33).

  • Dans ma vie

– Si je vis sur la terre seulement sur le mont Thabor, comme si j’étais déjà au ciel en contemplant à genoux à longueur de journée, la gloire de Dieu dans son sanctuaire, ma vie spirituelle manquera d’équilibre et appauvrira l’humanité.

– Il y a un temps pour prier; un temps pour écouter le cri des autres; un temps pour s’occuper sérieusement de ses engagements et des personnes dont on a la charge.

  • À méditer

« Beaucoup de gens vivent en ennemis de la Croix du Christ » (Ph 3, 18). Or on ne peut vivre sans porter sa petite croix. On ne peut parvenir à la gloire sans faire la preuve de sa fidélité à Dieu à travers des épreuves.

  • À lire

(Gn 15, 5-12.17-18 ; Ph 3, 17-4, 1; Lc 9, 28b-36 )

Père Antoine TIDJANI (BIBLISTE)

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