octobre 19, 2019
Comprendre la Parole

COMPRENDRE LA PAROLE

Sixième Dimanche ordinaire-C

Maudit soit l’homme… Béni soit l’homme

Tel est selon la prophétie de Jérémie, l’un ou l’autre des sorts que peut avoir l’homme selon qu’il met sa confiance en lui-même ou en Dieu. Nous retrouvons le même ton dans le vingt-huitième chapitre du livre du Deutéronome qui fait suite à 26, 16-19; 27, 9-10, où le code du Deutéronome avait été présenté comme le document du traité entre Yahvé et Israël : si tu obéis à Yahvé, tu seras béni (Dt 28, 1-14) ; si tu lui désobéis, tu seras maudit (Dt 28, 15-68). Dieu n’impose rien à l’homme. Il ne maudit pas non plus l’homme. Il lui propose un chemin de bonheur tout tracé qu’il a seulement à choisir pour être heureux : « Je te propose aujourd’hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur » (Dt 30, 15.19). L’homme peut se trouver dans le malheur en optant librement de s’éloigner de Dieu qui est la Source de sa vie et de son bonheur. Dieu en souffre sans pouvoir y rien faire, puisque l’homme est libre de ses choix : « Ils m’ont abandonné moi la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes : des citernes fissurées, qui ne retiennent pas l’eau » (Jr 2, 13). On ne peut s’éloigner de la vie et prétendre vivre. L’image du poisson qui s’éloigne de l’eau qui est son milieu naturel, suffit pour nous le faire comprendre. S’éloigner de son milieu naturel, c’est aller à la mort. L’homme dont le milieu naturel est l’océan de l’Amour Divin dont il doit librement se laisser envelopper, se crée son propre malheur en choisissant un autre Maître que Dieu. Jésus prononce les béatitudes, en proclamant heureux, les pauvres, les affamés, les persécutés ; et malheureux, les riches, les repus, les hommes applaudis de tous.

Heureux, vous…

Le mot « Heureux » n’est pas rare dans la Bible. En Grec, dans le contexte des béatitudes, c’est un mot au pluriel « makarioi » qui signifie une surabondance de joie qui ne peut venir que d’une vie de communion profonde avec Dieu, fondée sur une espérance future et permettant de braver aisément la pauvreté, la faim, les persécutions. Saint Paul offre la clé d’accès à cet immense bonheur : la foi en Jésus Ressuscité. Jésus a proclamé heureux ses disciples dans bien d’autres contextes : « Heureux vos yeux parce qu’ils voient et vos oreilles parce qu’elles entendent » (Mt 13,16) ; « Heureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent » (Lc 11,28). L’homme de l’Ancien Testament a fait cette expérience profonde d’« Allégresses » au pluriel, mot réel qui traduit le mot « heureux » en Hébreu « asherei». Il communique ses sentiments profonds dans les psaumes : « Heureux qui trouve en Dieu son refuge » (Ps 2, 12) ; « Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s’ouvrent devant eux !… Seigneur, Dieu de l’univers, heureux qui espère en toi!» (Ps 83, 6.13). L’expérience de l’homme biblique laisse conclure qu’une vie qui ne fonde pas son espérance sur Dieu est vouée au malheur : « Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse, l’homme qui acquiert l’intelligence !… Malédiction du Seigneur sur la maison du méchant! Mais il bénit les justes » (Pr 3, 13.33).

Malheureux, vous…

Jésus, nous le savons, n’a pas été envoyé pour condamner le monde mais pour le sauver (Jn 3, 17). C’est pour cela que l’interprétation du mot « malheureux » ne va pas dans le sens d’une malédiction que Jésus serait en train de fulminer contre les riches, les repus et tous ceux que les hommes privilégient en les applaudissant. En nous référant au texte grec, on retrouve l’expression : « Malheur à vous… ! ». Autrement dit, Jésus avertit : « Si vous ne prenez garde, riches…, il va vous arriver malheur ». La richesse, les grandes relations peuvent devenir dangereuses si elles nous font oublier Dieu et nous laissent indifférents face à la perspective de l’éternité.

  • Dans ma vie

De quoi suis-je riche ? De Dieu, la vraie espérance de l’homme ? De l’argent ou de mes relations qui m’assurent une sécurité passagère incapable de franchir les frontières de l’Au-delà ? Le rythme de mon cœur bat souvent pour quoi ? « Là où est ton trésor, là sera ton cœur » (Mt 6, 21).

  • À méditer

L’homme dont le milieu naturel est l’océan de l’Amour Divin dont il doit librement se laisser envelopper, se crée son propre malheur en choisissant un autre Maître que Dieu. – La richesse, les grandes relations peuvent devenir dangereuses si elles nous font oublier Dieu et nous laissent indifférents face à la perspective de l’éternité.

  • À lire

(Jr 17, 5-8 ; 1 Co 15, 12.16-20 ; Lc 6, 17. 20-26)

Père Antoine TIDJANI (BIBLISTE)

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