février 24, 2019
Comprendre la Parole

COMPRENDRE LA PAROLE

L’Église de Jésus-Christ en mission

Le deuxième segment de l’épisode de l’inauguration du ministère de Jésus à Nazareth (Lc 4, 21-30) écouté le dimanche dernier, a connu une fin tumultueuse (v. 29) avec un heureux dénouement au v. 30 : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin ». Certains exégètes ont interprété cette phrase comme le chemin que poursuit l’annonce de la Bonne Nouvelle après la passion-mort et résurrection de Jésus. Tout dans la liturgie de ce dimanche se concentre sur l’annonce de la Parole de Dieu qui surprend dans son indignité et dans son état de pécheur, l’homme envoyé en mission. Dieu dans la première lecture, s’est révélé à Isaïe dans sa majesté redoutable, sa théophanie et pourtant pour être annoncé au monde il a besoin de se servir d’un pauvre pécheur. Isaïe accepte la mission. Dieu choisit par miséricorde les pécheurs, les purifie pour les envoyer auprès d’autres pécheurs en vue de leur conversion. La distance dans l’ordre de la sainteté entre Dieu qui envoie et l’homme qu’il envoie, est infiniment grande. Saint Paul, après sa conversion, se rappelle avec amertume, la persécution qu’il avait perpétrée contre l’Église de Dieu. Cela lui donne la conscience d’être indigne du nom de l’apôtre. Ce grand fossé qui sépare l’homme du Dieu transcendant, « Roi et Seigneur de l’univers » (Is 6,5) a été mis en relief par Jésus quand il monta dans l’une des barques appartenant à Simon et lui a dit de s’éloigner. Belle image qui fait voir que dans l’Église, c’est Jésus Lui-même qui exerce le ministère de façon réelle quoiqu’invisible aux yeux de la chair. Il emprunte seulement la personne du ministre. Le Concile Vatican II dans sa constitution sur la sainte liturgie, Sacrosanctum Concilium, affirme que « le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre » (SC 7). Et c’est cela seul qui justifie la fécondité et l’efficacité du ministère de l’envoyé. Sans le Seigneur à bord qui donne des consignes à son Église et sans l’obéissance de l’Église qui se reçoit de son Seigneur, tout labeur apostolique sera stérile et infructueux. La conscience d’être pécheur se retrouve encore chez Simon dans l’évangile quand sur les instructions de Jésus, la pêche a été surabondante après une nuit pénible infructueuse. C’est le lieu de confirmer les paroles du psalmiste : «Si Dieu ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain » (Ps 126,1). Saint Paul résume l’état d’âme d’un bon envoyé : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu… Je me suis donné de la peine plus que tous les autres: à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi ». La fierté qui nous anime parfois d’avoir tant fait pour le Seigneur ou pour son Église est ici interpellée. Ce n’est pas nous qui faisons mais la grâce de Dieu en nous et avec nous. Et le champ de la mission étant infini, on n’aura jamais assez fait pour le salut des âmes. L’humble fierté nous est permise à la manière de Saint Paul, mais c’est pour que nous puissions prendre conscience que nous devrions descendre encore en eaux profondes à l’appel du Seigneur qui ne se contente jamais d’un résultat moyen, passable mais de la plénitude.

Avance au large Cette expression correspond à celle en Grec « eis to bathos » qui est une invite à descendre en abîme profond qui, pour une mentalité sémitique représente les portes de la mort (Jb 38,16-17) et un lieu périlleux réservé aux monstres infernaux (Ps 74,13). En envoyant l’Église et chaque baptisé en mission, le Seigneur les invite à affronter le danger pour sauver les âmes. La mission n’est pas le lieu de la recherche de l’auto-sécurité mais celui où il faut risquer sa vie en allant à la recherche de la brebis perdue en gardant constamment au fond du coeur les propos du Seigneur: «Qui veut sauver sa vie la perdra… mais qui à cause de moi et de l’Évangile perdra sa vie, la sauvera» (Mc 8, 35).

  • Dans ma vie

– Aujourd’hui où dans la mentalité commune, l’importance d’une mission confiée à quelqu’un ou la considération qu’on peut accorder à un prêtre sont jaugées à l’aune de la quantité des quêtes ou des biens matériels que la mission lui permet de gérer, nous pouvons nous demander chacun personnellement, chrétiens laïcs et consacrés, si nous sommes encore dans la dynamique de la voix du Seigneur qui nous dit d’avancer au large.

  • À méditer

– Sans le Seigneur à bord qui donne des consignes à son Église et sans l’obéissance de l’Église qui se reçoit de son Seigneur, tout labeur apostolique sera stérile et infructueux.
– « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu…Je me suis donné de la peine plus que tous les autres : à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi » (1 Co 15,10) . La fierté qui nous anime parfois d’avoir tant fait pour le Seigneur ou pour son Église est ici interpellée.

  • À Lire

Is 6,1-2a.3-8; 1 Co 15,1-11; Lc 5,1-11

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 × un =