novembre 22, 2018
Dossier

La réalité de la vie après la mort

Parmi les questions existen- tielles que l’homme se pose, celle relative à l’éternité apparaît fondamentale. Que se passe-t-il après la mort ? Y-a-t-il une vie après la vie sur cette terre ? Quelle sera la posture de l’homme après sa mort ? Après avoir évoqué la ré- flexion des athées, des philosophes croyants et des théologiens sur la question, nous dirons notre conviction personnelle.

  1. Les athées et la vision anti-eschatologique du monde

 

le  résultat  de  la  formation   d’un

magma qui connaît une évolution dans le temps avant de disparaître à tout jamais. Nous venons du néant et nous allons vers le néant. Les théories du hasard, de l’évolution et du transhumanisme épousent cette thèse.

  • Pour Jacques Monod, le monde est le surgissement du ha- sard et de la nécessité. Un jour, il y eut une explosion matérielle. Et l’homme
  • L’évolutionnisme avance l’hypothèse d’un petit jet qui se transforme dans le temps pour prendre des proportions infinies avant de disparaître pour L’homme lui-même est soumis à cette transformation, puisqu’il y eut plusieurs étapes dans son per- fectionnement : l’Australopithèque (une forme initiale) homo habilis (forme moins développée), homo erectus (forme avancée), homme de Néandertal (forme améliorée), homo sapiens  (l’homme  actuel) et le trans-homo (l’homme de l’avenir ou le sur-homme). Les sciences biomédicales mettent la bouchée double pour que le sur- homme puisse advenir selon les vœux de Nietzsche dans son livre

« Ainsi parlait Zarathoustra ». C’est ce  qu’il  convient  d’appe- ler aujourd’hui le transhumain, l’homme parvenu à la plénitude de ses potentialités à partir des perfor- mances de la technique. Il est en phase d’atteindre un sommet. Mais un jour, tout finira. C’est l’idée partagée par la plupart des athées. Ce n’est pas l’avis des philosophes croyants, des religions non chré- tiennes et des théologiens catho- liques.

 

  1. Les thèses consensuelles des philosophes croyants Parmi les philosophes croyants,

nous parlerons ici des classiques comme Platon et Aristote, et d’un contemporain comme Emmanuel Mounier. Ils se sont occupés de  la

 

question et en sont sortis avec une

conviction positive : la vie éter- nelle existe.

  • Dans son livre le Phédon, Platon apporte deux preuves de l’existence de cette vie :
  • Selon lui, l’âme ressemble au Or le divin est immortel. Donc l’âme aussi est immortelle.
  • L’âme humaine existe avant d’entrer dans un Elle pré- existe au corps tout en continuant à vivre même si le corps disparaît. Elle n’est pas soumise à la même dégradation que le corps. A ce pro- pos, Platon affirme :

« L’âme n’est pas à considé- rer dans l’état de dégradation où la mettent son union avec le corps et d’autres maux. Il faut la contem- pler des yeux de l’esprit, telle qu’elle est en elle-même, déga- gée de tout ce qui lui est étranger. Il faut envisager la partie la plus réelle de son être. Or, pour qui la prend de ce biais, elle n’est plus ni l’harmonie du corps, ni une subs- tance qui peut se dissoudre. (…). Elle ne peut pas prendre fin quelle que soit la longueur du cortège des siècles »1.

  • Dans son livre l’Eudène,

Aristote  définit  l’âme  comme une eidos, c’est-à-dire une entité idéelle, préexistante au  corps, mais rendue visible à travers le corps. L’homme est un composé de corps et d’âme. Si le corps dis- paraît, l’âme, elle, subsiste. C’est l’hyléphormisme,  la  théorie   de la matière et de la forme ou de la chose et de l’essence. Le corps est cette matière ou cette chose. L’âme est la forme ou l’essence. Le corps est l’incarnation d’une essence qui continue à exister, même si sa ma- tière  change.  Dans  un  autre livre

« De anima », Aristote affirme que

« l’âme est dans le corps comme le pilote dans son navire »2 . Cela pour dire que l’âme, qui est la par- ticularité de chacun, anime le corps de l’intérieur et le guide tant qu’elle est unie à lui. Arrive le moment où

 

elle en sera séparée pour une autre

destinée.

  • Pour Emmanuel Mounier, la vie éternelle existe parce que Dieu existe. Ce Dieu, c’est l’Amour dont la vérité de nature se trouve dans son éternité. Cet amour est diffusif de En tant qu’hommes, nous en sommes les particules. C’est ce qui fait notre éternité. Nous sommes donc éternels parce que nous sommes pétris d’amour. Cet amour est  une  énergie  qui se diffuse et qui trouve sa pleine potentialité dans l’élargissement. La mort ne peut l’arrêter3. Comme l’affirme Madeleine Delbrel, la mort n’est qu’une explosion de l’être dans l’amour. Pétris d’amour, nous ne pouvons donc pas cesser de vivre éternellement. L’impor- tant est de correspondre davantage à ce que nous sommes4.

Autrement dit,  tout  homme est éternel par le fait qu’il vient du Dieu amour  qui est éternel.  Mais il ne rejoint ce Dieu que dans la mesure où il divinise le monde, en étant une révélation d’amour à tra- vers les actes qu’il pose pour le bien de l’altérité. On ne prépare bien la vie éternelle qu’en étant un rayon d’amour pour les autres. Les reli- gions non chrétiennes s’entendent aussi sur la question, même s’il  y a quelques nuances d’appréciation.

 

  1. Les religions non chrétiennes Les religions non chrétiennes sont celles qui ne confessent pas la foi au Christ en sa qualité de Fils de Ce sont essentiellement les religions asiatiques, judaïques,

islamiques et animistes.

  • Pour les religions asiatiques, surtout l’Hindouisme et le Boud- dhisme, la mort n’est pas la fin de Elle est un passage et surtout le début d’un autre commence- ment qui passe par des recom- mencements renouvelés. Tout est fonction de changement « répété» à travers des réincarnations succes- sives assorties de purification spi-

 

rituelle et tendues vers la plénitude

de l’être. Cet état de plénitude est appelé l’état de moksha (libéra- tion) chez les hindous, et celui de nirvana chez les bouddhistes. C’est l’état où l’âme humaine, dépouil- lée de toutes ses imperfections, retrouve l’harmonie avec l’énergie primordiale ou l’Absolu en qui elle trouve la vraie paix. Ce qui est à prendre ici est surtout l’idée de la survivance de l’âme.

  • Pour les religions judaïques, il y a la notion de la résurrection de la chair comme retour de l’homme à Dieu, dont il tire son souffle et sa Cette idée est illustrée par plusieurs textes bibliques : la vi- sion des ossements desséchés qui reprennent vie (Ez 37, 6), la prophétie d’Isaïe sur la résurrection

des morts (Isaïe 26, 19// Daniel 12, 2//2 Mac 7, 9). Mais aujourd’hui, il y a une différence de croyance en la survivance de l’âme admise par tous, et la résurrection de la chair pour le Jugement. Ici encore, il y a une vie après la vie.

  • Pour la religion islamique, il y a aussi une vie après la À ce propos, nous lisons : « Ne dites pas de ceux qui sont tués dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts. Au contraire, ils sont vivants et vous en êtes inconscients » (Sou- rate 2, v. 240).
  • Dans les traditions animistes, les morts ne sont pas Ils sont seulement dans un autre monde que nous ne voyons pas. Mais ils continuent à vivre comme nous. On comprend pourquoi on peut encore leur donner à manger et à boire. Un poème synthétise bien cette croyance en la vie éternelle :

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire et dans l’ombre qui s’épaissit. Les morts ne sont pas morts. Ils sont dans l’arbre qui frémit ; ils sont dans le bois qui gémit, ils sont dans l’eau qui coule ; ils sont dans la case  ; ils  sont dans la  foule  ;  les  morts  ne  sont pas

 

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

douze + 11 =