« Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés…

Mgr Sahara

Mgr Sahara

( Homélie de Cardinal Sahara)

Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

Très chères Sœurs de Saint Augustin,

Aujourd’hui, nous fêtons dans l’allégresse un géant de notre humanité et un grand saint africain : Augustin, évêque d’Hippone, en Algérie. Il a été formé à Carthage, en Tunisie, et baptisé en Italie, à Milan en 386, à l’âge de 32 ans. Il a eu un immense rayonnement sur toute la chrétienté des IV et V siècles, de Rome à Milan, jusqu’à son départ du port d’Ostie qui devait le mener de nouveau sur notre continent africain, à Hippone, dont il fut l’évêque de 391 jusqu’à sa mort en 430.

Il est, avec saint Ambroise qui l’a baptisé, avec saint Jérôme, le traducteur de la Bible, et le Pape saint Grégoire le Grand qui a tenu tête aux Barbares, l’un des quatre piliers du Christianisme occidental, l’un des quatre Pères de l’Eglise latine.

Chères Sœurs, vous avez choisi ce jour pour célébrer le Jubilé d’or de votre Famille religieuse des Sœurs de Saint Augustin. Vous m’avez aimablement convié à célébrer cette Messe pour rendre grâce à Dieu de la fondation de votre Congrégation, il y a cinquante ans, par le Cardinal Bernardin Gantin, et je vous en remercie du fond du cœur. La joie qui m’habite en ce moment s’apparente à celle de la Très Sainte Vierge Marie dans le Magnificat : oui, « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu son Sauveur »1. Je vous exprime ma grande gratitude, chères Sœurs de Saint-Augustin, et vous tous, Nonce Apostolique au Bénin, archevêques et évêques, prêtres, religieux, religieuses et fidèles laïcs, qui êtes réunis ce matin dans cette église de Saint Michel de Cotonou, pour votre accueil si chaleureux et votre bonté envers moi, et surtout pour votre tendre et fraternelle charité qui est le signe de la présence de l’Esprit Saint au milieu de nous : saint Paul vient de nous dire dans la deuxième lecture de cette Messe : 

« Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. Le Seigneur vous a pardonnés : faites de même. Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait ».

Et il est vrai que les premiers chrétiens, qui n’avaient qu’« un seul cœur et une seule âme »2,  s’aimaient tendrement entre eux dans le Cœur du Christ. Un écrivain du deuxième siècle de notre ère, Tertullien († 220), nous a transmis ce que disaient les païens qui étaient touchés par la conduite des fidèles chrétiens de l’époque : « Voyez comme ils s’aiment »3. Cette charité ardente, qui dépassait de loin les plus hauts sommets de la solidarité humaine ou de la douceur de caractère, les premiers chrétiens l’ont bien mise en pratique. En réalité, ils ne se distinguaient pas extérieurement des autres citoyens, mais ils vivaient à fond leur vocation chrétienne et la loi de l’Evangile, et ils recherchaient sérieusement la sainteté à laquelle ils étaient appelés du fait de leur baptême. Dans une lettre du 10 octobre 1968, le Cardinal Gantin écrivait à ses filles, les premières Sœurs de Saint Augustin :

« Etant la première génération des Sœurs de Saint Augustin, vous êtes les mères de l’Institut, avec ce que cette expression comporte d’honneur et de responsabilité. On disait des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ». Il faudra qu’on dise de vous la même chose. Quoi qu’il arrive, mes enfants, il faut que ça réussisse ! ».  Et vous réussirez cette belle aventure si vous travaillez pour être des SAINTES, des femmes toutes données au Seigneur. Et c’est en vivant dans l’Amour de Dieu et du prochain que vous deviendrez des saintes. La volonté de Dieu, c’est que nous devenions des Saints. Et la sainteté est notre seule et unique vocation à tous, quel que soit notre état de vie. Elle consiste à aimer jusqu’à donner sa vie comme le Christ sur la croix. Chères Sœurs de Saint Augustin, au nom du Cardinal Gantin, je vous redis : « Aimez-vous les unes les autres tendrement, et soyez des saintes ».

Chères Sœurs, saint Augustin, dont votre Congrégation porte le nom, est connu comme le Docteur de l’Unité et de l’Amour. C’est bien ce qu’exprime l’évangile de cette Messe. Jésus nous dit : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour ». Et le fruit de cette unité par le lien de la charité, c’est la joie parfaite, ajoute Jésus, qui est bien différente des petits plaisirs éphémères que nous offre le monde et que le temps recouvre inexorablement du voile de l’indifférence et de l’égoïsme. Cette joie parfaite est un avant-goût du bonheur éternel, celui du Ciel, puisqu’elle nous est offerte à chaque Messe par Jésus, notre Sauveur, qui nous dit dans l’évangile de ce jour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Le désir de Dieu, cette soif d’amour qui tenaillait l’âme de saint Augustin, fut assouvie lorsqu’il communia au Corps et au Sang du Christ : il comprit que le sacrement de la Très Sainte Eucharistie, « source de miséricorde, fontaine de pardon »4  est un fleuve de Vie qui jaillit du côté transpercé de Jésus Christ Notre Seigneur. En approchant ses lèvres de la plaie ouverte du Cœur de Jésus pour y recevoir la Vie divine et la grâce sanctifiante, saint Augustin reçut cette parole inspirée de l’Esprit Saint : « L’Évangéliste saint Jean ne dit pas de la lance qu’elle frappa ou blessa, mais ouvrit le côté du Seigneur. C’était bien une porte en effet qui se révélait alors, la porte de la Vie, figurée par celle que Noé reçut l’ordre d’ouvrir au côté de l’arche, pour l’entrée des animaux qui devaient être sauvés du déluge et figuraient l’Église »5.

Cet effort d’intériorisation par la contemplation de l’œuvre de la Rédemption et l’adoration quotidienne de l’Eucharistie, nous permet de stimuler notre ardeur missionnaire, qui est le but de toute vie chrétienne, et a fortiori celle des religieuses de Saint Augustin, qui sont nées d’une œuvre missionnaire, celle de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame des Apôtres, fondée en 1876 à Lyon, par le P. Augustin Planque, premier supérieur général de la Société des Missions d’Afrique. Les premières religieuses qui, dès 1882, arrivèrent au Bénin – votre pays s’appelait alors le Dahomey – ont participé à la première évangélisation de votre patrie, en se mettant plus particulièrement au service des plus pauvres et de la promotion de la femme africaine. Lors de la Messe célébrée pour le jubilé d’argent des Sœurs de Saint Augustin, le Cardinal Bernardin Gantin n’avait pas manqué de rappeler que, en huit ans, dix-neuf religieuses avaient donné leur vie, dont dix reposent dans le cimetière d’Agoué. Et il ajoutait que « De ce grain tombé en terre, vous êtes nées, mes Sœurs. Il est de bonne tradition africaine et chrétienne de rejoindre par le souvenir et dans la prière la semence enfouie comme un trésor pour lequel on vend tout ce que l’on a  afin de l’acheter… Or, ce trésor n’a pas de prix. C’est un trésor que nous n’avons pas à acheter, mais à contempler dans la foi et à faire fructifier selon la grâce propre de votre Congrégation qui est issue de la leur ». Au nom du Cardinal Gantin, je vous laisse entre les mains cette deuxième recommandation : « Soyez des âmes eucharistiques et missionnaires, car la mission naît de l’Eucharistie ».

Les Sœurs de Saint Augustin sont nées peu après la fin du Concile Vatican II, au moment où les jeunes Eglises africaines recevaient une sorte de confirmation de leur majorité. C’était le 22 août 1968, le jour où, dans le calendrier liturgique de  cette époque, on fêtait le Cœur Immaculé de Marie, en l’octave de la solennité de l’Assomption. Dans la cathédrale de Cotonou, le Cardinal Bernardin Gantin célébra la Messe de fondation de la nouvelle Congrégation. Dans son homélie, il évoqua les évêques africains qui, pendant le Concile œcuménique Vatican II, qui venait de s’achever, avaient porté les soucis, les joies et les espérances de l’Afrique, en exhortant ses filles à demeurer fidèles à leur devise inspirée de saint Augustin : « Unir dans la charité », pour que l’Eglise s’enracine toujours plus profondément en terre africaine. Il est vrai que, en 1969,  le Bienheureux Pape Paul VI, qui sera canonisé par le Pape François en octobre prochain, affirma à Kampala que la responsabilité de l’évangélisation de l’Afrique revenait désormais aux Africains eux-mêmes6. Dans son homélie, Paul VI s’exclama : « Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires », et il ajoutait : « Etre vos propres missionnaires: c’est dire que vous, Africains, vous devez poursuivre la construction de l’Eglise sur ce continent.»7. Et il ajoutait une parole grandiose qui honore l’Afrique : il disait : « Nova Patria Christi, Africa » : « La nouvelle patrie du Christ, c’est l’Afrique » : quelle immense mission ! Faire des Africains une Terre sainte, une Patrie de Jésus ouverte à l’Evangile et à la mission.  Mais pour que vous soyez de vraies missionnaires, vous devez être des femmes de foi et de prière.Vous devez être des contemplatives qui placent la prière au centre de votre vie. Saint Augustin insistait beaucoup sur l’importance de grandir dans la foi, de cultiver la foi, car le règne de la foi ne peut s’établir sans le raisonnement de l’intelligence. Il faut comprendre pour croire, aimait-il répéter. Mais il ajoutait : « Si tu ne peux pas comprendre, crois pour comprendre, la foi précède, l’intelligence suit »8. La foi éclaire, oriente, soutient l’exercice de la raison qui, abandonnée à elle-même, risque de sombrer dans l’erreur, mais si c’est la foi qui cherche, c’est l’intelligence raisonnable qui trouve : « fides quaerit, intellectus invenit : la foi cherche, l’intelligence trouve »9.

La foi nous unit intimement à Dieu et à nos frères et sœurs dans l’Amour. La foi nous fait entrer dans une relation personnelle et intime avec Dieu et cette relation nous transfigure, nous purifie.

Il s’agit pour vous, chères Sœurs de Saint Augustin, de donner votre vie, sans réserve et sans compromis, à Dieu et à tous vos frères et sœurs auxquels l’Eglise vous envoie. En tant que  consacrées, chacune de vous est invitée et à se laisser modeler chaque jour davantage par l’Evangile et l’amour du Christ, et à rendre grâce à Dieu d’avoir été choisie par Jésus pour devenir son épouse : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure », nous dit le Seigneur dans l’évangile de cette Messe d’action de grâces de votre jubilé. L’origine de votre Congrégation, comme l’appel personnel de chacune de vous à la vie consacrée, c’est Notre Seigneur Jésus Christ lui-même et Lui seul. Dans le monde d’aujourd’hui, empreint de matérialisme et assoiffé de pouvoir et d’argent, vous avez pour mission de montrer que Dieu seul est capable de combler le cœur de chaque homme et de le rendre heureux, sans avoir besoin de rechercher ailleurs son bonheur. 

Or, vous le savez, il y a aujourd’hui dans l’Eglise une grave crise de la foi qui risque d’affecter la vie religieuse. Car sans la foi, la vie religieuse perd tout son sens. Le symptôme principal de cette crise de la foi est l’abandon de la prière. Pour beaucoup, Dieu n’est plus le centre de leur vie. De fait, on peut noter avec une grande tristesse que certains consacrés, absorbés par des tâches sociales ou humanitaires, ont délaissé partiellement ou totalement la prière. Ils s’épuisent donc en vain dans un activisme effréné, et leur vie devient peu à peu comme « un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante »10. Car il est vrai que sans la prière, l’amour de Dieu et du prochain, devient comme une flamme vacillante, qui peu à peu, s’éteint. En effet, comme je l’ai écrit dans La force du silence, « les amis et les amoureux de Dieu sont irradiés par Lui : plus ils restent en silence et en sa présence, plus ils aiment Dieu. Plus ils sont vides d’eux-mêmes, plus ils sont pleins de Dieu. Plus ils conversent avec Dieu, face à face, plus leurs visages rayonnent de la lumière et de la splendeur de Dieu comme Moïse en sortant de la tente de la rencontre (Ex 34, 29-35)»11. Travaillez à éliminer tout spectacle et tout bruit pendant la prière liturgique. Aimez le silence et demeurez souvent en silence si vous voulez réellement rencontrer Dieu. Sans le silence vous n’avez aucune chance de rencontrer Dieu. Car Dieu se drape de silence. Romano Guardini disait : « Si quelqu’un demandait où commence la liturgie, je lui répondrais : avec l’apprentissage du silence. Sans le silence, tout manque de sérieux et reste vain ». Sans la prière, la charité du consacré s’éteint peu à peu, et son apostolat devient une action sociale ou humanitaire, et, finalement, il n’annonce plus que lui-même au lieu d’annoncer Dieu.  En revanche, pour témoigner qu’ils sont totalement consacrés à Dieu, celles et ceux qui s’y engagent en vérité acceptent de donner du temps à la prière, à l’adoration du Saint-Sacrement, à la lecture méditée de la Parole de Dieu. La prière et l’adoration devient leur activité principale. En effet, aimer c’est connaître : la religieuse, comme tout consacré, est donc appelée à dévorer la Parole de Dieu, qui purifie l’âme tout en la comblant de la douceur de la miséricorde divine12 ; en participant chaque jour au sacrifice eucharistique, elle apaise sa faim d’amour et de vérité et entre dans une intime communion avec le Seigneur13, c’est-à-dire jusqu’à ne plus faire qu’un avec Jésus Christ, dans une union sponsale, car comme le dit saint Paul : « Avec le Christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi »14. De plus, en tant que religieuses, vous avez accepté de vivre en communauté et vous avez prononcé les vœux  pour vivre dans l’obéissance, la pauvreté et la chasteté comme le Christ, votre époux. Choisir la pauvreté, le célibat consacré et l’obéissance, c’est notamment renoncer à la propriété individuelle, à fonder une famille humaine et à exercer un pouvoir sur les autres. Les vœux religieux signifient donc que ni l’avoir, ni le pouvoir, ni l’amour humain ne peuvent trouver en eux-mêmes leur propre finalité. Oui, ni le travail ni le rendement comme tels ne constituent le but de la vie religieuse. Son but c’est d’être le signe éloquent de la présence de Dieu dans notre monde devenu de plus en plus matérialiste et sécularisé. Par votre vie consacrée, vous, religieuses de Saint Augustin, vous voulez réveiller le monde, le sortir de sa torpeur, de sa tiédeur spirituelle, en l’éclairant de votre témoignage prophétique et en allant à contre-courant de toute ambiance mondaine et matérialiste. Voilà le service primordial et irremplaçable que, en tant que consacrées, vous rendez chaque jour, humblement et avec une joyeuse fidélité, à l’Eglise et au monde. Au nom du Cardinal Gantin, je vous rappelle cette troisième recommandation : soyez essentiellement des femmes de prières, de contemplation et scrutez constamment la Parole de Dieu : que la Parole de Dieu vous réveille chaque matin, chaque matin qu’elle vous réveille comme celui qui se laisse instruire (cf. Is 49, 4).

Mais, vous le savez bien, la vie religieuse n’est pas un long fleuve paisible qui coule tranquillement. En réalité, la vie religieuse est parsemée d’épreuves, de tentations et d’embûches. Votre saint patron l’évêque Augustin d’Hippone a connu l’âpre combat spirituel qui, à force de luttes et de batailles répétées, réussit à dominer ses désirs charnels et mondains qui constituaient un réel obstacle à l’union à Dieu. Nous savons que le Seigneur s’est révélé à lui au cœur d’un long et douloureux combat : en effet, c’est en mesurant humblement son impuissance et sa faiblesse radicales que saint Augustin devint capable d’accueillir la grâce de la conversion des mains du seul et unique Maître spirituel, qui ne peut nous tromper, car il est Dieu : Jésus Christ Notre Seigneur. Sans humilité, il est difficile de prier et de grandir spirituellement. C’était pour lui aussi que Jésus s’était adressé à Dieu le Père en disant : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits »15.  Cette prière de Jésus avait touché profondément saint Augustin avant sa conversion. Il était sans doute un géant et un génie intellectuel, doté de multiples dons, mais il a dû se reconnaître tout petit devant Dieu, avant de renaître, par le baptême, en Dieu le Père, le Fils et l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour, d’Intelligence et de Sagesse.

Chères Sœurs, l’évêque africain d’Hippone, saint Augustin,  docteur de l’Eglise, à qui vous avez été confiées par votre fondateur le Cardinal Bernardin Gantin,  et qui est devenu ainsi votre saint patron, se décrivait lui-même comme « un homme sous la tente de Dieu, ravi par la musique intérieure, entraîné par sa douceur »… Mais il savait que l’extase ne dure qu’un instant. Il retombait dans les misères humaines et quotidiennes. Il gémissait dans sa chair fragile. Mais il était porté par une attente, qui était la raison même de son pèlerinage sur cette terre : « chante et marche » répétait-il, car Dieu est au bout de la route, et, déjà il sentait la pression de sa main à la fois si douce et si puissante sur la sienne encore tremblante…16. Et voici ce qu’il disait encore au sujet de la recherche ardente de Dieu, qui habite le cœur de tout homme : « Donne-moi quelqu’un qui aime, et il sentira la vérité de ce que je dis. Donne-moi un homme tourmenté par le désir, donne-moi un homme passionné, donne-moi un homme en marche dans ce désert et qui a soif, qui soupire après la source de l’éternelle patrie, donne-moi un tel homme, il saura ce que je veux dire… Jésus dit : ˝ Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire …17 » »18.

Dans son homélie de la Messe de fondation de votre Congrégation, le 22 août 1968, en la fête du Cœur Immaculé de Marie, le Cardinal Bernardin Gantin vous avait confié à la Très Sainte Vierge Marie. Je voudrais conclure cette homélie en reprenant ses paroles si paternelles et lumineuses :

 « En ce 22 août, c’est aussi une Mère qui est donnée aux Sœurs de Saint Augustin en la personne de Marie. Sous son regard maternel, anciennes et jeunes professes referont tout à l’heure leurs vœux de religion à la suite de leur Mère Générale pour marquer officiellement, non pas seulement le signe incomplet d’une coupure du cordon ombilical avec la Congrégation des Sœurs de Notre Dame des Apôtres, mais la démarche positive et solennelle d’une investiture et d’un nouveau et grand départ. L’image de Marie, c’est alors qu’il nous semblera la voir se profiler à travers la Mère Générale de Vénissieux ici représentée par les Provinciales du Dahomey, du Togo, du Niger et de la Côte d’Ivoire, et à travers toutes les Sœurs européennes de Notre Dame des Apôtres, un peu comme la Sainte Ecriture nous a laissés dans les traits symboliques si émouvants d’une maternité de grâces, le visage de cette femme avancée en âge, la prophétesse Anne, qui finalement ne quittait plus guère le service du Temple de Jérusalem, attendant ainsi dans son cœur la rencontre définitive du Fils de Dieu, ˝Lumière pour éclairer les nations˝ ».

Vierge Immaculée,
Notre-Dame d’Afrique,
Souviens-toi des habitants de ce continent.
Qu’ils accueillent ton Fils Jésus dans un cœur généreux,
qu’il croissent dans son Amour et deviennent son Eglise.

Souviens-toi de ceux et celles que ton Fils appelle
au service de cette Eglise comme prêtres, religieux et religieuses,
qu’ils soient de vrais témoins de l’Evangile de l’Amour.

Accepte, ô Notre-Dame d’Afrique
la prière et l’apostolat des Sœurs de Saint Augustin,
que, par ton intercession, Jésus soit glorifié, aimé et servi
et notre Père adoré dans l’Esprit de Vérité
dans les siècles des siècles.

Amen.

 Notes : 

1Lc 1, 46.
2Ac 4, 32.
3 Tertullien, Apologeticum, 39.
4 cf. Syméon « le nouveau théologien », Hymne XLV.
5 Saint Augustin, in Johan. Tract, CXX, cité par Dom Prosper Guéranger, L’Année Liturgique, Temps après la Pentecôte, I, p. 504
6Les martyrs de l’Ouganda ont été canonisés par Paul VI au cours du concile Vatican II, en présence de deux mille évêques rassemblés à Rome, le 18 octobre 1964.
7 Bienheureux Pape Paul VI, homélie de la Messe célébrée à Kampala, 31 juillet 1969.
8 Serm 118, I.
9 De Trin. XV, 2, 2).
10 1Co 13, 1.
11 Cardinal Robert Sarah, La Force du silence, n. 116, pp. 103-104, Paris, Fayard 2016.
12 Cf. Ap 16, 9-10 : « Je m’avançai vers l’ange pour lui demander de me donner le petit livre. Il me dit : ˝Prends, et dévore-le ; il remplira tes entrailles d’amertume, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel˝. Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je le dévorai. Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume».
13 Sainte Catherine de Sienne un jour dit au frère Lazzarino qu’il connaissait la voie du Seigneur mieux qu’elle par les Sainte Ecritures. Celui-ci lui répondit qu’il n’en connaissait que l’écorce (connaissance in cortice), mais qu’elle en connaissait la moelle (connaissance in medulla). Cf. Marie des Anges Cayeux, Désirer d’un grand désir-Une dynamique de perfection au cœur de la doctrine de Catherine de Sienne, Paris, Le Cerf, p. 80, note 3.
14 Ga 2, 19-20.
15 Mt 11, 25.
16 Cf. La force du silence, op. cit,  n. 133, p. 113.
17 Jn 6, 44.
18 Saint Augustin, Homélies sur St Jean, Tract. XXVI, 4.

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