Kofi, l’immortel !

Koffi ANNAN

Koffi ANNAN

Exceptionnel, Kofi Annan l’était. Le voici promu à l’immortalité. Tous auront remarqué la sobriété et la précision du communiqué de la Fondation Kofi Annan faisant part du décès de l’Ancien Secrétaire Général des  Nations Unies.

 »Décédé paisiblement » !
 »Paisiblement ». Ce mot  correspond à toute une vie de ce frère qui étonne le monde entier par un parcours de vie signifiant l’attention à autrui, le vivre ensemble et la paix entre tous.

J’ai eu l’immense privilège de connaître Kofi Annan depuis 1964 à Addis Abeba quand il exerçait  la modeste fonction d’assistant personnel de Robert Gardiner, ghanéen lui aussi, jeune compagnon de N’KRUMAH, qui était alors le premier grand espoir de l’Afrique aux Nations Unies et assumait la charge de Secrétaire Exécutif de la Commission Economique pour l’Afrique.

Guidé par ce maître, Kofi Annan, déjà fort doué, patient, méthodique et discret, s’est appliqué à servir les Nations Unies dans les domaines les plus divers  tout en sachant choisir ses champs d’implication.

Ses études en Angleterre et  aux Etats Unis, son service au Haut Commissariat pour les Réfugiés, sa compétence en matière de gestion du  personnel l’ont vite signalé comme un dirigeant sachant prendre les autres en charge et les faire grandir.

Une particularité de Kofi Annan était de reconnaitre les qualités et admirer les compétences d’un collègue, la valeur d’un ami.

Je dois signaler ici sa fidélité absolue à tous ceux avec qui il a travaillé et qu’il a appréciés. Je garde en souvenir tant de recommandations de sa part pour la fille d’un ami de jeunesse, un ami décédé depuis des années et qu’il a constamment suivie, protégée et fait grandir.

J’ai eu le privilège de bénéficier de sa confiance constante pour agir avec lui sur plusieurs dossiers délicats relatifs à la réconciliation en République Démocratique du Congo et notamment en Côte d’Ivoire où il m’a choisi pour être son Représentant Spécial.

C’était en un temps particulièrement difficile et dans des circonstances qui auraient pu embraser toute l’Afrique de l’Ouest.

J’eus ainsi la lourde charge d’initier l’une des premières opérations de paix combinant la sécurité des populations et leur développement.

Cet homme de tempérance et de sobriété, de maîtrise et d’indépendance de jugement n’était habité que par la nécessité du service, le bien des populations, le vrai et le juste. Et ceci en famille, en société et en accomplissement des plus grands projets qu’il initiait et suivait avec une remarquable ponctualité. La ponctualité était pour lui une sorte de religion qui lui permettait de maitriser à la fois les nombreux défis dont on ignorait comment il se libérait. 

Vers la fin de son deuxième mandat de Secrétaire Général de l’ONU, son pays, le Ghana, traversait une période de grande confusion  politique. Beaucoup de ses compatriotes avaient pensé à lui pour devenir Président de la  République.    Les sondages lui étaient largement favorables. Tout était en place pour son succès. Il me glissa un jour à l’oreille:

 » Albert, that kind of job is not for me » (Ce genre de boulot, n’est pas pour moi.)

Connais-toi toi-même –Gnothi seauton (Γνῶθι σεαυτόν), enseignaient les grecs.

Il tourna plutôt son regard vers la révolution verte, les nécessités de l’alimentation pour tous, la paix. Et il suscita une fondation promise au plus grand rayonnement. Il était en effet plus à l’aise  dans le service d’utilité publique, dans la coordination des aptitudes et des compétences de chacun pour un succès général.

Il gardait en mémoire l’apport spécifique de chaque collaborateur et ne se séparait vraiment de personne. A un responsable de projet devenu encombrant dans des circonstances embarrassantes et dont il fallait prendre congé, il eut ce mot que l’on retrouve textuellement dans une pièce célèbre de Pierre Corneille (POLYEUCTE) : « Je vous quitte à regret mais enfin il le faut ».

Conforté par de nombreuses rencontres privées avec ce frère de choix, notamment lors de nos échanges au cours du sommet des consciences à Paris (juillet 2015), j’ose avancer qu’à mon avis, l’un des plus grands trophées à lui offrir serait l’édition d’une encyclopédie des nombreux  »miracles » qu’il a fait opérer par des milliers de collaborateurs (d’ELISABETH LINDENMAÏER à LAKHDAR BRAHIMI, de SADAKO OGATA, IBRAHIMA FALL, CARLOS LOPES, HEIDI NOUIRA, JEAN ZIEGLER, KENNETH DADZIE ou ALLAN DOSS et des centaines d’autres) par qui il a recherché  ce que nul ne pouvait imaginer dans chacun des pays de cet univers de grands bouleversements de la Birmanie, de l’Irak, du Zimbabwe, du Kenya, de la Nubie, de la Cyrénaïque ou du NICARAGUA. Si bien que l’on pouvait distinguer cet africain d’être la synthèse en soi-même d’une nature humaine unique et diverse, arc en ciel des valeurs essentielles qui sont pédagogie de vie et qui justifient pleinement ce Prix Nobel que nous partageons tous avec fierté. Du panthéon de lumière où il siège désormais, il guidera avec assurance nos modestes et ardents efforts pour la paix par un autre chemin, celui du dialogue interreligieux et interculturel, producteur de projets de développement pour l’éradication de la pauvreté et la conquête ensemble d’un Minimum Social Commun. Il sera parrain de la Maison de la Paix, suscitée en terre africaine du Bénin pour la promotion d’un  monde plus fraternel.
Oui exceptionnel, Kofi Annan l’était véritablement. Immortel il est devenu.

Albert TEVOEDJRE

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