« Notre pays se réjouit de la démocratie qui la caractérise et l’Église peut rendre grâce d’y avoir participé »

Mgr Gonsallo

 

Mgr Gonsallo

Le 31 juillet 2018, veille du 58e anniversaire de l’indépendance du Bénin, Mgr Aristide Gonsallo, évêque de Porto-Novo, a présidé à la cathédrale Immaculée Conception de Porto-Novo, une action de grâce pour marquer l’événement. Elle a connu la participation des milliers de fidèles, de cadres, des autorités politico-administratives et des têtes couronnées. Retour sur l’homélie qu’il a prononcée à cette occasion au regard de son importance.

Fils et filles bien-aimés de Dieu, Honorables invités, Chers pères concélébrants,Chers religieux et religieuses, Bonne fête de l’Indépendance à tous et à toutes !

Nous voici rassemblés pour rendre grâce à Dieu pour ce beau pays qu’il nous a donné et dont nous fêterons demain le 58anniversaire d’Indépendance. Oui, nous avons des raisons de rendre grâce car Dieu a jeté un regard bienveillant sur notre pays et il n’est pas besoin de dresser la liste de ce que le Seigneur accomplit pour nous en rendre compte. Oui, nous rendons grâce à Dieu pour la paix qui a toujours prévalu dans notre pays malgré les soubresauts que le pays a connus à certains moments de son histoire. Notre pays se réjouit de la démocratie qui la caractérise et l’Église peut rendre grâce d’y avoir participé. Nous rendons grâce pour le progrès insufflé à notre pays par les divers régimes qui se sont succédés à sa tête jusqu’au régime actuel. Nous rendons grâce à Dieu qui a toujours préservé notre pays des pires catastrophes naturelles. Nous rendons grâce à Dieu pour le vivre ensemble de tous les Béninois, un patrimoine que nous sommes tous appelés à préserver en tant que citoyens de ce pays.

Dans une circonstance comme celle-ci, c’est la Parole de Dieu qui nous permet de relire notre histoire et d’envisager des perspectives d’avenir pour le bien de notre pays et le bien de chaque citoyen quelqu’il soit. Cette méditation nous est proposée aujourd’hui par le prophète Jérémie en première lecture et Jésus lui-même dans l’Évangile de saint Mathieu.

Le prophète Jérémie nous révèle la situation critique que traverse le peuple de Dieu. Aux malheurs provoqués par les incursions de troupes ennemies s’ajoute celui de la famine consécutive à une sécheresse. Dans la campagne, c’est la misère. Dans la ville, c’est la faim qui règne en maître : « Si je sors dans la campagne, dit le prophète, voici des hommes percés par l’épée ; si je rentre dans la ville, voici des hommes tourmentés par la faim ». Les hommes et les femmes de ce temps-là en appelaient à Dieu mais c’était en vain, car le peuple se confiait plutôt aux beaux parleurs, aux faux prophètes qui, au nom de Dieu, annoncent que tout va bien se terminer. Le peuple ne veut pas comprendre ce qui arrive. Le temps de la miséricorde n’est donc pas encore venu. Il faut d’abord que le peuple découvre les conséquences tragiques de son endurcissement.

Et nous, Béninois, sommes nous si loin du comportement du peuple de Dieu tel que présenté par le prophète Jérémie dans la première lecture ? Allons-nous rejeter aux temps immémoriaux l’épisode de la première lecture comme si elle ne nous concernait pas ? Oui, aujourd’hui au Bénin, dans les campagnes et les villages, une pauvreté voire une misère s’avère aggravante. Dans les villes, un certain luxe insolent cache les basfonds de la misère des populations.Comme l’affirme si bien le pape François dans son message pour la Journée Mondiale des pauvres le 18 novembre prochain : « Nous rencontrons des situations de souffrance et de marginalisation, dans lesquelles vivent tant de nos frères et soeurs que nous avons coutume de désigner par l’appellation générique de « pauvres ». Et dans tout ce fatras de pauvreté criarde et derichesse insolente, il y a bien des faux-prophètes qui bernent les faibles populations pour leur faire miroiter le gain facile sous prétexte de les sortir de leur misère. Et tout cela, au nom de Dieu ! Oui, si, pour reprendre un auteur célèbre, « le Béninois est incurablement religieux », il faut reconnaître que, par ces temps de religiosité populaire, les nouveaux prophètes qui poussent comme des champignons et qui ont pignon sur rue n’ont pas fini de berner le peuple et de legruger. Or, comme le dit si bien le Seigneur dans la première lecture : « Parmi les idoles des païens, y en a-t-il un seul qui fasse pleuvoir ? » Les situations socio-économiques difficiles que nous traversons aujourd’hui sont-elles les conséquences de notre oubli de Dieu ou d’une fausse conception de Dieu ? Au regard de la première lecture et à la veille de la célébration du58e anniversaire de notre indépendance, il est bon de jeter un regard rétrospectif sur notre relation à Dieu afin de nous engager sur le chemin de la conversion et de la prière : « Souviens-toi, Seigneur, ne rompts pas ton alliance avec le peuple béninois que tu aimes…O notre Dieu, nous espérons en toi, car c’est toi qui sais toutes ceschoses ».

Le chemin de la conversion et de la prière passe par l’écoute comme Jésus lui-même nous le révèle dans l’Évangile de ce jour. « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Cette phrase très orientale de Jésus et très riche en suggestions multiples est certainement d’une importance extrême. Elle signifie avant tout qu’il ne suffit pas d’adresser une parole à qui que ce soit pour que cette parole soit entendue, même s’il s’agit de la Parole de Dieu, même si c’est Dieu lui-même qui nous parle. Tout citoyen béninois sait que des réformes sont nécessaires et qu’elles ne se font pas sans douleur. C’est certainement le prix à payer pour des lendemains meilleurs. Mais il est important que tout le monde y participe pour qu’il n’yait pas de sentiment d’injustice ou de deux poids, deux mesures dans l’application de ces réformes afin de ne pas générer des frustrations.

Il faut toujours, de plus, une oreille qui entende et un coeur qui s’ouvre. Mais si l’auditeur est responsable de la manière dont il écoute et dont il ouvre son coeur, celui qui parle est responsable aussi de la manière dont il adresse la parole. Finalement, si un courant peut s’établir entre l’auditeur et le locuteur, du locuteur à l’auditeur, si une lumière s’allume, c’est que déjà un même amour les réunit et une même force les traverse, amour et force qui viennent tous deux de l’Esprit Saint. C’est pourquoi, pour que la parole se trouve vraiment annoncée, entendue et accueillie, il faut aussi la prière qui seule rend le coeur disponible. Comme nous le dit si bien Saint Benoît dont l’Église a fait mémoire le 11 juillet dernier : « Quoi que tu entreprennes, commence par te tourner vers Dieu afin qu’il mène ton entreprise à bonne fin ». Avec la force de Dieu effectivement, tout nous est possible et il accordera largement à notre pays les fruits de l’Esprit si nous les lui demandons.

Pour faire grandir notre pays, Jésus nous invite à respecter le rôle de chacun : Le Fils de l’homme sème le bon grain. L’ennemi, c’est le fils du Mauvais. Il ne nous revient pas de faire le tri. C’est plutôt la mission confiée aux anges. Les Apôtres de Jésus ont compris, comme les auditeurs, la parabole de l’ivraie dans le champ. En effet, cette histoire fait allusion à une situation qui n’est que trop évidente. Il n’est point besoin de faire un grand discours pour apprendre que le bien et le mal coexistent dansle monde et qu’il est très difficile de déraciner l’ivraie sans arracher en même temps la tige de blé. Il est possible de faire une lecture plus optimiste de cette parabole de l’ivraie si chaque Béninoisse considère lui-même comme le champ où poussent en même temps le bon grain et l’ivraie. Dans cette perspective, les « fils du Mauvais » peuvent représenter les tendances adverses qui nous habitent. D’ailleurs, dans la Bible, on personnalise souvent les choses. Il est donc bon de nous représenter ces tendances adverses dont nous sentons bien qu’elles s’accrochent si solidement à notre sol qu’elles sont quasi indéracinables. Elles subsisteront probablement jusqu’à la moisson avec le bon grain.

Certes, dans cet évangile comme ailleurs, Jésus ne nous donne pas de réponse au problème du mal, mais, bien mieux que cela,il nous dit clairement que le problème du mal a un débouché qui n’a d’autre nom que notre propre conversion. Il nous revient à nous Béninois avec le zèle patriotique qui est attendu de nous, de nous convertir, de faire grandir ce qui est semé, en grandissant nous-mêmes en amitié avec Dieu et avec nos frères et soeurs à condition de bannir en nous toute parole qui condamne l’autre inutilement. Tout ceci ne se fera que dans la conversion et dans un appel à la préservation du vivre ensemble selon les recommandations suivantes :

Au niveau religieux, la conversion et la préservation du vivre-ensemble passent par le respect réciproque entre les diverses confessions religieuses. Nous le savons bien, la source des conflits, c’est le mépris de la dignité humaine.Nous savons également que tous les conflits ont une solution qui n’a d’autre nom que le dialogue et le respect réciproque. Nous avons à prévenir les dérapages éventuels suscités par des comportements pouvant générer des frustrations. Nous avons à proscrire la violence verbale. En matière de religion, le respect de l’autre passe aussi par le respect de ses croyances, de ses symboles, de ses attributs ou de tout ce qu’il retient comme important et sacré : « Notre réponse à ce monde en guerre a un nom : la fraternité».

Au niveau socio-politique, la conversion et la préservation du vivre-ensemble passe par l’attention soutenue aux plus pauvre sdont le nombre s’accroît de jour en jour. Dans son dialogue inédit avec le journaliste Dominique Wolton, le pape François définit la politique comme « un des actes de charité les plus grands. Parce que faire de la politique, c’est porter les peuples » (Politique et sociétéP. 305). Tout citoyen béninois sait que des réformes sont nécessaires et qu’elles ne se font pas sans douleur. C’est certainement le prix à payer pour des lendemains meilleurs. Mais il est important que tout le monde y participe pour qu’il n’yait pas de sentiment d’injustice ou de deux poids, deux mesures dans l’application de ces réformes afin de ne pas générer des frustrations. Les trois principes fondamentaux de la Doctrine Sociale de l’Église peuvent nous éclairer à ce sujet comme clés pour valoriser les liens sociaux : d’abord la dignité de la personne humaine, ensuite le principe de subsidiarité qui est la responsabilité partagée, enfin la solidarité qui est la considération de l’autre comme un semblable, un frère et une soeur.

C’est à dessein que je rappelle ici pour notre propre gouverne le deuxième couplet de l’hymne national de notre pays pour nous inviter à l’espérance et à la sérénité :

Quand partout souffle un vent de colère et de haine
Béninois, sois fier, et d’une âme sereine,
Confiant dans l’avenir, regarde ton drapeau
Dans le vert tu liras l’espoir du renouveau ;
De tes aïeux le rouge évoque lecourage ;
Des plus riches trésors le jauneest le présage.

C’est notre attention à Dieu aujourd’hui qui prépare les surprises de notre croissance. Soyons-y attentifs. Demandons la grâce que notre coeur devienne le lieu de l’Amour pour Dieu, pour l’humanité, pour notre pays, le Bénin. Le Seigneur soit avec vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *