« L’Église Catholique est désireuse d’offrir un enseignement de qualité »

Interview du Marc HOUNON

Interview du Marc HOUNON

(Entretien avec le père Marc Hounon, Directeur diocésain de l’enseignement catholique à Cotonou.)

L’Église catholique est un des principaux acteurs de l’éducation dans notre pays. Elle contribue depuis des décennies à la formation de cadres compétents au service de la Nation. En sa qualité de Directeur diocésain de l’enseignement catholique, le père Marc Hounon pose un regard avisé sur cet engagement social de l’Église dans notre pays. Il nous ouvre les portes de l’institution dont il a la charge en nous présentant ses difficultés et ses perspectives.

La Croix du Bénin : Révérend Père, en votre qualité de Directeur diocésain de l’enseignement catholique, quelle est votre appréciation de l’engagement social de l’Église dans l’éducation au Bénin ?

Père Marc Hounon : Le second Concile du Vatican, en s’appuyant sur l’enseignement pluriséculaire de l’Église, a rappelé l’extrême importance de l’éducation dans lavie de l’homme et son influence toujours croissante sur le développement de la société. L’homme est la « route » de l’Église, et cette dernière se définit elle-même comme « mère et éducatrice ». En réalité, la mission d’éducation s’impose à l’Église comme une mission intrinsèque à sa vocation. C’est cette mission-là que l’Enseignement Catholique essaie de mettre en oeuvre en poursuivant la formation intégrale de la personne humaine quelles que pussent être sa religion, ses conditions et ses origines.

Le système éducatif dans notre pays a été initié par les missionnaires, si bien que l’Église a souvent été la référence première en matière d’éducation au Bénin. La floraison des écoles privées, loin de nous mettre en situation de concurrence, constitue une chance pour notre pays. L’Église Catholique est désireuse d’offrir un enseignement de qualité qui recherche l’efficacité dans l’ordre et la discipline, la réussite d’une vie accomplie au-delà de tout succès, afin d’assurer pour notre pays et pour tout le genre humain, une relève de qualité qui craigne Dieu et coopère à la conservation de tout le créé.

Il va donc sans dire que cet engagement social de l’Église dans l’éducation est très bénéfique pour notre pays. Il permet d’offrir à notre société des hommes et des femmes société des hommes et des femmes bien formés, capables d’oeuvrer à son développement.

À quelles difficultés êtes-vous confrontés dans l’accomplissement de cette mission d’Église au coeur de la Cité ?

Les difficultés auxquelles nous sommes confrontées dans cette oeuvre sont de plusieurs ordres. Déjà, le contexte socioculturel que nous traversons dans cette mission d’éducation est fortement sous l’influence des Tic qui sont, elles-aussi, manipulées par une « éthique nouvelle » qui se veut à la fois mondiale et anti-traditionnelle. Nous nous retrouvons parfois à ramer à contre-courant puisque certains parents encouragent les jeunes à des attitudes qui blessent la pudeur et les bonnes moeurs.

Éduquer un jeune, c’est le conduire à être plus humain. L’étymologie même du mot, ex ducere : conduire hors de, mener vers, l’insinue bien d’ailleurs. Quand on parle d’éducation, il y a donc le volet moral. Et l’une des difficultés que nous rencontrons aujourd’hui, c’est l’envahissement que nous subissons de ce qu’on appelle la « nouvelle éthique mondiale ». Par exemple, au plan de l’éducation sexuelle, nous pressentons qu’onva nous imposer une sorte d’éducation qui vient d’ailleurs. Nous sommes d’accord qu’on éduque à une prise en charge de la sexualité personnelle, mais avec nos valeurs africaines, nos valeurs humaines, nos valeurs ecclésiales. Quand on se rend compte qu’on nous impose des valeurs dites « mondiales » qui ignorent toute religion et toute tradition, cela inquiète. Cela inquiète d’autant plus que nos dirigeants au plan politique ne semblent pas être préoccupés par la chose. Nous risquons d’avoir une éducation du pouvoir de l’argent et non une éducation aux valeurs, inspirée par la sagesse. Pour moi, c’est une difficulté énorme. Je la vis comme telle d’autant plus que je me sens de plus en plus impuissant à pouvoir réagir en tant que prêtre. On est presque impuissant à réagir mais on ne baisse pas les bras.

Comme autre difficulté, il y a le fait que nous ne bénéficions pas de subvention de la part de l’État. Le personnel ne cesse de faire des revendications. Il le fait à raison à cause de la cherté de la vie. Si nous devons simplement nous contenter de la scolarité, on risque de fermer des écoles à moyen terme. Il y a deux ans, on en a fermé. Cette année encore, nous suspendons une école. C’est une grosse difficulté que nous avons. On ne sait pas ce que cela donnera mais on se bat a fin que l’État ait la juste vision de ce qu’il doit faire pour que l’éducation soit prioritaire.

Au plan de notre organisation à la Ddec, il y a également des difficultés liées aux ressources financières. Une direction comme la nôtre, a besoin d’un personnel qualifié. Mais un personnel qualifié a son coût ! Du coup, ce sont les mêmes qui assument plusieurs responsabilités à cause de nos ressources limitées qui ne nous permettent pas de nous doter de l’hyper structure nécessaire pour bien répondre à notre mission de Direction diocésaine. Mais, comme prêtre, on ne se lasse pas de continuer le travail. Les difficultés ne nous arrêteront pas dans notre détermination puisque nous avons une force intérieure qui est celle du Seigneur.

Quelles sont vos perspectives pour une amélioration de la qualité de l’enseignement dans les écoles catholiques ?

La première de nos perspectives est de progresser dans notre mission de centralisation. Pour favoriser cette centralisation, nous comptons finaliser une plate-forme électronique. Elle permettra de recueillir toutes les données de toutes les écoles. Les travaux, en ce domaine, ont beaucoup avancé déjà.

Par ailleurs, nous envisageons améliorer davantage les grilles d’évaluation du personnel aussi bien au niveau du recrutement qu’au niveau du suivi-continu. C’est quelque chose qui se fait déjà mais nous allons l’accentuer pour que le personnel soit toujours de qualité.

Enfin, par rapport au Plan stratégique d’action pastorale de l’Archidiocèse, il y a aussi la perspective de création de nouvelles écoles dont nous étudions les projets.

Quel est votre mot de fin en cette période d’examen, particulièrement marquée en amont parl es grèves et les mouvements de revendication salariale ?

Le mot de fin, c’est Deo gratias. Nous rendons grâce à Dieu que malgré tout, on ait réussi à terminer l’année calmement et que les examens aient lieu. Nous profitons de ce canal pour inviter tous les acteurs de l’éducation, aussi bien le pouvoir public que les civils, à travailler main dans la main, en visant l’objectif unique qu’est le bien commun de notre pays. Ce qui s’est passé n’a fait du bien à personne. Il faudrait que chacun consente à un sacrifice en vue du bien commun.

Propos recueillis par Cubillas FIOSSI

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