« Ce qui concerne tout le monde ne peut subir de changement qu’avec tout le monde »

Celestine Zannou

Celestine Zannou

(Entretien avec Célestine Zanou, leader politique, présidente de la Dynamique du Changement pour un Bénin Debout, Dcbd)

Tout en reconnaissant les insuffisances de la Constitution, Célestine Zanou pense que la démarche par voie de référendumengagée pour procéder à son amendement est inopportune.

La Réforme référendaire pour laquelle vous sollicitez mon avis rentre dans le processus encours de révision de la loi fondamentale, la Constitution du 11 décembre1990. Je ne saurais me prononcer surcette question sans partager avec vous ma compréhension du référendum. Selon moi et c’est d’ailleurs son sens, le référendum est une procédure de collaboration avec le peuple pour l’élaboration d’une loi qui ne devient parfaite qu’avec son consentement. Le mot est là, le consentement. Ainsi, lorsqu’on veut le consentement de quelqu’un, il faut dialoguer avec la personne ou la persuader afin d’éviter ledoute ou la suspicion. 
Notre pays a des sensibilités qui sont le reflet du peuple et qui doivent forcément se mettre ensemble pour proposer en matièrede loi fondamental equelque chose qui nous ressemble et qui nous rassemble.

Ceci dit, notre pays a connu plusieurs référendum et le dernier fut celui de 1990, l’avant dernier celui de 1977 où d’ailleurs le terme de loi fondamentale a été mis enexergue pour mettre en avant le fait que cela concerne tout le monde.

Or ce qui concerne tout le monde ne peut subir de changement qu’avec tout le monde. Je ne dis pas de rassembler les10 millions de Béninois autour d’une table !

Notre pays a des sensibilitésqui sont le reflet du peuple et quidoivent forcément se mettre ensemble pour proposer en matière de loi fondamentale quelque chose qui nous ressemble et qui nous rassemble. Lorsque cette démarche consensuelle n’est pas de mise, tout ce qui sera fait aura tout l’air d’un forcing face auquel chacun ira exprimer son ressenti si ce n’est sa douleur puisqu’il ne répondra pas à la question posée.

Donc notre proposition est de revoir la démarche actuelle qui a tout l’air d’une précipitation porteuse de suspicions, surtout que les raisons évoquées manquent de pertinence. Prenons la Cour des comptes.C’est une Cour appelée à donner quitus en matière de gouvernance financière économique ; et de ce point de vue, c’est la Cour constitutionnelle présidée par Me Joseph Djogbénou, dans son fonctionnement actuel qui inspire pour la Cour des comptes des craintes et suspicions. 
On veut nous faire croire qu’un wagonnet de 24 femmes à l’Assemblée Nationale sera la preuve de promotion des femmes. C’est à la limite du ridicule que nous ne saurions laisser aller plus loin.

À propos des femmes, je pense qu’on veut nous faire croire qu’un wagonnet de 24 femmes à l’Assemblée Nationale sera la preuve de promotion des femmes. C’est à la limite du ridicule que nous ne saurions laisser aller plus loin. La question des femmes relève d’unevolonté politique affichée. Le Général Mathieu Kérékou n’a pas eu besoin d’une modification de la Constitution pour me nommer Directrice de Cabinet à la Présidence de la République et je n’ai pas démérité. D’autres exemples existent.

Si les femmes veulent aller à l’Assemblée Nationale, qu’elles s’engagent dans les partis politiques pour développer un leader shipet s’assurer une représentation de qualité ; et si comme on nous l’agite, la question est urgente pour les promoteurs de cette idée, qu’ils cèdent tout simplement sur leurs listes aux prochaines législatives, la place aux braves femmes de leurs partis et nous pourrions en avoir bien plus que ces 24 attendues.

En ce qui concerne le couplage des élections, je me permets une caricature : parce que les examens coûtent chers, il faut coupler Bac, Bepc et Cep comme si chaque examen n’avait pas ses spécificités ?

Pour revenir au sujet, si l’on prend les 4 élections dont il est question, deux sont déjà couplées à savoir les locales et les communales et tout le monde connaît les difficultés rencontrées à ce niveau et dont certaines sous formes de contentieux, sont encore non réglées à ce jour ; encore qu’ici il est question d’un dispositif qui encadre le développement à la base et conforte la décentralisation.

Pour les législatives, leur cadre d’exercice relève de la circonscription électorale et le bulletin utilisé n’est pas le même que celui des élections communales et locales ; nous connaissons tous le niveau d’instruction de nos populations qui votent.

Quant à la présidentielle, elle apparaît comme la plus facile puisque la circonscription du candidat regroupe les 5297 villages et quartiers de villes, c’est-à-dire tout le territoire national. Ce qui n’est pas le cas pour le député élu avec les voix des populations de sa circonscription électorale. À la limite, la présidentielle irait avec les locales et communales encore que c’est risqué de coupler la présidentielle qui est une élection simple avec une élection (locales et communales) déjà plus complexe.

Quoi qu’il en soit, même si l’idée est de faire des économies, il n’en sera rien puisqu’il demeure que chaque élection a ses particularités.

Et puis, et puis… la démocratie a un coût et ce qu’on pense gagner pourrait bien se révéler conflit et spirale de violences dont le coût reste incalculable. Enfin, parlant de la peine de mort, c’est une peine instituée par ordonnance et le code pénal, à ceque je sache, a déjà réglé la question. 
Dans notre pays, les urgences sont certes nombreuses et à tous les niveaux mais il importe de faire des choix pertinents et non pas seulement cohérents.

Aucune urgence donc sur ces questions agitées pour toucher à la Constitution de 1990. Dans notre pays, les urgences sont certes nombreuses et à tousles niveaux mais il importe de fairedes choix pertinents et non pas seulement cohérents. Le Bénin n’a pas à ce jour un problème de textes 

La révision constitutionnelle enclenchée depuis 2017 et qui prend une nouvelle tournure en 2018 avec l’amendement de nombreux textes juste pour pouvoir y parvenir, est sans doute une nécessité puisque abordée depuis déjà quelques années ; mais elle reste beaucoup plus un choix cohérent qui pourrait manquer d’être autant pertinent que des réponses adaptées aux appels sociaux qui fusent de toutes parts.

Si la politique est un jeu, elle reste bien codifiée par des textes dont le strict respect et dans les règles de l’art, est non seulement garant de paix mais surtout et davantage, facteur de crédibilité pour tout dirigeant qui en fait sa posture de travail. Dépenser des milliards pour un référendum dans le contexte actuel n’est pas à mon avis opportun. Cet argent pourrait bien servir pour des bourses d’études aux jeunes filles et à la jeunesse en particulier, faciliter l’accès des femmes aux crédits, améliorer leurs conditions de vie et de travail, etc.

En conclusion, permettez que je vous dise ma conviction personnelle: le Bénin n’a pas à ce jour un problème de textes.
L’urgence reste l’améliorationdes conditions de vie des populations.

Dépenser des milliards pour un référendum dans le contexte actuel n’est pas à mon avis opportun. Cet argent pourrait bien servir pour des bourses d’études aux jeunes filles et à la jeunesse en particulier, faciliterl’accès des femmes aux crédits, améliorer leurs conditions devie et de travail, etc.

Notre Constitution a certainement besoin d’être toilettée même si ce mot n’est pas celui que je préfère puisqu’on ne toilette que ce qui est sale alors que notre Constitution actuelle a prouvé en 30 ans de vie son efficacité dans maints domaines.

L’idéal serait de suivre une démarche qui permet de rédiger une Constitution de bonne qualité et surtout acceptée par tous pour durer dans le temps et nous garantir quiétude et paix comme celle de 1990.

Travaillons à ne pas redevenir l’enfant malade de l’Afrique est mon souci le plus ardent.

Alain Sessou

Alain SESSOU

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *