« Il a mené un combat résolu et honnête »

Homélie du Mgr Adoukonou

Homélie du Mgr Adoukonou

 (Homélie du Mgr Barthélemy Adoukonou)

Excellence Révérendissime Mgr Antoine Ganyé,Chers frères dans le sacerdoce, Chers frères et soeurs dans le Christ,

Les trois textes de ce jour nous montrent chacun pour sa part, Dieu en train d’éduquer son peuple par son prophète Ezéchiel ; les nations par son apôtre Paul ; et Israël, plus particulièrement les habitants de Nazareth, par son Fils, Verbe Incarné et Rédempteur.

Le premier texte que l’Église, mère et maîtresse, nous a donné à lire, nous fait admirer la manière forte dont Dieu façonne la personnalité du prophète Ezéchiel, en l’envoyant « vers les fils d’Israël vers ce peuple de rebelles qui s’est révolté contre (Lui). C’est à eux que je t’envoie, et tu leur diras : « Ainsi parle le Seigneur Dieu ». Tu seras tout simplement prophète. Qu’ils accueillent ou non, peu importe.Sois fidèle à ton identité ! »

Le même façonnement énergique de la personnalité de l’apôtre des nations, Paul, se retrouve dans la deuxième lecture : « J’ai dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m’empêcher de me surestimer». Par trois fois, Paul demande au Seigneur de l’en délivrer, mais le Seigneur lui a répondu : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ».

L’évangile nous a fait voir pour sa part la rebuffade subie par le Verbe de Dieu, fait chair et en mission de rédemption de la part de Nazareth, son pays. Il n’a pas pu faire de miracles chez lui comme ailleurs, parce que les siens ne croyaient pas en lui, le réduisant au « fils du charpentier » qu’il est effectivementet ainsi à n’être, au plus, qu’un thaumaturge. Par contre, Jésus en fait n’est venu que pour donner des signes de la présence du Royaume de Dieu son Père, et tout miracle authentique est une rencontre de foi qui accomplit une dimension du mystère du salut. Le manque de foi de ses concitoyens le coïnce dans le déploiement de sa mission de rédempteur.

Et voici que par les dispositions de la divine Providence, nous commémorons aujourd’hui le 20e anniversaire du retour à Dieu de notre Père-évêque, Mgr Christophe Adimou. Tout ce qu’il a été parmi nous est comme un 4e texte d’énergique façonnement de personnalité que Dieu nous donne à méditer. De tous les évêques béninois déjà retournés au Seigneur en effet, il est la figure la plus originale par la qualité de sa formation humaine, intellectuelle et spirituelle. Parceque ces trois formations, en ce qui le concerne, n’ont pas couru les risques d’obscurcissement de l’apport de l’Afrique traditionnelle à notre façonnement humain, intellectue là notre façonnement humain, intellectuel et spirituel qu’engendre le passage en Occident pour les études dites supérieures, nous pouvons admirer chez lui toute la splendeur de ce que représente comme synthèse réussie, sa formation humaine quasi exclusivement reçue de la tradition africaine Vodun, et la formation intellectuelle et spirituelle reçues de nos Pères Sma.

Feu Mgr Sastre et feu Père Achille Noudéhou, témoignant d’une seule voix, au nom du clergé et de toute la population du Mono, ont exprimé il y a 20 ans, leur joie d’avoir eu Mgr Adimou comme pasteur fondateur. Ils ont énoncé, entre autres, sa sagesse pastorale exemplaire : « Mgr Christophe Adimou était un homme d’écoute et de réflexion. Cela donnait une certaine lenteur à son action, mais il était prêt à partager ses expériences pour créer autour de lui, une sorte de confraternité dans les limites du respect de soi et de l’autre ».

Mgr Isidore de Souza, son coadjuteur qui lui a succédé, l’aimait au point de faire de son coeur et de son âme, comme le papier buvard qu’il a placé sur le coeur du bon pasteur Adimou, pour que les dernières volontés de ce vrai père s’y impriment : « Chaque fois que je me rendais au pied de son lit, écrit feu Mgr de Souza, et que ses forces physiques me faisaient bénéficier de ses longues conversations, je recueillais de sa bouche des paroles, des phrases, expression à la fois d’une inquiétude, d’un désir profond et d’un souhait ardent : j’avais l’impression qu’il était inquiet de l’identité, de la dignité et de la sainteté des prêtres. C’est le père de famille qui percevait notre vie d’amis de Dieu avec un oeil inquiet et qui nous considérait comme ce qu’il avait de plus cher dans sa vie d’homme appelé et comblé de Dieu. Son inquiétude n’était autre chose que de se demander s’ils auront la force, la volonté et le courage de rester ce que le Seigneur nous a faits, prêtres à la manière de Jésus Christ. C’était là une interrogation qui le brûlait et constituait comme un héritage qu’il nous livrait à nous, prêtres ».

Mgr Isidore de Souza réinterprète tout cela au nom de son père spirituel, Christophe Adimou : « Prenez à bras le corps l’amour de Dieu, la fidélité de Dieu, l’Esprit de Dieu et restez yfidèles jusqu’au bout ».

Nous nous interrogeons au sujet de Mgr Christophe Adimou pour savoir d’où lui vient tant de sagesse, lui qui n’est que le fils jumeau d’un père Vodunon et d’une mère elle-même Vodunsi ? À notre jugement de chrétiens généralement arrogants et méprisants, ces parents Vodunon et Vodunsi seraient encore infiniment moins que les poteries sans valeur auxquelles les poteries sans valeur auxquelles St Paul comparaît les apôtres. De cette double poterie d’argile toujours traitée de haut par nous les chrétiens, Dieu pouvait-il se révéler être au travail pour façonner humainement ce jeune homme qui allait répondre avec énergie et détermination aux conditions du sacerdoce selon Jésus-Christ ? 

Le jeune Christophe a clairementet fermement mené, dans son corps et dans son âme, en esprit et en vérité, le combat pour un triple arrachement qui le rende vraiment disponible pour le sacerdoce de Jésus-Christ : 

– la pauvreté : à l’annonce de sa vocation, le gérant de la John Holt, son patron, voulut le retenir par divers stratagèmes : augmentation de salaire, octroi d’avantages financiers de toute sorte. Finalement, il lui oppose un refus clair et net de le laisser partir, à moins qu’il ne lui trouve un remplaçant aussi compétent et honnête que lui ! C’est à la fois,- chacun le voit- flatteur et pervers! Christophe sort des pièges de Mammon avec dextérité et s’engage pour un sacerdoce pauvre.

– La chasteté : il a aussi mené un combat résolu et honnête pour couper clairement et sans ambages avec sa fiancée. La coupure à ce niveau doit aussi et surtout être psycho-affective radicale. Le bonheur qui se lira sur son visage à sa prise de soutane nous dira que c’était un homme sans attaches secrètes qui se donnait.

– L’obéissance à la volonté de Dieu s’est clairement consommée pour lui dans le sacrifice de son attachement filial aux parents, surtout à sa chère maman. Au Séminaire, un jour, un émissaire envoyé par sa mère lui transmit la commission suivante : « Si tu ne sors pas du séminaire, alors je vais me suicider, et prépare-toi donc à m’enterrer». Le jeune séminariste lui fait répondre: « Le Seigneur te donne d’avoir des jumeaux et si tu ne veux pas lui offrir un d’entre eux, alors tu peux donc mourir comme tu le souhaites ».

Le fils vient de consommer ainsi son sacrifice. La maman, elle, ne consommera le sien qu’au bout d’une dizaine d’années, au cours de la cérémonie de prise de soutane de son fils : « Quand je t’observais pendant la cérémonie, dira-t-elle à son fils, je voyais que tu étais très heureux, radieux. Même moi qui t’ai mis au monde, je n’ai jamais pu te rendre aussi heureux. Alors, puisque je t’aime vraiment, pourquoi vais-je t’empêcher de suivre cette voie que tu as choisie ? Désormais je t’abandonne à Dieu, tu peux être prêtre ».

Frères et soeurs, pouvions-nous jamais soupçonner que Dieu opérait de tels prodiges dans la poterie sans valeur de la religion traditionnelle africaine, surtout Vodun?Pouvions-nous, un seul instant, penser qu’une femme africaine, sage intellectuelle communautaire, était capable de lire les signes des temps à une telle profondeur de sens et d’en tirer des conclusions de vie aussi vertigineuses ? Elle dit très clairement que l’amour qu’elle porte à son enfant vise à lui procurer le bonheur, que cet amour est oblatif et nullement possessif. Mais puisqu’elle lisait sur le visage de son fils un degré de bonheur incomparablement supérieur à celui que, de toute son expérience maternelle, elle n’a jamais pu lire sur le visage du fils, alors elle croit en ce Dieu qui donne tant de bonheur à ce fils… oui, chéri. Et ce n’est pas une expérience spirituelle éthérée. Elle est très concrète. Le sacrifice auquel elle consent, lui permet d’entrer dans une espérance, dont elle est sûre de la réalisation. Voici la prière qui suit sa lecture profondément croyante de ce signe des temps qu’est le visage de son fils littéralement figuré par l’amour de Dieu : 

« Celui qui est devant toi Seigneur (elle parlait de son Christophe), tiens-le solidement jusqu’à la fin mais Seigneur, ramène-moi mon enfant qui est au front, au drapeau en Europe ».

Nous bénissons Dieu pour nous avoir donné, dans la série de nos évêques, un qui soit d’extraction sapientiale africaine aussi typique que Mgr Christophe Adimou. Fils d’une sage intellectuelle communautaireVodunsi qui recevra le baptême sous le nom si bien choisi de Pascaline. C’est, dirions-nous, sur la souche-mère de la sagesse africaine traditionnelle héritée de ses parents qu’il fera la formation philosophique et théologique donnée au Grand Séminaire. Sa formation humaine lui vient quasi exclusivement de ses parents, qui représentaient la quintessence de l’humain traditionnel. De ce couple, un sédiment de sagesse s’est formé grâce à une rigoureuse et permanente lecture des signes des temps. 

Sa formation spirituelle a consisté essentiellement à apprendre à prier. Les Pères Sma, ne s’embarrassent pas de concepts spirituels raffinés que souvent beaucoup de séminaristes et même de formateurs se contentent d’apprendre pour en parler, alors qu’il s’agit d’efforts à consentir pour, peu à peu, donner des plis à l’âme et les entretenir comme de secondes natures, ce qu’on appelle vertus.

Voilà, frères et soeurs, notre Père-évêque Christophe Adimou dont nous sommes en train de faire mémoire dans la simplicité et la vérité de son « exister en état d’éducation». Grâce à cette éducation qu’il recevait de Dieu, il a pu nous éduquer à son tour selon le coeur de Dieu, ce Dieu qui est vraiment le Dieu de nos pères Vodunnɔn et Vodunsi et le Dieu de Jésus-Christ. Voilà l’atelier où il est resté permanemment en façonnement, pour pouvoir pastoralement conduire et guider la nation béninoise aux heures les plus sombres de son histoire. Sa sagesse, devenue légendaire, a fait éviter à l’Église du Bénin – tous l’ont reconnu et loué ! – les nombreux pièges que lui a tendus l’une des idéologies qui ont conduit l’Occident dans l’impasse humaine totale et s’était emparée de notre pays pour dix-sept ans d’errance et de misère, bien qu’elle se soit prétendue « théorie scientifique» : le marxisme-léninisme. Mais comme St Jean-Paul II, le sage pasteur Adimou, en voit une autre à l’horizon et nous en avertit par Mgr Isidore de Souza.

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