« L’idée de fonder une pieuse union m’est arrivée grâce à Mgr Isidore de Souza »

Interview

Interview

(Entretien avec la soeur fondatrice)

« La Croix du Bénin » : Présentez-vous à nos lecteurs ?

Soeur Edwige Hodonou : Je m’appelle Edwige Hodonou. J’étais de la congrégation des Filles de Padre Pio. Depuis l’an 2000, j’ai commencé l’expérience de la fondation de la congrégation des Soeurs Adoratrices Réparatrices du Coeur de Jésus Miséricordieux. J’ai commencé cette expérience dans le diocèse de Sokodè, au nord du Togo. Mais, suite à quelques difficultés importantes, Mgr Nestor Assogba, alors Archevêque de Cotonou, a récupéré le projet pour le compte de son Archidiocèse.

Pendant combien d’années avez-vous été Fille de Padre Pio ?

J’ai fait la prise d’habits et mes premiers voeux dans la congrégation des Filles de Padre Pio le 8 décembre1995 et j’ai quitté cette congrégation en l’an 2000. Nous étions les premières et en ce moment, l’institut était une pieuse union.

Pourquoi avez-vous quitté l’institut des Filles de Padre Pio ?

En réalité, je n’ai pas quitté l’institut des Filles de Padre Pio. J’avais fait plutôt une mise en disponibilité pour pouvoir faire face à la nouvelle expérience. J’avais 18 ans quand j’ai eu l’appel d’une nouvelle fondation. J’ai eu dans ma vie des expériences personnelles avec le Seigneur et c’est lui qui a demandé l’existence de cette nouvelle fondation. Le Révérend Père Gilbert Marie-Thérèse Dagnon qui est le fondateur des Filles de Padre Pio, était mon père spirituel. C’est lui-même qui a noté les messages et qui a discerné que le Seigneur me demandait de créer cet institut. En son temps, il m’a dit de me calmer et que l’heure de Dieu était la meilleure.

À l’origine de mon appel, il y avait beaucoup de gens qui me proposaient de l’argent afin de me détourner de la voie du Seigneur. Le Père Dagnon, qui alors voulait envoyer une autre aspirante en Italie dans la congrégation des Filles du Sacré-Coeur, a insisté pour que je fasse une retraite dans ladite congrégation. J’ai alors passé six mois enItalie puis il a voulu que je revienne au pays avec Mgr Paul Vieira. Amon retour, pour me protéger, il m’a envoyée dans la maison des Soeurs Ocpsp, puisqu’il était leur Père ecclésiastique. Il m’a donc confiée à Mère Damienne Yayi. C’est pour cela que je me suis retirée dans leur maison à Calavi afin d’être ainsi, d’une certaine manière, sous la surveillance de mon Père spirituel.

Le Père Dagnon m’a rassuré qu’il va fonder la branche des Adoratrices de Jésus avec moi. Mais il a ajouté que je dois devenir d’abord religieuse. Il connaissait depuis toujours cet appel que j’ai reçu du Seigneur. J’ai donc commencé ma formation à la vie religieuse dans la pieuse union des Filles de Padre Pio. Quand j’ai fait les premiers voeux, il m’a demandé d’attendre de faire d’abord les voeux perpétuels afin que la tâche de la nouvelle expérience me soit allégée. Et puisque l’inspiration me hantait, je lui ai dit que je vais entamer l’expérience. A cette époque, il n’était plus vicaire général. Il a demandé à Mgr Assogba de me recommander à l’évêque de Sokodé qui était Mgr Ambroise Djoliba. Ce qui fut fait. C’est à Sokodè, après avoir quitté les Filles de Padre Pio, que j’ai vécu toute seule, pendant quatre ans, l’expérience que le Seigneur me confiait. Je dois souligner que le 16 juillet 2004, j’ai pu faire mes voeux perpétuels dans les mains de Mgr Assogba. Depuis lors, j’étais la seule consacrée dans la pieuse union qui se constituait. Mais je n’ai jamais vécu seule. A Sokodé, j’avais huit aspirantes. De Sokodé à Cotonou, sept d’entre elles m’ont suivie. Curieusement, tout le noyau de Sokodé s’est dispersé dans d’autres congrégations après leur baccalauréat, puisque Mgr Assogba n’a autorisé que moi seule dans lapieuse union. Revenue de Sokodé, ils’est ensuite constitué un deuxième noyau autour de moi à Cocotomey ; des aspirantes qui vivaient avec moi et que je scolarisais avec lesdons que je demandais auprès des personnes de bonne volonté. Mais dès qu’elles avaient leur Bepc ou leur baccalauréat, d’autres religieuses les récupéraient en prétextant que jen’avais pas encore l’autorisation de fonder une congrégation.

Quand Mgr Agboton a succédé à Mgr Assogba, il m’a dit qu’il ne voulait plus de congrégation nouvelle et que Cotonou était saturé. Il m’a donc demandé de rentrer dans les congrégations qui existent déjà. C’est alors que nous avons fonctionné comme un groupe de prière. Quand Mgr Ganyé lui a succédé, il m’a recommandé au Père Pamphile Fanou. Après un rapport produit par ce dernier, Mgr Ganyé a autorisé les aspirantes à porter la croix ; une cérémonie faite au cours d’une messe. C’est ainsi que la première fille a fait son entrée au postulat. Après cinq années de vie commune et de formation, elle vient de faire sa prise d’habit et de prononcer ses premiers voeux, en ce jour du 21mai 2018, où nous faisons mémoire de Marie, Notre-Dame de l’Église, pour la toute première fois. Il y a quatre autres filles qui sont dans leur 4e année de formation.

En 2016, Mgr Ganyé a pris l’engagement de me recommander au diocèse qui m’accepterait. Certains ont souhaité que je prenne des contacts au Niger. J’ai alors entrepris d’écrire à tous les évêques du Bénin. Nous étions en ce moment là dans la semaine sainte. J’avais à ma charge 45 enfants orphelins. J’ai alors demandé au plus petit qui n’avait que trois ans, de prendre l’un des papiers que j’ai déposé en intercession au pied de la croix. C’est alors que le petit enfant choisit le diocèse de N’Dali. Le lendemain, samedi saint, j’ai téléphoné à Mgr Martin Adjou pour avoir un rendez-vous avec lui. Après m’avoir rencontré, il m’a dit qu’il revenait d’une grande épreuve et qu’il n’était pas encore disposé à autoriser une congrégation dans son diocèse. Quand j’ai quitté N’Dali, la voix m’a dit de porter Mgr Adjou en prière et de partager mes expériences avec lui. J’ai un journal dans lequel je consignais les événements de chaque jour. J’ai alors commencé par partager le contenu de ce journal avec lui. Après avoir discuté du sujet avec son conseil, Mgr Martin Adjou m’appelle le 4 août 2016 pour m’annoncer que son conseil a accepté la fondation de mon institut dans le diocèse de N’Dali. J’ai automatiquement annoncé la nouvelle à Mgr Nestor Assogba, qui a béni leprojet.

Qui est le responsable de cette pieuse union ?

C’est Mgr Martin Adjou. Selon moi, il en est le co-fondateur. Mais il nous a dit qu’il n’a pas ce charisme. Il m’a dit qu’il m’aide seulement à réaliser la volonté de Dieu. Sans lui, cette oeuvre d’Église n’aurait jamais pu voir le jour. J’ai eu cette vocation à l’âge de 18 ans. L’idée de fonder une pieuse union m’est arrivée grâce à Mgr Isidore de Souza. C’est lui qui m’a demandé d’obéir à mon Père spirituel, le Père Gilbert Dagnon dans son discernement de ce que je vivais. En réalité, pour dire le fond de mon coeur, moi jen’ai pas voulu être religieuse. J’ai voulu, quand j’étais toute petite, me marier avec l’Enfant-Jésus. Lorsque je me suis rendue compte que l’Enfant-Jésus était déjà mort, j’ai accepté le grand Jésus dans ma vie après ma première passion à l’âge de 18 ans. C’est à cet âge que j’ai eu l’inspiration ou plutôt l’appel de la fondation de l’institut. J’ai alors fait 29 ans de cheminement depuis lors. Malgré les découragements, cet appel ne m’a jamais quittée. Il a plutôt évolué. Il me hantait. Même ma famille, voyant mes difficultés, a essayé de me décourager, mais je tenais à ma vocation.

Quel est votre charisme ?

 Nous sommes semi-contemplatives. Nous sommes dans la santé et l’éducation. Nous nous occupons aussi des orphelins et des vieillards.

Quel est le noyau des formateurs?

En 2016, quand nous sommes venues ici à N’Dali, les filles ont fait leur entrée au noviciat. Mgr fait leur entrée au noviciat. Mgr Martin Adjou et le vicaire général le Père Simplice Boco ont trouvé des prêtres pour leur dispenser des cours. Actuellement, il y a le vicaire général qui s’implique beaucoup ; il y a aussi d’autres formateurs comme le père Aubin Aguessy, le père Armel Fakèyè, le père Grégoire Fadé et le père Modeste Aladayiwèkè. C’est surtout Mgr Martin Adjou qui s’implique beaucoup dans le discernement des aspirantes avec moi.

Pensez-vous que le regard que l’on porte sur vous a effectivement changé ?

Je m’entends bien avec toutle monde ici. Nous formons une famille ici à N’Dali. Dès que Mgr Adjou a annoncé l’institut à l’assemblée, tout le monde s’est mis au travail. Les congrégations, les prêtres et les religieuses se sont personnellement impliqués.

Avez-vous fondé aussi un orphelinat?

Un matin je voulais aller à la messe quand j’ai trouvé un bébé déposé devant mon portail à Atrokpokodji. Je l’ai amené à la gendarmerie et finalement, je l’ai déposé à la structure qui s’occupe des enfants mineurs. Mais l’année suivante, j’ai retrouvé encore un autre enfant délaissé à mon portail. Cette fois-ci,la mère était présente avec le bébé. Je l’ai orientée vers les structures de l’État et celle de l’Église qui se chargent de gérer des cas pareils. Mais la troisième fois, je rendais visite à ma belle-soeur. Elle a souhaité me confier un enfant qui avait perdu son père et sa mère et qui étaità sa charge. Je suis rentrée avec l’enfant et je me suis occupé de sa santé. C’est ainsi que j’ai hébergé le premier enfant orphelin ; c’était un libérien. J’ai ensuite créé l’orphelinat que j’ai nommé Saint Matthieu à Cocotomey, puis une Ong, afin de me faire reconnaître pour être en harmonie avec les lois de l’État béninois.

Je vous remercie ma soeur et nous prierons pour que cette oeuvre, qui se concrétise et se confirme en ce jour où l’Église entière fête pourla toute première fois la mémoire obligatoire de Notre-Dame de l’Église, soit véritablement oeuvre d’Église pour la plus grande gloire de Dieu et le salut de nos frères et soeurs en humanité.

Portrait abbé Acapovi

Crépin Magloire Acapovi

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