« Pour la vie diocésaine d’Abomey, je suis optimiste et porté par une Espérance joyeuse… »

Mgr Eugène Houndékon

Mgr Eugène Houndékon

Entretien Exclusif de Mgr Eugène Houndékon

A l’occasion de la célébration des 55 ans de création du diocèse d’Abomey, l’Ordinaire du lieu, Mgr Eugène Cyrille Houndékon a accordé un entretien exclusif à « La Croix du Bénin ». A cette occasion, il a levé un coin de voile sur ses 10 ans sur le siège épiscopal d’Abomey. Aussi a-t-il mis un accent particulier sur le bâtisseur qu’est le premier Evêque d’Abomey, Mgr Lucien Monsi Agboka, de vénérée mémoire.

La Croix du Bénin : ExcellenceLa Croix du Bénin : Excellence Mgr Eugène Cyrille Houndékon, toute l’Église de Dieu au Bénin se réjouit et de façon spéciale l’Église particulière d’Abomey pour vos noces d’étain épiscopales. Que vous inspire une telle célébration ?

Mgr Eugène Cyrille Houndékon: Cette célébration m’inspire moins un élan de jubilation que le sentiment filial d’un coeur débordantde reconnaissance pour les innombrables grâces d’accompagnement,en vue de l’initiation et del’apprentissage de la charge épiscopale.Celle-ci est une mission qui se reçoit sans une préparation préalable. Cette célébration suscite en moi la gratitude pour l’assistance divine qui ne m’a jamais fait défaut, en raison de la culture de l’esprit d’abandon et en vertu de ma conviction intime que c’est le Christ qui demeure le véritable Evêque d’Abomey et que j’entends exercer ma charge par procuration de sa part, en cherchant autant que possible à me recevoir de Lui.

Cette même célébration me permet d’évaluer combien j’ai été amené à remplir cette mission comme un nouveau commencement de vie sacerdotale, uneautre manière de prendre part à la sollicitude pour toute l’Église et tout particulièrement comme une soumission à l’action du Saint Esprit, en vue de communier avec Jésus-Christ pour la manifestation de l’Amour du Père Éternel. J’ai souhaité que la journée d’action de grâce du jour d’incidence s’achève par une heure d’adoration.

Au regard des dissidences et des confusions que sèment certains groupes religieux dans lemonde et spécialement au Bénin sur la fonction épiscopale, il importe de repréciser ce qu’est un évêque dans l’Église. Et après cet exercice sur les grands traits de cette noble charge ecclésiale, dites-nous, Excellence Monseigneur,ce qui fait la Joie d’un Evêque.

De nos jours comme par le passé des groupes religieux ou soi disant religieux prétendent créer la fonction épiscopale, en banalisant ou en feignant d’ignorer aussi bien la Sainte Écriture que la Tradition bimillénaire de l’Église. Cette situation de fait se reproduit parfois de notre temps dans quelques continents, et particulièrement en Europe, en Amérique du Nord, Europe, en Amérique du Nord,en Asie et en Afrique. Même auBénin, nous avons été peinés ethonnis, au plan national comme international,avec le développement du phénomène de Sovidji-Banamè qui s’est déclenché dans les rangs de l’Église catholique romaine de façon imperceptible et que notrediscernement commun a vite fait de démasquer comme une déviation d’allure sectaire.

Finalement, au bout de deux ans de réflexions et d’analyses avec tous les organes diocésains de collaboration et l’implication des laïcs, puis guidé par la lumière de l’Évangile, de la foi et de l’histoire de l’Église, j’ai pu mûrir une ferme décision d’ordonner la fin de la confusion et l’interdiction de la double appartenance. De surcroît,avec l’investiture de l’épiscopat dénuée de tout fondement et le schisme survenu en novembre 2012, j’ai dû porter un décret d’excommunication à l’encontre de mon prêtre, l’Abbé Mathias Vigan et d’une de mes fidèles laïques, la jeune femme Vicentia Tadagbé Tchranvoukinni dite Parfaiteque j’avais bien auparavant convoquée, au Cémola, à Bohicon, devant le Collège des Consulteurs d’Abomey pour lui adresser un avertissement sévère.

Cet exemple concret basé sur un phénomène qui s’est produit sous nos yeux et sous notre autorité,permet de rappeler que pour instituer un Évêque, la simple déclaration par une personne non habilitée et l’usurpation blasphématoire du Saint Nom de Dieu sont nulles et impuissantes. En effet, comme nous l’enseignel’Épître aux Hébreux :« Nul ne s’arroge à soi-même cethonneur, on y est appelé par Dieu,absolument comme Aaron » (Heb.5, 4). En termes clairs, la fonction épiscopale est une mission confiée par Jésus-Christ au groupe des douze Apôtres en vue du salut et de l’extension du Règne de Dieu par l’annonce de la Bonne Nouvelle et le pouvoir dont il les a investis.Dès lors, pour perpétuer cette mission du salut confiée par le Christ jusqu’à la fin du monde, les Apôtres ont transmis leurs charges et leur pouvoir à des collaborateurs déterminés, par l’imposition des mains devenue consécration épiscopale.

Dès lors, par institution divine, les Évêques ont pris la succession des Apôtres. Alors l’Église est passée du Collège apostolique dirigé par Pierre au collège épiscopal dirigépar le Pape, successeur de Pierre.Désormais, tout Évêque nommé et ordonné légitimement est placé dans une lignée de succession apostolique.

Quand un Évêque est ordonné, le Siège Apostolique lui envoie de Rome, à partir de l’Évêque consécrateur principal, la succession de tous les Évêques ordonnés jusqu’à remonter à l’Apôtre ayant imposé les mains pour transmettre la mission apostolique. Ainsi donc, la fonction épiscopale s’exerce en vertu d’une institutiond ivine voulue par Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, envoyé parDieu le Père, et qui a accompli surla Terre sainte d’Israël sa mission de Rédempteur du Monde, à une période bien déterminée de l’histoire de notre humanité.

Dans toute nouvelle charge épiscopale, le nouvel Évêque fait face à de nombreux enjeux pastoraux.En ce qui vous concerne,quel a été le premier défi crucial qui vous a été exposé ? Et comment l’avez-vous relevé ?

Dans le contexte des échangessur les priorités pastorales avec lesorganes de collaboration, il a étésignalé que les travaux de l’Église catholique au Bénin pour la traductiondu Nouveau Testament enfongbé, avaient duré plus de trenteans et qu’il était à la fois important et urgent de reconstituer une nouvelle équipe de traducteurs pour finaliser les travaux le plus tôtpossible. Sans tarder, j’ai examiné cette préoccupation pastorale et perçu son impact majeur pour une grande extension de l’apostolat biblique.

C’est indispensable pourune large éclosion de la foi catholique. Ainsi donc, au début de l’année pastorale 2008-2009, après des renseignements minutieux sur le travail effectué jusque-là, j’ai constitué une nouvelle équipe chargée de se réunir 48h par semaine et de mener à bien les travaux dans un délai d’un an. Les derniers acteurs de cette oeuvre primordiale étaient M.Mathias Agbakponto, catéchiste chevronné de regrettée mémoire et les Pères Joseph Babatoundé,Théophane Houétchénou, SamuelAgligan, Théodore Houéhou, Hervé Tonou et Sosthène Godjo.

Par lagrâce de Dieu, la première version catholique complète du Nouveau Testament en fongbé fut passée sous les presses par l’imprimerieNotre-Dame de Cotonou, puis publiéele 30 novembre 2009, par les soins du Catel au nom du diocèse d’Abomey. En effet, comme la diffusion de la Parole de Dieu en languelocale est inséparable des activitésd’alphabétisation, j’avais instituéle Centre d’Alphabétisation, deTraduction et des Langues (Catel),pour accompagner et soutenir l’apostolat biblique et ouvrir l’accent à la culture religieuse à traversles documents officiels de l’Église et les autres sources de connaissance.

La vie d’un évêque est biendéterminée par sa devise. Quelssentiments vous animent, Monseigneur,dix ans après votresacre épiscopal avec votre devise « Operemur bonum ad omnes »(Travaillons pour le bien de tous)?

A ce sujet, vous faites vraimentpreuve de clairvoyance. De fait,ma devise épiscopale « Operemurbonum ad omnes » est restéeconstamment le fil conducteur etle moteur tant de mes pensées quede mes actions tout au long des dix années écoulées au siège épiscopal d’Abomey. Cette devise contient en filigrane une conviction qui repose sur un enseignement des Pères du Concile Vatican II : l’Église considérée comme Communion.C’est le Christ, principe et fondement de l’Église qui est le liende tous les baptisés qui forment un seul « corps » avec Lui.

C’est Lui qui, par la même image du « corps », inspire la collaboration des Évêques entre eux et avec le Successeur de Pierre, dans l’unité de foi et d’amour. De même l’évêque est appelé, à son niveau,à devenir le principe de l’unité dans son Église particulière, enpromouvant la même foi au Dieu Un et Trinité révélé en plénitude par Jésus-Christ, et en favorisant la collaboration ecclésiale avec son Presbyterium et les autres fidèles du Christ dans un esprit de communion.

C’est une oeuvre commune portée principalement parle goût et la passion du travail, en tenant compte des conditions humaines tenant compte des conditions humaines diverses, de chaque état devie et des compétences de chacun.Voilà ce à quoi j’ai tenté de m’atteler en insistant sur l’accueilde tous sans acception de personnes,en valorisant les minorités ethniques ou linguistiques comme les Hↄli du doyenné de Ouinhi qui disposent désormais d’une Chapelle bien construite à Ganhoumè et qui bénéficient de la traduction en langue Yorouba durant la session annuelle de formation au Quasimodo.

Dans la même ligne,une fête a été instituée pour chaque chorale linguistique dans le diocèse et une action soutenue a été menée,non sans résistance, pour parvenir à susciter une plus vive conscience de l’égalité de tous les baptisés en droit et devoir, surtout au sein de la pluralité des chorales liturgiques.Dans la poursuite du bien de tous, des centaines de handicapés corporels comme mentaux du diocèse bénéficient chaque année, depuis 2011, d’une journée de convivialité autour d’un repas fraternel agrémenté de chants, de sketchs etde distributions de dons.

Sans être exhaustif, mentionnons aussi que la recherche du bien de tous a conduit à une diversification de choix dans l’envoi desprêtres aux études ou aux missions ailleurs, puis aux institutions suivantes qui ont bien pris corps selonles catégories de personnes : la coordination de la femme catholique,la coordination de l’homme catholique, le groupe Feu nouveau des jeunes pour la prière et les camps missions, la coordination de l’enfance missionnaire, la coordination des personnes du grand âge ou la vie montante.

Il n’est pas superflu de souligner la mise à disposition des portions de terre de nos fermes diocésaines à des groupes d’adultes et de jeunes qui désirent valoriser le travail agro pastoral, envue de gagner dignement leur vieet de soutenir aussi leurs activités paroissiales ou diocésaines.

En cette année 2018, le diocèsed’Abomey célébrera aussi les cinquante cinq ans de son érection en même temps que le dixième anniversaire de décès de son premier évêque, Mgr Lucien Monsi Agboka. En observant les différents plans pastoraux que vous avez mis en oeuvre, quel regard d’espérance posez-vous surle diocèse d’Abomey ?

C’est au 5 avril 2018 que lediocèse d’Abomey accomplira les cinquante cinq ans de son érection par le saint Pape Jean XXIII. Dès le début de l’année pastorale, tous nos organes de collaboration sesont bel et bien penchés sur cette érection historique qui nous a valu notre nouveau statut d’Église particulière.L’anniversaire ne passera pas inaperçu et une messe pontificale est prévue au jour exact où l’Église honore le saint dominicainVincent Ferrier.En général, nous avons convenu de relier cet anniversaire avec la commémoration de la dixième année du décès du Premier Évêque du diocèse, Mgr Lucien Monsi Agboka.

Celui-ci fut un pionnier infatigable pour donner au diocèse son image de nouvelle Église particulière, à travers la création de nouvelles paroisses, les infrastructures adéquates, l’acquisition des terrains nus ou bâtis, la promotion de l’éducation féminine et masculine et le développement prodigieux des oeuvres sociales. Enhommage à ce prélat valeureux, les ordinations sacerdotales du début des vacances auront lieu, le samedi 21 juillet 2018, date anniversaire de son sacre.

De même, pour perpétuer sa mémoire et faire de lui un modèle de foi agissante, le diocèse a formé un projet de statue à son effigie. L’emplacement public a étédéterminé en accord avec la Commune d’Abomey.Pour ma part, pour la vie diocésaine d’Abomey, je suis optimiste et porté par une Espérance joyeuse fondée sur la grâce de l’Esprit à l’oeuvre, compte tenu de nos différents plans pastor aux axés sur la poursuite de l’alphabétisation obligatoire au catéchisme, la relance de la formation des catéchistes, la légère augmentation des apprenants au Centre d’Études Religieuses et Théologiques (Ceret),le Programme annuel de prière etde formation du Renouveau Charismatique Catholique du diocèse, l’amélioration graduelle de la mise en oeuvre du Manuel de procédures administrative, budgétaire, comptable et financière, la généralisation du fonctionnement effectif du Conseil Paroissial pour les Affaires Économiques (Cpae), la redynamisation en cours des actions communes des Écoles catholiques sous la direction diocésaine de l’enseignement catholique, la bonne organisation et les perspectives futures de la Commission diocésaine de santé, la première réalisation professionnelle en 2018 d’un Plan de campagne en agriculture intégrée,la reprise prochaine de l’École de danse, puis la finalisation des préparatifs de l’ouverture de l’« Académiede musique Ste Marie Reine des Anges », en vue de la formation professionnelle en musicologie au bénéfice des adultes, des jeunes et des enfants.

Excellence, avez-vous un mot de fin ?

J’invite tous les fidèles du Christ à rendre constamment hommage au Seigneur Dieu, Maître de la vie et de l’histoire, et à le remercier pour cette année 2018, riche en occasion multiple de rassemblements diocésains d’action de grâce et de commémoration demémoires collectives. En nous gratifiant de l’opportunité d’ordination au presbytérat de l’Abbé Laurent Hessou, Dieu nous procure grâce sur grâce et nous rassure de la continuité des effets desa résurrection sur l’Église Famille de Dieu à Abomey.

Je recommande à toutes et à tous la confiance en la Providence divine et je porte toutes les intentions particulières des fidèles du Christ et des personnes de bonne volonté au coeur de l’Eucharistie du dixième anniversaire d’épiscopat.Veuillez prier aussi pour ma modeste personne de serviteur du Christ pour le bien de tous.

Propos recueillis par Abbé Bertrand Gbladja

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