Mgr Brian Udaigwe : « François est le Pape de la Miséricorde divine »

Interview Mgr Brian Udagwe

Interview Mgr Brian Udagwe

 Interview exclusive du Nonce Apostolique près le Bénin et le Togo, S.E. Mgr Brian Udaigwe

La Croix du Bénin : Excellence, nous rendons grâce avec le Pape François qui fête cinq ans de Pontificat. En 5 ans François a particulièrement marqué l’Église et au-delà. Quelle lecture faites-vous de ces cinq années de Pontificat ?

Mgr Brian Udaigwe : Je voudrais d’abord vous féliciter pour l’initiative que vous avez prise d’éditer un numéro spécial du journal « La Croix du Bénin » sur ce premier quinquennat du Pontificat du Pape François. Le contexte d’émergence du Pontificat a été d’abord particulier. Le 11 février 2013, le monde a vécu comme un séisme, la déclaration du Pape Benoît XVI de renoncer au ministère d’Evêque de Rome, Successeur de Pierre.

Cette annonce a suscité une stupéfaction générale parce que l’on ne s’y attendait pas et il y a plusieurs siècles que des générations ne l’ont jamais vécue. Le 28 suivant, Benoit XVI s’est officiellement retiré. Deux semaines plus tard, le 13 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio, Archevêque de Buenos Aires, a été élu 265e Successeur de Pierre. Le premier Jésuite et le premier du continent américain à être élu au siège de Pierre.

En ce qui concerne la question relative à la lecture que je fais de ces cinq années de son Pontificat, je vois en lui un pasteur très proche du cœur miséricordieux de Jésus. Ce sont cinq années caractérisées par le thème de la miséricorde, de l’amour sincère d’un vrai pasteur pour ses brebis. On peut l’appeler « le Pape de la Miséricorde ».

Quel impact le style du Pape François a-t-il sur la gouvernance de l’Église ? Quelque chose a-t-il changé dans la diplomatie vaticane, surtout dans la relation avec l’Afrique ?

Je distingue trois points dans cette question. Le premier est sur l’impact du style du Pape François sur la gouvernance de l’Église. En fait, son style de gouvernance est plus ou moins comme celui qu’il avait quand il était Cardinal Archevêque de Buenos Aires, en Argentine.

Son style est caractérisé par une dévotion complète au service de l’Église, sans oublier personne, et spécialement les pauvres et les marginalisés, c’està-dire les mêmes caractéristiques de Jésus miséricordieux. Je vois en lui un Pasteur assidu, proche de ses brebis, dans la simplicité et l’humilité.

Il est un Pasteur qui sent l’odeur des brebis et enseigne que les autres pasteurs fassent autant. Le Pape François prône l’image d’une Église pauvre pour les pauvres. L’institution de la Journée Mondiale de Pauvres, dont la première édition a été célébrée le 19 novembre 2017, en témoigne.

N’oublions pas le thème de son Message qui est « N’aimons pas en paroles, mais par des actes ». Le Pape manifeste d’intérêt pour tous les anawim (pauvres) du Seigneur. Le souhait du Pape François d’optimiser et de moderniser le gouvernement de l’Église est très palpable avec les nombreux groupes et commissions consultatives qu’il a créés dès le début de son Pontificat.

Un Pasteur très ouvert, qui écoute, désire et cherche à être aidé. Voilà pourquoi dès son élection, il a constitué un groupe de cardinaux pour le conseiller dans la gouvernance de l’Église universelle et pour étudier le projet de la révision de la Constitution Apostolique sur la Curie Romaine, Pastor Bonus. Il a entrepris d’autres réformes comme celle du Code Pénal Vatican, pour l’adapter aux normatives internationales, et l’institution des commissions pour les affaires économiques du Saint Siège.

Comme on dit, Ecclesia semper reformanda. Pour ce qui concerne la diplomatie vaticane, il faut savoir que la mission diplomatique de l’Église a été et est toujours au service de la mission principale que Jésus lui a confiée, à savoir l’annonce de la Bonne Nouvelle partout, pour le salut des âmes. Salus animarum suprema lex. Cela peut expliquer pourquoi les deux premiers documents principaux de Pape François portent sur la foi et sur la Proclamation de l’Évangile dans le Monde aujourd’hui.

Il s’agit de la Lettre Encyclique, Lumen Fidei, du 29 juin 2013, et de l’Exhortation Apostolique, Evangelii Gaudium, du 25 novembre 2013. En fait, l’Église, à travers ses possibilités diplomatiques, essaye de porter le message de la paix au monde. Elle a toujours cherché la promotion de la culture de la paix et de la concorde entre les gens en diverses parties du monde. Cet engagement pour la paix est soutenu par les divers Messages des Papes depuis des années, le premier janvier, lors des Journées Mondiales de la Paix. Donc, on peut dire que la diplomatie du Saint-Siège sous le Pape François n’a pas tellement changé. Cependant, chaque Pape réalise ces objectifs avec des touches particulières.

Le Pape François a déjà fait plusieurs voyages apostoliques et surtout dans les régions et pays en proie à la violence et où manque la paix. Il a initié une journée de prières avec l’ex Président israélien Shimon Pères et le Président pakistanais Mamoud Abbas au Vatican, en présence du Patriarche orthodoxe de Constantinople. La médiation dans la relation entre les États Unis et Cuba, en 2014, et très récemment entre le Gouvernement et l’Opposition au Venezuela. Ses interventions au Parlement européen et au Conseil de l’Europe, et aussi au Congrès américain.

Dans la relation avec l’Afrique, on pense à la signature des Accords-Cadres avec plusieurs pays africains ; plus récemment avec le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo et aussi le Bénin (le 21 octobre 2016). Je note également ses Visites Apostoliques au Kenya, en Ouganda et en République Centrafricaine, sans oublier ses Rencontres avec plusieurs Chefs d’État Africains au Vatican.

Comment avez-vous alors vécu ces cinq années du Pontificat ? Quels en sont les événements les plus saillants ?

En fait, le Pape François m’a toujours marqué par sa simplicité, son humilité, son humanisme et son attention à l’autre. On se sent à l’aise en sa présence. De mes rencontres personnelles avec lui, j’ai fait l’expérience d’un homme qui descend à votre niveau. Je peux dire que, d’une certaine façon, mon histoire épiscopale est née avec ce Pontificat. Ma nomination comme Nonce Apostolique et Archevêque par le Pape Benoît XVI a eu lieu le 22 février 2013, en la Fête de la Chaire de Saint Pierre. Le Pape François a été élu le 13 mars 2013 et il a solennellement commencé son ministère comme Pasteur Universel de l’Église le 19 mars 2013.

Il m’a nommé Nonce Apostolique près le Bénin le 8 avril 2013 et j’ai été ordonné Évêque le 27 avril 2013. Un peu plus tard, le 16 juillet 2013, le Pape François m’a nommé Nonce Apostolique près le Togo. Donc, moi aussi je célèbre cette année, mon cinquième anniversaire comme Evêque et Nonce Apostolique. Parmi les événements les plus saillants de ce Pontificat je peux mentionner quelques-uns comme l’institution de l’Année de la Miséricorde, du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016, avec la Bulle d’Indiction du Jubilé Extraordinaire de la Miséricorde, Misericordiae Vultus. Comme vous le savez, ce Jubilé a été conclu avec la Lettre Apostolique, Misericordia et Misera, du 20 novembre 2016.

Il y a les nombreux Voyages Apostoliques à travers le monde et aussi dans certains pays africains. Souvent ces Visites le porte aux périphéries et vers les plus profondes parties du monde. On pense aux rencontres avec des leaders et fidèles des autres religions, par exemple avec le Patriarche Kyrille de Moscou et de toute la Russie, à Cuba en février 2016 et avec les Églises Évangéliques et Luthériennes. Maintenant il y a le programme de sa visite à Genève, en Suisse, pour le 70e anniversaire du Conseil Œcuménique des Églises, le 21 juin 2018.

Il faut noter que l’Église catholique ne fait pas partie du Conseil Œcuménique des Églises, mais depuis 1965, un groupe mixte de travail se réunit régulièrement pour évoquer des questions d’intérêt commun et encourager la collaboration. Le Conseil Œcuménique des Églises compte actuellement 348 Églises membres d’une centaine de pays. Ce sont les Églises orthodoxes, anglicanes, baptistes, luthériennes, méthodistes et réformées.

Selon vous, quels sont les thèmes les plus importants de ce Pontificat ?

Le Pape a touché beaucoup de thèmes importants desquels on peut retenir la famille, à laquelle il a consacré deux synodes, suivis de la publication de l’Exhortation Apostolique Post-Synodale, Amoris Laetitia, sur l’Amour dans la Famille.

Il y a aussi le thème de l’Écologie, souligné fortement dans la Lettre Encyclique, Laudato Si’, sur la sauvegarde de la maison commune, mais aussi avec beaucoup d’autres interventions sur le bien de l’homme et de la création, œuvre de Dieu. Et puis l’attention et l’engagement envers le sort des migrants, des pauvres et tous les démunis. On pense à la question de l’abus des mineurs et des adultes vulnérables pour laquelle il prône la tolérance zéro.

Le Pape tient au cœur les jeunes, qui sont au centre du prochain synode des Évêques, à savoir la XVe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, prévue du 3 au 28 octobre 2018, sur le thème, « Jeunes, la foi et le discernement vocationnel ».

Le sujet de la contribution des religions à la cohabitation pacifique, au lieu d’être la cause de violence, lui est très important. Il a rappelé souvent qu’on ne tue pas au nom de Dieu. On n’oublie pas le thème de la miséricorde, que j’ai déjà évoqué. Il y a aussi plusieurs autres thèmes importants de ce Pontificat mais je m’arrête à ceux-ci.

Comment voyez-vous le futur de ce Pontificat ?

Seul Dieu voit réellement le futur. Toutefois, lorsqu’on reste fidèle à ce à quoi le Pape François nous a habitués depuis le début de son Pontificat, on peut faire des projections. Le caractère humble du Pape François qui descend aux champs pour ramener les brebis au bercail du Seigneur, continuera sûrement de porter beaucoup de fruits dans la mission de l’Église qu’il dirige.

Chaque jour dans le monde, il y a plus de gens qui apprécient et admirent la figure du Pape François qui, malgré tous les défis et les contre-courants du monde, continue dans la paix à accomplir son Ministère Pétrinien. Vraiment, le Seigneur sait prévoir le pape qu’il faut pour chaque temps.

Avez-vous un appel à lancer au peuple béninois, en particulier aux fidèles catholiques ?

Je voudrais inviter chaque Béninois à être fier de ce qu’il est et surtout de ses potentialités. Ne voyons pas seulement ce qui nous manque mais évaluons ce que nous pouvons réaliser nous-mêmes pour nous prendre réellement en charge à tous points de vue en sortant de la mentalité d’assistés.

À cet effet, le Pape nous invite à prendre réellement nos responsabilités pour une société plus juste où règne l’amour, la tolérance et la paix. Je dirai aux fidèles chrétiens d’être fiers de leur foi, qu’ils ne soient pas des chrétiens moitié- moitié, un pied ici l’autre pied là- bas. Il faut que chacun de nous soit convaincu de sa foi. N’ayons pas peur car le Seigneur est toujours avec nous. Croyons en sa miséricorde infinie.

  Propos recueillis par Serge N. Bidouzo

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